JE D'EGO, le blog personnel d'Arthur Milchior

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lundi, mai 22 2017

Coming-out homophobe

Je dois vous faire un coming-out. J'ai mis du temps à l'accepter, mais mes lectures twitter/tumblr me forcent à me l'admettre: je suis homophobe. Parce que, dans le désordre:

  • Il m'arrive de considérer que l'orientation sexuelle et l'orientation romantiques sont deux notions différentes. Alors que dire que des gens sont attiré sexuellement sans amour, c'est renforcer le cliché homophobe sur les homos qui ne cherchent qu'à coucher.
  • Il m'arrive de considérer que les asexuels et aromantiques (rappel, considérer que c'est différent est homophobe), peuvent avoir leur place dans des groupes LGBT. Alors qu'en fait, ielles tentent de se réapproprier notre histoire. La preuve, personne ne leur crache dessus dans la rue au moment où ielles montrent ne pas respecter la norme sociale.
  • Il m'arrive de considérer que les polys peuvent avoir leurs places dans des groupes LGBT alors même que ça renforce les clichés homophobes de personnes sex-addict ne pouvant se contenter d'un-e seul-e partenaire
  • Il m'arrive de considérer que les polys peuvent avoir leurs places dans des groupes LGBT alors qu'il y a des poly cis-het, et ça serait un moyen pour ielles d'entrer dans des lieux non-mixtes. (En fait ça marche aussi pour les asexuels hétéroromantique et les aromantiques hétérosexuels)
  • Il m'arrive de considérer qu'on peut toujours se dire hétéro, même si on a couché avec des gens de son genre, et même si on a apprécié, et même si on envisage de le refaire (en fait, je suis pour l'auto-définition, sauf quelques très très rares exceptions). Autrement dit, il m'arrive d'accepter que des gens restent dans le placard et refuse d'assumer (et de s'assumer à ielles-même) qu'ils sont homo ou bi, et à effacer les bis. Qu'ielles contribuent à l'hétéro-centrisme, en restant dans la norme au lieu de tenter de la détruire.
  • Je n'ai absolument rien contre les gens qui préfèrent le terme MOGAI au terme LGBT. Pourtant, certains MOGAIs utilisent des arguments totalement stupides qui ne sont pas dénoncés par le reste de la communauté MOGAI.
  • Si quelqu'un me dit être attiré sexuellement mais pas romantiquement par son genre, j'accepte. Alors qu'au lieu de faire confiance à quelqu'un qui semble sûr d'ellui, je devrai l'aider à réaliser que c'est son homophobie intériorisé qui parle et le/la pousse à faire socialement ce qu'on attend d'iel.
  • Je n'ai rien contre Pouhiou[1]. Et pourtant il ne reconnait pas ses privilèges. : il a déclaré qu'il aime bien qu'on lui signale quand il dit quelque chose de problématique, car ça lui permet de s'améliorer et de ne pas le refaire. C'est bien la preuve que pour lui, c'est qu'une question d’apparence, et qu'il peut se permettre d'être problématique; après tout, c'est aux autres de faire le boulot pour lui. (j'aurai bien rajouter Mr Yéyé aussi, mais je vais éviter de rajouter toutes les preuves de ma transphobie et de mon acceptation de la culture du viol, sinon la liste va être longue)
  • Et en conclusion, l'argument qui m'est le plus personnel: Je suis totalement pour le fait que des associations luttant contre l'homophobie collaborent avec des administrations et avec des entreprises. Alors qu'en fait, tout le système est homophobe, et que ces association participent au pink washing: se donner une bonne image à peu de frais sans rien avoir à changer dans le fond.

Hésitez pas à compléter la liste. Je demande juste à ce que ce soit des arguments que vous ayez vraiment lu, défendu par quelqu'un-e au 1er degré. Je ne prétendrai pas être 100% de bonne foi, mais tout est basé sur des vrais textes.

P.S.: En même temps, il y avait un signe; il y a deux jours, j'ai écrit un article de blog où je disais que La Manif Pour Tous avait raison sur un point où elle se faisait attaquer par des gens n'ayant pas vérifié les faits.

Note

[1] Disclosure: J'ai déjà rencontré Pouhiou; celui-ci a eu la grande gentillesse de faire la pub pour deux de mes créations, la traduction de Khaos Komix et le docu-fiction: témoignage d'une intervention en milieu scolaire. Une personne dont je suis proche m'a découvert grâce à la pub par Pouhiou, je suis donc très biaisé dans le fait de n'avoir rien contre lui.

vendredi, mai 19 2017

Que répondre aux élèves demandant pourquoi il y a de l'homophobie

Une question revient souvent cette année; qui était assez rare quand j'ai commencé les Intervention en Milieu Scolaire (IMS). «Pourquoi certaines personnes n'aiment pas les homos», «pourquoi il y a des homophobes», «pourquoi certains disent que c'est contre-nature»... Ce billet ne s'intéressera qu'au point de vue des interventions, sans quoi ça pourrait être un bouquin entier, et j'ai pas les compétences pour ça. Même si certains s'y sont essayé.

Question fort compliqué, surtout si on veut y répondre:

  • De bonne foi,
  • Sans donner l'impression qu'on partage les arguments des gens qui n'aiment pas les homos,
  • Ne pas faire référence à des notions de sociologies que les élèves, même avec quelques mois de SES, n'ont pas (et moi non plus),
  • En considérant à la fois les raisons donné par les LGBTphobes mais aussi les vrais raisons qu'ielles ne révèlent pas nécessairement,
  • En utilisant cette question pour aller vers des sujets qu'on aurait de toute façon eue envie d'aborder.
  • En considérant toutes les facettes des LGBTphobies, c'est à dire: la peur, le rejet, la haine et le dégout.

Bref, je propose pas une réponse définitive, mais une piste de reflexion à compléter. Tout le monde est invité à commenter, expérimenté en IMS ou pas.


Selon moi, il vaut mieux commencer par demander aux élèves s'ils ont des pistes de réponses. Parce que de base, il vaut toujours mieux pousser les élèves à échanger entre eux; nous, nous sommes là pour compléter. Certaines des pistes suivantes sont facilement trouvées par les élèves, d'autre moins. Je commence par des critères liés aux discriminations en général.

Influence du milieu

La réponse la plus évidente, c'est parce que dans ton milieu, tout le monde est LGBTphobe. Il n'est pas facile de remettre en question tout ce qu'on dit dans ton milieu, et tu peux très bien avoir répété ce qui est une évidence autour de toi sans y avoir vraiment réfléchi. C'est pour ce genre de cas que les IMS, passer 1h50 à discuter de ce sujet, peut être utile. Les élèves changeront leurs comportements ou non, mais en tout cas, ils auront eux l'occasion de réfléchir à leurs actes.

Éviter de se remettre en question

Pour résumer, ce qu'on dit peut ressembler à: «vous pouvez aimez les hommes, les femmes, votre genre peut évoluez au cours de la vie, n'être pas forcément celui assigné à la naissance». Si les gens l'entendent comme ça, ça peut demander beaucoup d'introspection, et ça peut être douloureux. Il peut être beaucoup plus simple de nier totalement que ces notions existent ou soient acceptable, ce qui évite d'avoir à s'interroger sur soi-même. À considérer que des proches puissent être concerné. C'est quelque chose qu'on remarque beaucoup quand les élèves insistent pour nous faire savoir qu'il n'y a pas d'homo de leur religion, ou qui ont la même origine qu'eux. Et qu'ils ont des réactions plus vives quand la vidéo de témoignages montre des LGBT croyant ou d'une origine similaire à la leur.

La nouveauté

C'est bête à dire, mais la nouveauté créé des réactions très fortes. C'est dur et dangereux de faire des comparaisons, mais je vais quand même tenter. En France, il est traditionnel de manger escargots et grenouilles, ce qui est un sujet d'amusement ou de dégout dans bien d'autre pays. Réciproquement, des gens ayant déjà mangé de l'escargots s'imaginent mal manger des insectes, pourtant ça se fait aussi. Dans tous les cas, avec un peu de bonne foi, on peut réaliser que ce qui dégoutte n'est donc pas l'acte intrinsèque. Peut-être est-ce sa nouveauté, ou la réputation qu'on s'est animeaux dans notre subconscient. Si quelqu'un n'a jamais vu deux hommes ensemble ou deux femmes ensemble, la nouveauté peut causer des sensations fortes. Ce qui n'est pas un reproche, on ne peut pas controler les sensations qu'on ressent. Le souci étant d'agir à cause de ses sensation, de faire savoir aux gens qu'ils te dégouttent.

En particulier, certains disent être dégoutté par tous les couples qui s'embrassent; mais pourtant ne vont exprimer ce dégoût qu'envers des couples homos. On peut remarquer ici une différence de traitement. Si on était dans une société ou personne ne s'embrassait en public, alors ça nous semblerait totalement acceptable de reprocher aux couples homos de le faire. Mais à partir du moment où on voit beaucoup de couple hétéro s'embrasser, ça serait injuste de l'interdire aux couples homo. La demande n'est pas de pouvoir s'embrasser en soit, c'est d'avoir un traitement similaire. C'est d'ailleurs pour ça que, systématiquement, si un-e élève dit être dégouté de voir un couple homo s'embrasser, on lui demande s'iel est dégoutté de voir un couple hétéro s'embrasser.

L'option par défaut

Cis-hétéro, c'est ce qu'on pense de quelqu'un qu'on ne connaît pas. En fait, on ne le pense pas, tellement c'est évident. Beaucoup de texte, de documents, d'activités, sont adaptée uniquement à ce cas. Ainsi, un formulaire informatique demandant aux homme le nom de leur épouse, et aux femme celui de leur époux. Beaucoup de danses codifiée ont des rôles masculins et féminins.

Un exemple personnel montrant une difficulté dans une activité banale: Disons que tu vas à un cours de danse, où tu sais que des potes vont pour draguer, et passer du temps physiquement proches de personnes du genre opposés. Disons en plus que, officiellement, ce n'est pas un lieu de drague, même si l'on remarque officieusement[1] que beaucoup de danseurs finissent en couple. Donc, qu'il y a en pratique, un rapport entre la pratique de la danse, et l'attirance romantico-sexuelle.

Puisqu'on définit rarement que «gay» par : «garçon qui aime danser avec les garçons», il n'est pas évident que, parce que t'es gay, tu veuilles danser avec un mec. Pourtant, si on suit le but officieusement admis du cours de danse, qui est d'augmenter les chances de se trouver quelqu'un-e, alors c'est assez cohérent de préférer t'approcher de mecs. Peut-être pas de mecs du cours de danses, mais au moins de savoir quoi faire pour pouvoir danser avec eux. Pour ça, il faudra soit trouver un mec connaissant le rôle dévolu usuellement à la cavalière, ce qui limite encore plus tes choix de partenaires de danses. Soit il faut apprendre le rôle féminin. Pour apprendre le rôle féminin, il faut trouver des cavaliers acceptant de danser avec toi, il faut te faire remarquer parce que, si les paires de danseurs changent régulièrement, les cavaliers n'auront pas le réflexe de venir te proposer. Certains pourraient refuser par hétérosexualité, même si, officiellement, cette orientation n'empêche en rien le fait de danser avec un homme.

Tout ça pour dire, il n'y a pas vraiment eu de personnes homophobes dans cette histoire. Pourtant, il y aura quand même eu un rejet des personnes homos. Du moins de celles qui ne sont pas capable, par elles-même, de trouver comment adapter les normes courantes à son cas. Si quelqu'un demande pourquoi il y a de l'homophobie, ce n'est probablement pas une personne homophobe. Cet exemple est assez pratique, parce qu'il peut permettre de montrer à ces élèves ce qu'iels peuvent faire, en pratique, pour aider les gens à être effectivement intégrés.

L'homophobie

La religion

Certaines personnes prétendent que leurs rejets est lié à leurs croyances, celles de leurs entourages, de leurs familles. Aborder ce sujet nous permet d'indiquer qu'il y a des croyants LGBT. Il y aussi des gens ayant une vraie connaissance des textes ne partageant pas l'interprétation majoritaire, acceptant les LGBT.

Mais surtout, on peut signaler que ce sujet apporte des réactions plus vives qu'envers les gens qui ne mangent ni kasher, ni halal, qui mangent de la viande le vendredi... Bref, le fait que selon certains, ce soit interdit n'explique pas totalement la lutte contre nos droits. E puis, il y a aussi des athés homophobe, c'est trop simple de tout rejeter sur certaines catégories précises de la population, parce que, peut-être, ils sont plus visible; ou en tout cas plus montré du doigt quand on parle de certains sujets jugé comme rétrograde.

La contagion

Cette idée fait souvent rire. Je pense qu'une personne hétéro, sûre de son hétérosexualité, aura du mal à imaginer que deux jeunes qui leurs parlent deux heures peuvent les faire devenir homo. Cependant, certains ont réellement peurs qu'on soit là pour les convertir, ou convertir leurs camarades de classes, ou leurs enfants. Un argument plus courant est: si l'enfant est élevé par deux hommes, deux femmes, ou qu'il voit des homos dans son entourage, ça va le pousser à devenir homo.

Cette idée est d'ailleurs assez efficace. En effet, quand des gens ignorent totalement qu'il y a pleins de manières de vivre sa vie, ils ont plus de chance de se conformer à ce qu'on attend d'eux. Beaucoup de gens sentent tôt qu'ils ne sont pas comme les autres, sans savoir précisément pourquoi, sans savoir s'ils sont seuls dans leurs différences. Pouvoir parler à d'autres ayant eu des expériences similaires peuvent aider les gens à se découvrir, à s'accepter. Une élève nous a dit qu'on «tentait» ses camarades de classes. Je suppose que ce n'est pas faux, si quelqu'un sent déjà différent, on pourra pousser quelqu'un a assumer des choses qui, sinon, resteraient cachées. Là vraie question n'est donc pas la contagion, mais de savoir si on accepte que les autres, ses camarades de classes, ses enfants, puissent découvrir d'autres gens qui leurs ressemblent, ou si on préfère leurs cacher les gens qui leurs ressemblent, afin qu'il reste dans le chemin qu'on attend d'eux[2].

Les clichés

Beaucoup d'élèves connaissent uniquement les LGBT via la télé. En particulier via les émissions de télé-réalité. En discutant un peu, on réalise que, quand ils s'imaginent qu'un pote est gay, ils pensent que ce pote se transformera et deviendra comme les gens qu'ils ont vu à la télé. Sans vouloir insulter les candidats de télé-réalité, c'est tout à fait légitime de dire que ce n'est pas des gens avec qui j'aimerai être ami; je ne pense pas qu'on s'entendrait spécialement bien. Je souhaite que ces gens aient des amis, ils vivent comme ils veulent, simplement, c'est pas mon monde.

On répond donc aux élèves que si un pote devient homo, en fait, ça l'empêchera pas de continuer à jouer au foot, aux jeux vidéos, comme avant. Indépendamment des questions LGBT; c'est un bon moment pour rappeler que la télévision déforme. En général, c'est assez clair pour les jeunes de lycées de banlieue; puisqu'ils voient bien que leurs banlieue ne ressemblent pas à ce que la télé montre quand elle dit «La Banlieue».

La drague

Beaucoup de gens semblent penser que les homos vont forcément les draguer. Ça peut être assez gênant, j'en conviens. Mais d'abord, tous les homophobes ne sont pas irrésistibles. On suggère aussi à quelqu'un, éventuellement dragué par une personne de son genre, de répondre la même chose que si un membre du genre opposé les draguait, et qu'ils n'étaient pas intéressé. Dire «non».

S'ils s'imaginent que la personne insistera forcément, sera lourde, on peut déclarer que, dans ce cas, ce n'est pas de l'homophobie, mais de la lourdophobie. Et qu'on reproche à personnes de ne pas apprécier les gens qui harcèlent... Et qu'il serait intéressant de savoir pourquoi ils pensent que les gens vont les harceler. Peut-être qu'ils projettent ce que eux feraient aux gens qu'ils draguent.

Les soupçons

Si tu protestes contre les blagues homophobes, si t'as des amis homos, tu peux être soupçonné d'être homo. Je considère qu'il n'est pas homophobe de ne pas vouloir être soupçonné d'être homo. Après tout, ça signifie simplement que tu ne veux pas être la cible de moquerie, d'humiliation, de gens qui s'éloignent de toi. Un bon moyen pour qu'on ne soupçonne pas d'être homo, c'est de montrer ton homophobie. Quelque chose que beaucoup d'homos ont fait.

Bien sûr, si tu as entendu que «tous les homophobes sont des homos refoulés», il vaut mieux éviter de se montrer homophobe. Mais, c'est relativement rare que cette pensée soit majoritaire dans certains milieu.

L'acte sexuel

Il est assez courant que les gens à qui ont parle d'homosexualité pensent qu'on leur parle de l'acte sexuel qu'ont deux hommes ou deux femmes. Des gens peuvent être dégoutté en imaginant cet acte; mais on ne ne leur demande pas de l'imaginer. Et puis, quand on parle de mariage, on parle d'acte administratif, de préparation, d'inviter plein de gens. L'homophobie peut arriver dès que deux hommes ou deux femmes se tiennent la main, ce qui compte difficilement comme un acte sexuel. Même que il y a des gens qui se sont donné la main sans jamais coucher ensemble !

En IMS, c'est assez simple de leur dire: ça fait une heures qu'on discute, vous avez bien remarqué que ce n'est pas le cas. Et c'est pour éviter cette confusion qu'on dira juste «homo» et pas «homosexuel».

Lutter contre le penchant naturel de tout le monde

Cette cause est peut-être une légende urbaine. Je la met plus par souci d'exhaustivité que par son intérêt pédagogique. Quelques personnes pensent que tous les gens sont principalement attiré par les gens de leurs genre. Et s'il faut interdire l'homosexualité, c'est bien parce que sinon, tout le monde serait en couple homo, et la terre serait dépeuplé.

La réponse est à peu près évidente: si on écoute les gens, qu'on fait confiance aux gens, on se rend bien compte que beaucoup de gens sont attiré par le genre opposé. Il n'y a pas de raison de craindre un dépeuplement de la terre. Une augmentation du nombre de gens ayant tenté une aventure homosexuelle, c'est probable, mais ça n'empêche personne d'aller avec des gens du genre opposé.

La biphobie

Cette section va être particulièrement courte, car je connais peu d'exemple de biphobie qui ne soit pas, de base, de l'homophobie. Encore moins d'exemples qui soient pertinent dans le cadre d'une intervention avec des lycéens.

L'insatisfaction des bis qui n'ont qu'un-e partenaire

Pas mal de gens semblent penser que un-e bi-e veut nécessairement des partenaires des deux genres, et ne peut être heureuse sans ça. Je n'ai honnêtement aucun doute que de tels personnes existent; sur plusieurs milliards d'humains, c'est probable. Ce n'est cependant pas le cas de tou-te-s les bi-e-s. On peut faire la comparaison avec les préférences physiques. Certain-e-s peuvent préférer les blond-e-s, brun-ne-s, roux-ses, rasé, ou bien tous les apprécier. Ces dernier/ère-s n'ont pas besoin de sortir avec des gens de toutes les couleurs de cheveux pour autant.

Le soupçon de mensonge

J'ai cru comprendre que les bi-e-s sont souvent accuser de mentir. Soit pour faire plus sexy, plus ouverts. Soit pour éviter de devoir assumer son homosexualité. C'est certains qu'il y ait eu des gens faisant l'un ou l'autre, mais ce n'est pas parce que certains auraient mentis que tous seraient des menteurs. Outre le fait qu'on puisse aussi dire bi pour simplifier, quand on se rend compte que les règles qui régissent nos désirs sont plus complexes que ce que les mots usuels permettent d'exprimer.

Homo uniquement

Certains lieux sont, en pratique, réservés aux homos. Que ça soit des bars/associations/boites, ou que ça soit des groupes de potes. Si un-e bi-e est habitué à cet endroit, tant qu'il a un copain/elle a une copine, elle découvrira qu'elle en est exclue le jour où il a une copine/elle a un copain. Ou alors il faut le cacher, ou au moins ne pas venir avec lui/elle. Il y a un certains nombres de témoignage de gens, dans un groupe de pote homo, qui ont perdu ce groupe de pote le jour où ils/elles sont sorti avec quelqu'un du genre opposé. Où on lui fait savoir que ce nouveau copain/cette nouvelle copine est une trahison du groupe.

La transphobie

Le piège

Beaucoup de gens pensent que les personnes trans cherchent à les tromper, à les piéger. Et, puisqu'iels n'aiment pas être piégés, se montrent violent quand ils le découvrent - histoire de se venger, si on peut dire. J'ai quelques pistes de réponses, mais aucune ne me semble pertinente.

La plus évidente des réponses c'est qu'il n'y a aucun piège; une femme trans est vraiment une femme, un homme trans est vraiment un homme. La personne disant ça est simplement intolérante. C'est malheureusement un peu court comme réponse.

La deuxième réponse possible est de se référer à l'apparence de n'importe qui, ignorant la question de transidentité. Dire que quelqu'un peut choisir son apparence pour lui/elle-même, que quelqu'un, en choisissant son look, ne pensera pas forcément à tous les gens qui le/la verront. On peut se sentir mieux si on se plait, sans forcément chercher à plaire à quelqu'un d'autre. Malheureusement, c'est assez dur à dire au lycée, où on sait que le jugement que les uns porte sur les autres à énormément de poids. De manière plus générale, si quelqu'un sait que les risques d'agression changent en fonction de l'apparence, alors cette personne aura du mal à totalement ignorer cette pensée au moment de décider de son apparence.

Une autre réponse, c'est que les gens qui se sentent piégé se «piègent» eux même. S'ils ne considéraient pas les gens comme des proies potentielles, des gens qu'il faut forcément draguer, alors ils n'auraient même pas pu être piégé en premier lieu. L'avantage est que ça permet de passer sur les notions de harcèlement, savoir si on peut être ami avec quelqu'un-e qu'on pourrait aussi envisager de draguer.

Pour finir, avec toute la transphobie, si une personne veut en piéger une autre, ça serait quand même une manière super dangereuse de tendre un piège. En supposant que vous valiez le coup d'être piégé.

Les luttes contre le sexisme

Ceci est un argument que je n'ai jamais entendu en classe, mais qui existe. Pour lutter contre le sexisme, il est nécessaire d'avoir des visions claire de qui est oppresseur et qui est opprimé. On peut même entendre que le genre n'est défini que comme un système d'oppression et que la définition même de femme c'est un membre de la catégorie opprimé par des hommes.

Certains n'ont pas de problème à faire rentrer les trans dans cette analyse du monde; pour d'autres les trans et non-binaires sont incompatible avec cette analyse. Ce qui pousse à des réactions transphobes et/ou NBphobes. Je ne rentrerai pas dans les détails, parce que ça devient un débat assez technique et théorique, que je ne maitrise pas le débat; ça évitera donc qu'on me signale trop de bêtise.

Notes

[1] C'était beaucoup moins officieux quand la police verbalisait les hommes dansant ensemble. Mais on parle d'une autre époque, peu pertinente pour cet argument.

[2] Je fais, malheureusement, des phrases aussi longue que ce paragraphe. Après, je demande si j'étais compréhensible, souvent les élèves répondent oui, et ça me surprend.

jeudi, mai 18 2017

Défendez-vous un combat de la manif pour tous sans le savoir

Défendez-vous un combat de la manif pour tous sans le savoir ?

La question est un peu vague, donc je prendrai une question très précise: pensez vous qu'il ne faut pas que l'on enseigne la masturbation aux élèves ? Si c'est le cas, vous partagez une idée de LMPT. C'est pas grave[1], ils pensent certainement qu'il faut se brosser les dents après chaque repas, ça n'en fait pas une idée ridicule pour autant. Pensez vous en plus qu'il est ridicule de prétendre que des gens parlent de masturbation aux élèves ? Dans ce cas, vous en concluez peut-être que, si c'était avéré, il faudrait l'interdire. Alors vous partagez un combat de LMPT.

Puisque c'est ridicule, certain-es tirent la conclusion qu'il est bien sûr faux que qui que ce soit incitent les élèves à se masturber. «Personne n'incite les élèves à se masturber» est une prédiction, une affirmation qui peut être vraie ou fausse. Et si on découvre des gens qui incitent les gens à se masturber, et que vous trouvez ça ridicule, alors si vous êtes de bonne foi, il faudra reconnaître que LMPT avait raison, et qu'en pensant vous moquez de LMPT, vous lui donniez raison.


Si je parle de tout ça, c'est parce que LMPT à fait un site, que je trouve très cool: École et Sexe. Ce site semble assez factuel, répertoriant tout un tas de ressources qui ont été créé et qui s'adressent aux jeunes. On peut reprocher que le nom de LMPT soit en bas de la page, et donc pas visible au premier abord; mais ils ne cachent pas en être les auteurs contrairement à ce que certain-e-s https://twitter.com/kacha1286/status/863675175086292993. Et ce n'est pas non plus des contenus qu'ils ont créés, contrairement à ce que certains semblent prétendre en voyant des captures d'écran qui peuvent sembler ridicule hors contexte. En vrai, je ne serai pas choqué d'apprendre que des ami-e-s à moi partagent ce site, tellement il répertorie des documents intéressant et pertinents. Pas pour les IMS du mag, puisqu'on n'y parle pas de sexualité, mais ça peut intéresser les établissement dans d'autres cadres.

Je n'ai pas tout lu, il y a beaucoup de ressources. Mais, de ce que j'en vois, il y a des ressources qui s'adressent, aux hommes comme aux femmes, homo comme hétéro, en leur parlant du pénis, du vagin, du clitoris. Ça mentionne aussi l'existence de zones érogènes, indique qu'il peut falloir faire des expériences pour découvrir ce qu'on aime, ou pas. Qu'il peut y avoir des ratés, que tout n'est pas parfait du premier coup. Je n'aurai pas dit qu'il s'agissait d'enseigner la masturbation, mais il est indiscutable que ça incite à s'y essayer. De même que, quand les brochures expliquent comment se protéger lors de tel ou telle pratique, ils peuvent pousser des élèves à l'essayer.


Tout ça pour dire, on peut reprocher la formulation choisie par LMPT: quand on dit que l'éducation nationale incite les élèves à faire un truc, j'imagine que les profs le donnent comme un devoir. Ou alors qu'il y a un mémoire à faire à ce sujet, que ça sera noté, ou que ça sera fait sur les heures de cours. On dirait aussi que c'est fait par les profs.

Ici, ce n'est bien entendu[2] pas le cas, personne ne vérifie ce que les élèves ont fait ou pas fait. Mais reprocher une formulation, ce n'est pas la même chose que dire qu'ils inventent et mentent. De plus, ces textes sont souvent l'œuvre d'associations agréés par les ministères, académies. Ce qui fait une petite différences, parce que ça peut être plus simple de parler de ces sujets avec quelqu'un qui ne t'as jamais donné de mauvaise note ou d'heurre de colle.

Après, bien sûr, on peut discuter de savoir s'il est pertinent que les enfants/adolescent-e-s entend parler de ce sujets à l'école; à quel age il/elle-s doivent en entendre parler, ce qu'il faut dire et ne pas dire; après tout aucune de ces brochures ne traitent de la totalité des pratiques. On peut discuter des buts à atteindre: est-il plus important de diminuer le nombre de rapport sexuel ? Le nombre de transmission d'IST et de grossesses non désirée ? En absolue, ou proportionnellement au nombre de couple sexuellement actif ? Le nombre de pratique que les gens connaissent ? Tout ces buts peuvent être contradictoire, on peut imaginer que si on parle moins de sexe, moins de gens le pratique, mais que ces gens se protègent moins, et qu'en diminuant le nombre de pratiquant, on augment le nombre de transmission ? On peut donc discuter des manières de parvenir efficacement au résultat voulu ? Mais tout ça, c'est extrêmement différent des moqueries et accusations que je mettais en lien plus haut.

Notes

[1] Je pars du principe que la majorité des mes lecteur/trice-s sont opposés à LMPT par principe.

[2] En disant ça, je refais une prédiction vérifiable. Et si on découvre qu'un prof a ordonné aux élèves de se masturber, alors je partagerai le combat de LMPT sur ce point précis, ce prof ne devrait pas enseigner.

Conférence scientifique informatique

Je ne comprend pas les discours éducatifs live sans interactions. Vraiment, plus je vieilli, plus ça m'insupporte. Ainsi, en master, j'ai décidé d'arrêter d'aller en cours, comme beaucoup de mes camarades de classes. Et mes notes se sont considérablement amélioré. Certes, il est possible que ça soit parce qu'en master j'avais le choix de mes cours et prenait les plus intéressants. Mais je pense que le fait de lire, aller à son rythme, revenir en arrière si besoin, c'est cool. Alors qu'avec un cours, on peut pas. Certes, on a pu noter le cours, ou avoir les notes de cours, mais le prof n'arrête pas de parler pendant qu'on cherche.

Je ne dis pas qu'il faut arrêter les cours, si ça aide certains, tant mieux. Mais je suis bien incapable de comprendre qu'ils soient obligatoire. J'espère que je m'en rappellerai quand(si ?) je serai responsable d'un cours, et que je m'assurerai que tout ce qui est au programme se trouve dans un document texte accessible aux élèves qui le veulent. Malheureusement, je n'ai enseigné qu'un seul cours, et je n'étais pas responsable de ce cours là, je n'ai donc pas pu appliquer ce principe.

Je ne dis pas qu'il faut arrêter l'enseignement en face à face. Parce que parfois, c'est pratique de pouvoir poser des questions. Je n'ai pas de doute sur l'utilité des travaux dirigés et travaux pratiques quand l'enseignant-e et l'étudiant-e ont une réelle interaction. Ou quand il faut du matériel que l'étudiant-e n'a pas à sa disposition chez lui. C'est le cas pour les sciences expérimentales ou l'art de manière évidentes. Mais ça peut aussi être le cas en informatique, au moins tant que les étudiants ne savent pas utiliser ssh, pour leur permettre d'avoir un ordinateur directement utilisable pour la programmation, sans avoir besoin de faire toute l'installation eux/elles-même.


Tout ça pour dire. Je déteste les conférences. J'ai l'impression d'être revenu à l'époque où j'étais en cours. Certes, personne ne me flique. Mais si mon labo à accepter de débourser plusieurs centaines d'euros pour m'y envoyer, je me sens quand même une obligation de présence. De même que je me sens une obligation de prendre les résidences étudiantes, le train le plus tôt, pour éviter d'augmenter la facture[1]. J'en profite pour signaler ce qui me semble être une incohérence. Le train de 20 heures est en général moins cher que celui de 14 heures. Ça peut arriver à faire une centaine d'euros de différence. Donc je prend souvent le train de retour super tard. Ce qui me force à diner sur le lieu de mission. Mais comme la mission est finie, le dîner au restaurant ne m'est pas remboursé. Donc, si je voulais vraiment éviter de débourser un restaurant, il faudrait que je fasse payer 100€ de plus au labo. Pas moyen de leur faire payer juste 85 € de plus, c'est à dire «train pas cher, et un repas supplémentaire».

Retournons sur les conférences. S'il est implicitement considéré qu'il est bon que je me tienne au courant des divers sujets qui intéressent les chercheurs aujourd'hui, et de comment ils avancent, le labo pourrait aussi bien m'indiquer que j'ai le devoir d'aller à la bibliothèque, et de feuilleter régulièrement les intros des papiers de quelques journaux de recherche. Ils y gagneraient beaucoup de sous, et j'aurai probablement l'impression de plus comprendre.

Sauf qu'en réalité, personne ne me demande d'écouter, personne ne vérifie si j'écoute ou comprend. Ce qu'on me demande c'est de publier. Histoire de montrer que le laboratoire a des gens qui font effectivement de la recherche, et améliorer les résultats d'évaluation du laboratoire. Et puisqu'en informatique, les publications sont mieux vues en conférence qu'en journal, il vaut mieux publier en conférence. Et pour avoir mon article dans les annales de la conférence, il faut que je sois à la conférence. Donc que j'y parle.

En vrai, puisque le but est d'être publié, je pourrai bien ne pas venir, ne pas y parler, pour l'évaluation, ça ne changerait rien. Sauf que pour être publié, il faut s'inscrire à la conférence. Celle où je suis coûte 300 francs Suisses, environ 290€. Et encore, pour ce prix là, je n'ai même pas de copie papier des annales. Ce que je regrette beaucoup, vu que j'ai une grande affection pour le papier, et qu'avec un texte de moi dedans, je suis un peu attristé de ne pas l'avoir. (Mais je suis vraiment pas prêt à mettre cette presque centaine d'euros dans un livre, moi qui achète presque tout mes livres d'occasions).

Notons en passant, pour ceux qui ne connaitraient pas le monde de la recherche, vous avez bien lu. Pour être publié, il faut payer. Enfin, officiellement on paye la conférence, qui a certainement des frais, puisque durant trois jours on a des croissants, du café, du thé, ainsi que toute la logistique qu'il faut pour tenir des salles de conférences propres. Et puis, pour avoir une copie papier du livre où on est publié, il faut payer aussi.

Pour autant que je sache, les conférences ont deux avantages sur les journeaux. D'abord, elles sont plus rapide, alors qu'un article journal peut passer plusieurs années entre le premier envoi au journal et sa mise sous presse (et ceux, même si c'est une presse électronique, vu que certains journaux n'ont plus de versions papier, mais continue de publier le même nombre de page chaque années). Pour moi, cet argument n'a aucun sens. Rien n'empêche d'utiliser les méthodes des conférences: texte de taille limité, sans preuves, avec que les grandes idées; en faire une version journal, sans forcer les gens à bouger et payer. Après tout, si le but était vraiment d'avoir une bonne présentation, les referee devraient évaluer la présentation: l'orateur/trice filmé en train de répéter sa présentation. Mais la qualité d'un texte de 12 ou 15 pages n'indique pas si l'orateur/trice saura s'adapter au public de la conférence. Ou tout simplement si l'orateur saura s'exprimer dans un anglais à peu près compréhensible. Je ne dis pas un anglais soutenu et de grande qualité. Mais au moins assez articulé, et pas trop rapide, histoire que les mots puissent être saisis par les gens n'ayant pas l'habitude de son accent. Malheureusement, il y a beaucoup de talks où je n'arrive pas à suivre, non pas parce que c'est techniquement compliqué, mais parce que je ne comprend qu'un mot sur trois. Et encore, je le comprend car c'est un mot marqué sur les slides. (Si au moins tout était écrit sur les slides, je pourrai lire, mais il parait que ça ne se fait pas !) En fait, je ne reste dans la salle que pour une unique raison: que l'orateur/trice, ne parle pas devant une salle vide. Comme ça, par réciprocité, je ne parle pas non plus devant une salle vide.

Le deuxième avantage, c'est que ça permet aux chercheurs de se rencontrer. Il parait. Parce que, honnêtement, j'ai aucune idée de comment aborder un-e chercheur/se; je suis plutôt timide, pas sûr de bien respecter les conventions sociales - il n'y a pas de guides de bonnes manières en conférences. Et en général, quand je parle à un-e chercheur/se en conf, soit je le/la connaissais déjà (en personne, ou par son travail que j'ai lu et eu le temps de comprendre), soit parce que quelqu'un d'autre à initier la conversation; que ça soit une connaissance en commun ou parce que la personne vient me voir. À noter que, vu le nombre de gens que je vois autour de moi, poser sur leur ordinateur, pendant la pause café où je rédige ce morceau du billet, je ne suis probablement pas le seul à ne pas être là pour parler à des inconnus.

Note

[1] Et accessoirement parce que, comme les remboursements prennent parfois des mois à arriver, ça m'évite de creuser mon compte en banque de ces centaines d'euros.

dimanche, avril 30 2017

Que dire aux élèves partageant déjà nos idées

Une petite réflexion sur les IMS pour quelques classe partageant nos idées.

Quand on intervient dans les établissement, on revient sur certaines idées que beaucou d'élèves[1] ont. Par exemple: en voyant les gens, on voit leurs orientation sexuelles. On leur demande donc de deviner celle des intervenants. Puis on explique que; puisqu'ils ne sont pas capable d'être tous d'accord entre eux, ça ne se voit pas vraiment. On fait aussi lister les clichés homme/femme; et quand ils discutent, ils voient qu'entre leurs différentes familles, il y a des rôles genrés qui sont différents d'une famille à l'autre de leur classe. Ce qui parfois les surprend. Histoire de dire que ce n'est pas une telle évidence que les rôles soient biens définis.

Mais parfois, il y a des classes où la grande majorité des élèves qui s'expriment sont déjà avec nous. Soit qu'ielles se renseignent avec le net; que beaucoup de gens sont ouvert sur le fait qu'ils sont LGB ou T (le dernier étant bien plus rare, mais pas inédit) et en parlent à leur classes. Il me semble donc que ces exercices sont moins utiles. Ma question est donc: que faire à la place ? Que faire de l'heure 50 qu'on a avec ces élèves. J'ai quelques idées en vrac:

Parler du coming out plus en détail

Il y a un billet entier à ce sujet.

Comment les discriminations naissent

Passer plus de temps à expliquer comment une discrimination peut se mettre en place socialement sans qu'on ait besoin d'un grand méchant qui soit responsable de tout ce qui est subit. Ce qui nécessite clairement qu'on soit formé à ce sujet; parce que si je commence à avoir pas mal d'anecdotes au fur et à mesure de mes lectures, je n'ai rien de construit à ce sujet.

Pour l'instant, il y a deux exemples que j'utilise souvent, pas que ça soit les exemples les plus importants, mais c'est les plus simple à expliquer rapidement. D'une part le marketing genré. Si une fille a eu un tricycle rose et un petit frère. Si le petit frère récupère le tricycle rose, il se fera probablement moquer. Donc il y a le choix entre être moqué ou acheter un second tricycle[2]. Bref, il y a des intérêts qui ne sont pas forcément évident avant qu'ils nous soient signalés. Le second exemple que je reprend souvent, concernant la différence de salaire, c'est les bonus. Si statistiquement, les clients vont moins faire confiance à une vendeuse/conseillère qu'à un vendeur/conseiller, alors à compétence égale, il y a moins de vente/dossier traité; donc un plus petit intéressement. Autrement dit, il n'y a pas besoin d'une règle explicitement sexiste, ou un unique manager super sexiste pour que la différence apparaisse.

Bien sûr, ces exemples se conjuguent à d'autres discriminations. Mais ces exemples, c'est histoire de montrer une direction, à défaut d'avoir un tout cohérent.

Inclusivité

Il y a quelques fois des élèves qui semblent avoir des demandes sur comment être inclusif, ou sur comment aider à diminuer les discriminations. Quoi faire comme action. Je doute que ça soit une bonne idée de parler de ça. Finalement peu d'élèves se montrent intéressés. Mais ça pourrait quand même valoir le coup de le tenter, histoire de voir la réaction. Peut-être aussi histoire de faire boule de neige. En effet, une action est d'autant plus efficace que elle a des échos. C'est bien pour ça que j'écris au sujet depuis des IMS depuis des années; parce que des gens m'ont dit que ça les a poussé à ce bouger. Ici, le but n'étant pas de recruter pour notre assoce, mais d'être plus globale que ça.

Encore une fois, ça nécessiterait une grosse réflexion avant de mettre ça en place. En effet, les règles d'inclusivités, ne sont pas évidentes et rarement formalisée. Pire, quand deux personnes les formalisent, elles sont souvent contradictoires. Pour prendre un unique exemple: dans la dernière classe, on expliquait que, quand des membres de notre associations se présentent; non seulement on donne son prénom, mais on donne aussi son pronom, et/ou les pronoms/accords qu'on souhaite voir utiliser[3]. On rajoute aussi que tout le monde se plie à la même règle, parce qu'on ne veut pas avoir une règle différente selon que ton genre soit binaire ou non; selon que tu ressembles à ce que la société attend de ton genre ou non. Simplement, même une règle comme ça, qui est sensé aider les non-cis, n'est pas unanimement appréciés par les personnes non-cis; et je ne verrai pas donner comme règle quelque chose qui n'est pas apprécié par certaines personnes que c'est sensé aider.

Méta-règles

Puisqu'il peut être dur de donner des règles précises, on pourrait à la place donner des métas-règles. Expliquer d'où vient plus généralement les règles qu'on leur demande d'observer. Des idées qui s'appliqueraient dans des contextes plus générales que les LGBTphobies. Par exemple:

  • Si vous découvrez quelqu'un-e ayant une caractéristique peu commune, plutôt que de lui demander des détails sur cette caractéristiques, aller les lire sur le web. Il y a sûrement déjà des gens ayant écrit à ce sujet. Plus précisément, des propos de gens directement concernés, et pas de gens les jugeant ou se moquant d'eux. Et ça évitera à la personne que vous avez rencontré de devoir refaire une explication qu'iel a déjà sûrement fait plein de fois.
  • Ne pas généraliser ce que vous pensez savoir à toute personnes juste à cause d'une de ces caractéristiques.
  • Écouter les gens; s'ils disent avoir un problème depuis des années, ça sert à rien de vouloir tout de suite lui donner une solution: vous êtes sûrement plusieurs dizaines à lui avoir donner la solution à laquelle tu as pensé en 2 minutes.
  • Même si le désir de comprendre les choses, les gens, est naturel; il faudrait savoir accepter l’identité des gens sans la comprendre. J'ai un billet en brouillon à ce sujet.

Histoire de certaines discriminations

Si on sait comment tels groupes qui était extrêmement discriminé s'est retrouvé à être peu discriminé - par exemple les gauchers, ou les enfants de couples non marié - ça peut éclairer sur les discriminations actuels. Je suppose. Mais pour être honnête, j'y connais rien.

Introduire des nuances

Il y a beaucoup de règles que l'on donne comme absolue, et qui ne le sont pas. Simplement, dans la plupart des classes, on ne peut pas faire dans la nuance. Par exemple, dire de ne pas utiliser «pédé» comme insulte - même si c'est utilisé dans un cadre n'ayant aucun rapport avec l'homosexualité. Parce que beaucoup de jeunes supposerons que leur classe est homophobe s'ils entendent cette insulte employé à tout bout de champs. Resterons caché, n'oseront en parler à personne. Sauf que parfois, certains hommes aimant les hommes s'appellent pédé eux-même, ou les uns les autres. Quelqu'un qui voudrait aider à faire diminuer les discriminations et qui nous auraient écouter pourraient légitiment leur reprocher d'user ce mot. Dans ce cadre, il est utile de parler de «réappropriation de l'insulte», du fait qu'entre personnes qui se connaissent, qui sont concernées, dans un cadre clair, ça peut devenir acceptable.

Voir, on pourrait trouver des règles encore plus générales, telle que: si quelqu'un fait quelque chose d’apparemment contraire à l'intérêt d'un groupe auquel il appartient, commencer par chercher s'il n'a pas une bonne raison de le faire avant de lui expliquer comment il doit faire pour agir dans son intérêt... Ou au moins, chercher à comprendre pourquoi il fait ce qu'il fait; aller lui parler en questionnant, et pas en lui affirmant qu'il agit mal. Mais je suis sûr qu'on doit pouvoir trouver des contres-exemples, où cette règle serait une mauvaise idée.

Insister plus sur la biphobie

En général, on parle peu de biphobie. Parce que la majorité des cas de biphobie dont on pourrait parler sont des cas d'homophobie, ou très similaire. Par exemple, quand tel célébritée dit être bie, elle sera accusée de faire ça pour faire fantasmer son public; être à la mode. Mais finalement, on est très près de l'invisibilisation des lesbiennes. Cependant, dans une classe où l'on peut aller loin dans la discussion, on pourrait donner des exemples de biphobie dans les groupes homo. Par exemple, prévenir qu'il est courant que des anciennes lesbiennes, devenus bis, perdent leur groupes d'amis lesbienne le jour où elles sortent avec un homme. Où encore que certains gays refusent de sortir avec des bis. (L'inverse existe probablement, mais je n'en ai pas entendu parler). Pour résumer, parfois ces homos sont exclus par une partie de leur entourage; et puis parfois ils se retrouvent eux même à exclure d'autres gens.

Intersectionnalité

La dernière idée qui me vient, c'est l'intersectionalité. C'est à dire, expliquer comment plusieurs discriminations interagissent et ce renforce. Dans la vidéo qu'on passe, quelques personnes parlent de comment leurs origines/religions/couleur de peau interagit avec leurs vécus de LGBT. Mais encore une fois, on ne va pas très loin dans ce sujets. Et puis, l'intersectionalité avec les handicaps, les maladies mentales (est-ce que c'est parce que tu as fais une dépression/subit tel traumatisme que t'es devenu ce que tu es ?).

Notes

[1] et d'adultes

[2] Certes, on peut acheter d'occasion, revendre le premier... c'est pas la question.

[3] C'est souvent plus simple à retenir que les prénoms, car le nombre de pronom/règles d'accord est plus limité. En général, je retiens plus longtemps le pronom que le prénom.

lundi, avril 24 2017

Pourquoi je voterai au second tour

Ce qui suit est mon raisonnement pour l'instant; en aucun cas je ne prétend dire aux autres quelle est la bonne conduite à tenir. J'ai voté au premier tour, je voterai au second tour, mais je comprend totalement qu'on puisse juger plus utile de s'abstenir.

Je lis beaucoup de gens qui disent détester les deux choix proposés au second tour. De gens qui déclarent publiquement qu'ils voteront blanc ou s'abstiendront. J'ai pendant quelques minutes pensé suivre cette voix moi aussi.

La présidence apporte certains pouvoirs, mais à aussi un énorme poids symbolique. Je m'y connais franchement pas assez en politique, en économie, pour vraiment me rendre compte de si l'un sera vraiment pire que l'autre une fois qu'il/elle aura les pouvoirs que la constitution et la loi lui donne. D'autant que pas mal d'analyse semblent dire qu'aucun-e des candidat-e-s n'aura de majorité à l'assemblée nationale, donc -avec un peu de chance- les pouvoirs seront assez limités...

Par contre, au niveau du symbole, j'ai déjà une meilleure idée des conséquences. Je repense aussi à ce que j'ai lu de ce qui arrive là où Trump, le Brexit, ou un maire FN est passé. Cela libère des paroles, augmentent le nombre de violences, verbales et physiques, que se permettent les racistes. Notons au passage que ce sont des violences qui, à priori, ne me toucheraient pas directement. J'ai l'immense privilège de n'être jamais visé par les racistes.

Donc, je me disais: j'ignore si j'ai envie de voir Macron passer. Mais en y repensant, je réalise que laisser Le Pen passer aurait un coût; et la majorité de ce coût - le coût le plus direct - je n'aurai pas à payer moi-même. Je me trouverai alors très hypocrite de dire que j'accepte ce coût. Le fait que je connaisse des gens qui subissent le racisme et qui préfèrent aussi s'abstenir ne changeant rien à ce raisonnement.

mardi, avril 11 2017

Deux malaises en IMS

C'est assez étrange. J'en suis à ma 138ème IMS. Et j'ai réussi à être assez déstabilisé pour être mal à l'aise. C'est rare, et pourtant c'est arrivé deux fois en une journée.

Première anecdote

Pour la première fois, j'étais dans une classe où se trouvait deux personnes, d'apparences masculines, ouvertement en couple. «D'apparences masculines» n'est pas une précaution oratoire vide ici. Dans les questionnaire anonymes après débat, un-e élève a marqué que son genre est «genderfluid»(terme que l'on a pas introduit dans la discussion. On ne rentre pas dans le détail des différentes non-binarités.) Une autre a marqué «garçon à l'extérieur, fille à l'intérieure». Je ne serai pas très étonné qu'au moins un membre de ce couple était une de ces deux personnes.

Un détail était assez perturbant pour moi. J'avais plus l'impression d'avoir à faire un couple de série télé qu'à un vrai couple. Comme s'ils voulaient montrer qu'ils sont en couple. Ça me semblait surjoué. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autres couples commenter le fait qu'ils sont en couple. J'y ai pensé lorsque, suite à une histoire de sac à dos, l'un des deux à dis à l'autre «Je t'aime, mais là t'es chiant». D'un autre côté, un couple d’apparence hétéro, j'y aurai sûrement moins prêté attention, et donc n'aurait pas remarqué que c'était surjoué. Et puis, il est possible que je me projette. Ne comprenant toujours pas ce que c'est sensé être, un couple, je pense qu'il m'arrive de tenter de jouer le fait d'être en couple, quand je suis avec une des personnes avec qui je suis en relation et avec d'autres gens.

Durant les interventions, on pose souvent une question: «Si vous avez un enfant, plus tard, et qu'il/elle vous dit être homo, comment vous réagiriez.» Il est rare que les classes soient en désaccord. Soit la majorité n'en a rien à faire pourvu qu'il soit heureux. Soit la majorité dit que c'est pas possible. Dans cette classe, la majorité n'en avait rien à faire. Sauf 2 ou 3 qui disaient qu'ils aimeraient pas du tout. Quelques minutes après, alors que ça a sonné, la personne en couple mentionnée plus haut me dit «si mon enfant est homo, si un jour j'ai un enfant, je crois que je pleurerai. Parce que je ne voudrai pas qu'il vive ce que j'ai vécu au collège.»

J'ai tenté de dire qu'on tente de faire avancer les choses, on peut espérer que ça sera différent. Ce qui était pas forcément le truc pertinent à répondre. Mais, malgré 137 interventions, il m'arrive encore de devoir improviser dans des situations imprévus. Et puis, j'ai repensé à ce qu'il a dit. J'ai pas eu tellement de détail sur ces années collèges. Mais visiblement, c'était pas cool. Et, étrangement, ça m'attriste énormément. Parce que ce n'était plus des histoires de groupes ou des statistiques, mais des propos personnel. Ce témoignage, ça m'attriste d'y repenser.

Types de bénévolats.

Cette anecdote illustre, je trouve, la raison pour laquelle parmi toutes les manières d'agir, je reste sur les interventions. Rien qu'au mag, il y a au moins deux types de bénévoles, si on laisse de côte le conseil d'administration. Il y a les intervenants (pour les écoles) et les accueillants. Même à l'époque où j'étais assez jeune pour fréquenter les permanences, je n'ai jamais voulu faire d'accueil. Parce que je n'ai jamais voulu être la personne qui a le premier contact avec les nouveau et les nouvelles, et qui risque donc d'en apprendre beaucoup sur leurs vies. Vies qui sont parfois assez complexes, par exemple à cause des LGBTphobies. C'est aussi pour ça que je pense que je ne tenterai jamais d'être bénévole au Refuge, et que je ne recueillerait pas de témoignages pour SOS homophobie. Je suis BEAUCOUP plus à l'aise face aux groupes que face aux individus.

Cette notion de discussion en groupe fait aussi que, quand un élève tient un propos homo/biphobe, je ne le prend pas pour moi[1]. La dernière fois qu'un élève m'a dit qu'il est normal de tuer les homos, ça ne m'a même plus touché.

Deuxième anecdote

Dans le même établissement, la 2ème IMS dure 3h30 au lieu de 2 heures. Une dizaine d'élèves intéréssé-e-s sont restés après la fin des cours. Une élève fait son coming-out non-binaire, xénogenre, mavérique, chat. Iel rajoutera otherkin plus tard. Si vous ne connaissez pas ces mots, ce n'est pas vraiment grave pour la suite du propos. Et sinon je vous encourage à chercher sur internet. Les textes de gens concernés me semblent mieux que ce que je pourrai écrire.

D'ailleurs, je ne connaissais pas le mot mavérique, et sur twitter, j'ai marqué «Mavérick». Une amie me donne la bonne orthographe. Une inconnue nous répond «cadavérique»[2]. Je soupçonne que cette inconnue m'a inclu dans les destinataires de la réponse parce que l'interface de twitter à changer récemment et que les nouveau «répondre à tous» ressemblent aux anciens «répondre à l'expéditeur».

Grâce à twitter, je suis au courant que certaines personnes s'intéressant aux questions trans n'apprécient pas du tout les xénogenre. J'ai d'ailleurs déjà parlé de comment cette information influe ma manière de traiter ces sujets en IMS. Je savais donc que si je déclarais aborder ces sujets en IMS, mon association serait qualifié de transphobe. Pour l'instant, de toute façon, la question ne se pose pas trop. On a seulement une heure 50 par intervention, et rarement le temps de traiter tout ce qu'on aimerait traiter. Donc rajouter le détail des différents genre non-binaire n'est pas à l'ordre du jour.

Ici, le sujet est différent. Un-e lycéen-ne déclare être mavérique(avoir un genre mavérique ?). Même si j'ignore quel précis contient cette réponse «cadavérique» (je ne me vois pas aller demander une explication de texte). Cependant, l'idée qu'un-e lycéenne soit qualifié-e avec ce mot là me met franchement mal à l'aise. Je sais que la notion de mavérique gène certaines personne. Par exemple parce qu'elle ressemble à des arguments sorti par des personnes transphobes. Sauf que là, je ne parlais pas de la notion de mavérique en générale, mais de l'identité d'une élève. Donc j'ai l'impression que ce cadavérique s'applique aussi directement à cet élève.

Encore qu'honnêtement, je sais pas pourquoi je suis si mal à l'aise. D'une part, la personne concernée n'a pas connaissance de ce court échange. Et qu'en plus, vu ce qu'iel m'a raconté de ces actions militantes, iel a déjà remarqué que cette part de son identité déplaisait. Et iel a subit pire lors d'actions contre la manif contre tous[3].

Apparté

Je profite de cet anecdote pour partager une question que je me pose. Je serai quand même intéressé par avoir une méthode qui me permet de déterminer si quelque chose est un genre ou non. Je sais bien que cette méthode variera d'une personne à l'autre, mais quand certains me disent qu'il y a plus que les deux genres officiels ET qu'il y a des choses qui ne sont pas un genre, alors ça semblerait une information pratique à avoir.

Notes

[1] Je ne prend pas les propos transphobe pour moi, mais ça, c'est sûrement car je suis cis.

[2] Je ne met pas de lien, car mon but est pas d'envoyer d'éventuelle lecteur/trice-s répondre à cette personne.

[3] Je ne rentrerai pas dans les détails, ça risquerait de rendre la personne identifiable.

jeudi, avril 6 2017

Dire en IMS comment faire son coming-out

Mon premier souvenir relatif au coming-out (co) des élèves, c'était une classe de 4ème. Un élève y fit un co bi, dans l'indifférence de sa classe. Quelqu'un a demandé s'il avait bien entendu, et c'est tout. J'ignore si c'est lui ou pas, mais sur un questionnaire après débat, quelqu'un a suggéré qu'on parle de coming-out à l'adolescence.

Récemment, une personne a demandé des conseils pour faire un CO. En particulier, iel demandait comment expliquer ce que c'était qu'être non-binaire. En effet, faire un CO concernant un mot qui n'est pas connu rend le mot plus complexe à faire. Ce jour là, j'ai enfin compris pourquoi «comment faire son CO» n'est pas un sujet qu'on aborde. Quand bien même ça a été quelque fois demander. Ou plutôt, on donnait des témoignages, par vidéo ou directement en face à face. Mais c'est tout.

Contrainte pratique

La première raison pour laquelle je n'ai pas l'habitude de parler de la manière de faire son CO, c'est tout simplement le manque de temps. On a déjà du mal à dire tout ce qu'on veut dire. On n'est donc pas en recherche de propos à rajouter. Encore moins si ce n'est pas des propos où l'on sait exactement ce qu'on doit dire.

Et puis, cette question n'est pertinente que pour les gens qui sont/seront en situation de devoir faire un CO. Ça serait étrange de tenir un propos qui laisse de côté une grande partie de la classe. En général, on tente d'avoir un propos qui soit pertinent pour les gens en questionnement aussi bien que pour les LGBTphobes.

Pire, si on leur dit «voilà comment faire votre CO», on sous-entend qu'il y a des gens qui devront faire un CO dans la classe. Qu'il y a probablement, statistiquement, des LGBT parmi eux. Et souvent, les fois où l'on fait ça, la première réaction des élèves est de chercher à savoir qui est homo. Ce qui est probablement stressant pour quelqu'un qui n'aurait pas encore fait son CO. À la place, on dit qu'on ne cherche pas à savoir les orientations sexuelles des gens. Ce que n’entraîne pas de soupçon, vu qu'on répond souvent ça aux élèves quand ils nous disent qu'ils sont hétéro. Bref, dire aux gens comment faire un CO demanderait à ce qu'on dise officiellement: il y a peut-être des LGBT ici.

Enfin, admettons qu'on brise cette règle et qu'on leur dise comment faire un CO... ça resterait très dur sans savoir à qui on s'adresse. Le CO est assez différent en fonctions des familles, par exemples. Donc ça nécessiterait presque qu'on puisse interagir avec la personne qui pense à faire un CO. Et donc que la personne ait déjà fait son CO à la classe. Ce qui rend déjà la discussion moins utile. En fait, la seule solution que je vois serait une solution en tête à tête. C'est possible au local du MAG, avec les accueillants. Même qu'on leur dit comment nous trouver. Mais, pour l'instant, je ne vois pas mieux.

Pas de solution

Et puis, la deuxième raison pour laquelle je ne parle pas de la manière faire son CO, elle est encore plus bête que la première.

On ne dit pas comment faire son CO, parce que, malheureusement, on n'a pas de solution. Il n'y a pas de technique[1] pour que ça se passe bien. En particulier, si ça se passe déjà mal, on a pas de solution pour que ça s'améliore. Plus précisément, il y a peut-être des techniques qui, statistiquement, font que ça se passe mieux avec tel méthode que tel autre méthode, mais on ne les connaît pas. J'ignore même comment un scientifique, en science humaine, ferait pour quantifier ces techniques. Bon, on peut conseiller de dire au parent de voir Contact, une association de familles de LGBT. On peut leur dire que parfois, ça se passe bien. Mais ça va pas très loin.

On peut aussi dire que certain-e-s, même si ils/elles ont du couper les ponts avec (une partie de) leurs familles, déclarent s'être créé une nouvelle famille, au MAG ou ailleurs. Mais c'est assez négatif. Ou plutôt, c'est positif du point de vue de quelqu'un déjà dans une situation très négative. Mais de la part de quelqu'un qui ignore comment le CO se passera, c'est très négatif.

En fait, la réponse cohérente de quelqu'un qui veut/doit rester avec sa famille, s'il/elle suppose la famille homophobe, c'est de cacher la part de son identité qui serait rejeté. Sauf que c'est très dur d'être caché. Personnellement, il me serait contre-intuitif de conseiller ça à quelqu'un. Je dirai même que «tu dois rester cacher» est un ordre tellement mal vu que des gens pourraient probablement nous qualifier d'homophobe - pas forcément à tort - si on conseillait ça. Ce n'est que récemment que j'ai compris ce qui, selon moi, était la moins pire réponse à apporter. Je répète ce que j'ai déjà écrit, et que j'ai récemment dit à un-e élève. On n'a pas de réponse. On ne te dis pas que tu dois le dire ou le taire. On te dit juste qu'il y a des risques, et que c'est à toi de décider si, pour toi, ça vaut le coup de les prendre ou pas, par rapport à ce que ça peut t'apporter.

Certains élèves comprennent cette dernière phrase. Je ne suis pas sûr que tous les élèves à qui on s'adresse ait assez de maturité pour la comprendre. Malheureusement, c'est quand même à lui/elle de faire son choix, puisque maturité ou pas, c'est pas ce qui empêche un parent de mal traiter son enfant.

Alors, comment on fait

Malgré tout ce que j'ai dit plus haut, je pense que la question reste pertinente. Il faudrait probablement en discuter entre intervenants. Je propose ici quelques pistes de réflexions en vrac. Une liste des méthodes les plus classiques.

  • D'abord, déterminer quel est ton but. Est-ce simplement que tout le monde sache que tu es LGB ou T ? Indiquer aux autres homo/bi que tu l'es, et donc qu'ils peuvent te draguer ? Pouvoir tenir la main de ton/ta copain/ine en public sans surprendre les gens ? Demander aux gens de te parler avec le prénom/genre qui te conviens ?
  • En fonction du premier point, déterminer qui doit être au courant ? Et aussi à qui ces gens là le répéteront, car ça reste rarement un secret.
  • Déterminer aussi quels sont les conséquences probables. Histoire d'anticiper, prévoir un plan B si ça se passe mal.
  • Déterminer la manière de le dire ? Certain-e-s font une annonce à leur classes, d'autres portent un arc-en-ciel et attendent qu'on leur disent pourquoi. D'autres encore - c'est mon cas - en parlent comme si ce n'était pas un sujet important. Et vont directement agir comme si tout le monde savait qu'on était potentiellement LGBT[2]. Et directement dire que tel personne, de notre genre, nous plait. Ou parler de soit du genre désiré, même si ça va surprendre des gens.

Notes

[1] J'ai eu envie d'écrire: pas d'algorithme.

[2] Honnêtement, je connais très mal le sujet T, ou NB, donc je ne sais pas à quel point ce propos est pertinent.

lundi, avril 3 2017

Consentement et persuasion

Lors d'une discussion sur la notion de consentement, j'ai découvert qu'un point qui me semblait évident ne l'était pas tant que ça. Si tu as suivi des cours de commerce, de debating, si tu as lu le best seller qu'est le petit guide de manipulation à l'usage des honnêtes gens, etc... tu es sensé savoir persuadé des gens, les influencer. Où alors ces objets on mal fait leur boulot. Ça ne suffit pas pour controler leurs vies ou pousser ces gens à faire quelque chose avec lequel ils sont fondamentalement en désaccord. Mais ça peut être assez pour vaincre une hésitation.

ce qui pose un souci, si tu tiens à respecter le consentement de la personne avec qui tu es - En particulier le consentement enthousiaste. Quand tu demandes à quelqu'un s'il/elle est consentant-e pour une activité X, parmi toutes les manières de formuler ta phrase, tu ne peux plus prendre une formulation aléatoire. On pourrait imaginer que quelqu'un, sans ses formation, choisira une formulation ou une autre, et en moyenne on peut considérer que cette personne aura une réponse honnête. Mais la personne avec ses formation n'aura plus la possibilité de juste prendre une formulation quelconque, puisqu'elle sait automatiquement ce que tel ou telle formulation implique.

À ce problème, j'ai proposé une réponse qui me semble évidente[1]. Formule ta proposition de manière à pousser l'autre à refuser X. Et là, si la personne veut toujours, tu sais qu'il y avait un consentement enthousiaste.

Deux petites précisions. Je n'encourage pas à dire «je ne veux pas faire X», ou de manière générale à mentir. Si l'autre refuse juste parce qu'elle croit qu'on n'en a plus envie, ça ne répond pas à la question initiale. Et surtout, je ne dis pas d'utiliser de la psychologie inversée, de la provocation. Ni de lui dire «je vais te faire refuser X». Simplement, si on admet l'hypothèse qu'effectivement tu sais persuader, alors tente, en toute bonne foi, de persuader de refuser l'activité.

Note

[1] Et certains m'ont dit que ce n'était pas le cas.

lundi, mars 27 2017

Intolérance au mot tolérance.

«C'est un hymne à la tolérance.» est une expression qui m'agace un peu. Et j'aimerai bien indiquer quelques règles, qui, selon moi, rendent ce mot hypocrite ou non. Je ne donnerai pas d'exemples précis, parce que j'ai pas envie de dire de mal de tel ou telle œuvre. D'autant que tous les exemples que j'ai cherche à défendre des idées que, en gros, je partage. Simplement, défendre n'a pas forcément grand chose à voir avec tolérer.

Tel que je comprend tolérance[1], cela se réfère à quelque chose qu'on n'apprécie pas. Ça n'aurait aucun sens de dire que je «tolère» l'homosexualité alors que j'ai utilisé cette étiquette pendant une décennie et que je participe encore à des actions visant à diminuer l'homophobie (entre autre).

Par contre, quand je lis des témoignages de LGBT dont les parents ont été à la manif contre tous, en particulier de jeunes qui ont du y aller avec leurs parents, je ressens l'envie que cette manif' soit interdite. Donc, je peux dire que, consciemment, je tolère l'idée que la manif soit autorisée. Par exemple, parce que je me dis qu'interdire une manif' serait une très mauvaise pente glissante, et que ça ne s'appliquerait pas qu'aux idées qui me déplaisent. Bref, je ne suis pas en train de défendre l'existence de cette manif, encore moins de prétendre qu'il est positif que cette manif' existe. Mais, là, on peut parler de tolérance.

Pour résumer, et si je comprend bien le sens de ce mot, «tolérer» signifie d'accepter quelque chose malgré qu'on soit contre cette chose.

À qui l'œuvre est-elle diffusée ?

Pour moi, c'est la première question à se poser. Si l'œuvre est diffusé uniquement dans un groupe de gens déjà convaincu par le message principal, alors il me semble que le mot «tolérance» n'a RIEN à faire dans la description de l'œuvre. Puisque, justement, les spectateurs/trices, auditeur/trice-s, vont déjà être en accord avec le message. Cela s'oppose donc à l'idée même de tolérance, puisqu'il n'est pas demandé à ce que la personne qui profite de l'œuvre accepte quelque chose qui lui déplaît.

Ou alors, à la limite, si l'œuvre en profite pour avoir un message qui est peu commun dans le milieu visé, pourquoi pas. Disons que le public est majoritairement gay, si l'œuvre encourage les gens à penser à inclure les problématique lesbiennes ou bi, le mot tolérance pourrait commencer à avoir du sens[2]. Ça serait encore plus vrai si l'œuvre encourage ces gays à arrêter de prétendre que ce sont les efféminés qui donnent une mauvaise image, par exemple.

Un dernier exemple, si l'œuvre disait de ne pas en vouloir aux parents qui ont rejetés leurs enfants, pourvu qu'ils aient changé d'avis après, qui tente d'expliquer ce qui se passe dans la tête des parents à ce moment là, qui les humanise, alors on pourrait vraiment parler de tolérance. Je ne suis pas du tout sûr d'avoir envie de voir ce genre d'histoire. Mais, c'est bien parce que c'est quelque chose qui me déplaît que le mot tolérance prendrait son sens. Et honnêtement, j'ai jamais vu d'œuvre décrite avec le mot tolérance et qui me demande vraiment d'accepter quelque chose qui me déplaît.

À qui s'adresse l'œuvre

C'est une question différente, de savoir à qui elle s'adresse et à qui elle est destinée. L'artiste ne choisit pas forcément son public, les visiteurs[3] de son site web, ses lecteur/trices. Pour moi, ce n'est pas une question importante. Si je créais une œuvre, même si je voulais l'adresser à la manif contre tous, j'aurai à peu près aucun moyen de le faire. À la limite, je pourrai m'adresser à quelques personnes individuellement par email, par mention twitter, mais c'est tout. Et pourtant, le docu-fiction sur les interventions en milieu scolaire, ça pourrait montrer à certain-e-s que, contrairement à l'idée qui avait été rependue, on n'est pas là pour apprendre aux enfants comment avoir du sexe[4].

D'ailleurs, je connais des œuvres qui disent «vous» à un auditeurs (imaginaire), en supposant que ce «vous» est homophobe. En fait, «vous» représente la société, dans ce cas là. Sauf que ça ne représente pas le public de l'artiste disant ça. C'est donc assez ridicule quand on y réfléchit. Même si, quand on y réfléchit pas, on peut se dire «je suis avec l'artiste, du bon côté de l'Histoire, et je le soutiens, moi aussi je Vous parle...» Sauf qu'à la fin, le «Vous» est vide, puisque tout le monde sera soit avec l'artiste, soit l'aura ignoré.

Ça a du sens d'un point de vue communication. Et si ça marche, que l'œuvre a du succès, ça augmente aussi les chance que ça soit diffusé à la télé, mentionné dans des grands médias, et donc que ça touche enfin les gens qui sont contre avec l'idée principale du message.

Pour conclure cette partie, prenons une œuvre. Disons qu'elle tente de montrer comment l'homophobie ravage la vie de certains jeunes en questionnement. Selon qu'elle soit projeté dans un festival LGBT ou selon qu'elle soit diffusée sur une chaîne nationale, c'est ça, selon moi, qui permettra d'utiliser de façon non hypocrite le mot tolérance. Ce n'est pas l'œuvre qui est un hymne à la tolérance, c'est bien le choix de la diffuser ou non à un très large public.

Est-ce que l'œuvre explique ?

Selon moi, c'est la seconde question à se poser.

Je vois beaucoup d'œuvres qui partent du principe qu'on est d'accord avec certaines idées et qu'on est déjà un peu au courant d'un certains nombres de faits. Cette dernière phrase est d'une grande platitude[5]. C'est indispensable de partir de ce genre de principe. On partage une culture commune, une langue commune, elles ont avec elles leurs bagages, leurs histoires, leurs sous-entendu clair mais non explicités.

Mais il y a ces idées partagées par, disons, 95% de la population adulte. Et puis il y a des idées partagée par moins de 10% de la population, mais par 95% des gens qui fréquentent régulièrement certains milieux. Ces idées sont répétées, travaillé, reprises, dans ce groupe. Tournent peut-être d'un groupe à un autre, avec des affinités. Mais n'atteignent jamais la notoriété nationale, avec les médias de masses, que ce soit la télé ou l'école.

Idées cachés.

Faire référence à ces idées partagée par peu de gens n'est pas grave en soit. En particulier, si cette référence n'est pas indispensable à la compréhension de l'œuvre. Ça créera un lien plus fort avec le public qui a compris le message, et sera ignoré par le reste des gens. Ça montre aussi aux gens partageant l'idée qu'ils ne sont pas seuls, qu'il y a une communauté, ça peut donner du courage. D'autant plus que ces gens vont voir que des gens peuvent communiquer publiquement à ce sujet.

Mais encore une fois, le mot tolérance n'aura rien à faire là. C'est peut-être une œuvre engagée, politiquement incorrecte, donneuse d'espoir/de leçon, moralisatrice... mais si le message est caché, incompréhensible, on ne peut même pas imaginer que ça pousse quelqu'un à tolérer quelque chose.

Idées non expliquées.

Et parfois, l'artiste est tellement sûr que tout le public est avec iel qu'aucune explication n'est donné pour introduire un long passage. Par exemple, une humoriste se moquait de l'hypocrisies des bourgeois-e-s blanc-he-s défendant Exhibit B. En fait, elle parlait de pleins de choses, mais il se trouve que cette fois, j'avais la référence et je savais quelle était la problématique.

C'est une humoriste engagé, je ne lui retirerai pas ça. À priori, je n'ai pas de raison de supposer que le public soit entièrement acquis à la cause anti-raciste. Enfin, si. Probablement que personne ne se décrira comme raciste; ce n'est pas pour autant qu'iels sauront quels sont les dernières actions (anti-)racistes qui ont lieux en France. Donc, clairement, la réponse a ma première question est «les gens entendant ce sketch ne sont pas tous déjà convaincus». Par contre, puisqu'en pratique, rien n'est fait pour convaincre les spectateur/trice-s de ces idées. Ni même pour les convaincre d'entendre ces idées. Donc selon moi, le mot tolérance ne s'appliquerait toujours pas.

Conclusion

Si un jour, je créé quelque chose pour rendre les gens tolérants, hésitez pas à ressortir ce billet. Je doute que je l'ai oublié. Par contre, je serai peut-être devenu hypocrite.

Notes

[1] Mettons de côté le sens biologique comme celui de la tolérance au gluten

[2] Il y a un bon nombre de gay qui pensent que les questions autours de la PMA ne sont pas importantes, parce que bon, tomber enceinte, ça peut toujours se faire comme on l'a toujours fait. Et les bis sont juste des gens qui assument pas... Je fréquente pas beaucoup de gens ayant ces propos, mais ça m'arrive d'entendre ça.

[3] J'ai voulu dégenrer ce mot... je me suis fait bugger tout seul.

[4] Ce tweet arrive peu avant que je veuille publier ce billet, j'ai une chance pas possible.

[5] Pour le reste du blog, du billet, j'en sais rien. Mais cette phrase, c'est évident.

vendredi, mars 24 2017

Faut-il être formé pour participer à une action

En général, quand j'écris un billet de blog, j'ai soit une question, soit une opinion. Là, j'ai deux avis contradictoires sur le même sujet. Est-ce qu'il faut être formé-e pour participer à une action ? Bien su, je parle de mon expérience de faire des interventions contre des discriminations, mais je pense que certaines réflexion se généralise. Je vais parler de LGBTphobie et sexisme, mais je suppose que ça se généralise facilement à d'autres sujets. Je précise aussi que je parle uniquement de formations théoriques ici, se renseigner sur les sujets dont on va parler, ainsi que sur les sujets liés. Il me semble aller de soit que des formations pratiques restent indispensable. Qu'on ne met pas un intervenant-e devant une classe sans qu'il ait observé des interventions, et sans qu'ils ne soit déjà intervenu avec un intervenant-e confirmé. L'échange entre intervenant-e-s, qui constitue aussi de la formation, est rapidement indispensable.

La formation théorique est une question vraiment importante, parce que un certains nombre de gens nous rejoignent en en pensant, plus ou moins, qu'il suffit de bonne volonté, de temps libre, de savoir que être *-phobe c'est mal. Et parfois aussi qu'il faut accepter de témoigner de son vécu... En tout cas, c'est ce que je pensais en commençant. Il devrait vous sembler clair que j'ai changé d'avis depuis.

Ça peut être dispensable

Je vais d'abord expliquer pourquoi la formation peut être parfois omise. Je vais séparer les gens en deux catégories, mon argument étant assez différent dans ces deux cas.

D'abord, il y a des gens qui n'aiment pas se former. Qui n'aiment pas lire, qui ne sont pas intéressé par les propos abstraits et théoriques. Je ne crois pas que ça les empêcheraient d'êtres de bons intervenant-e-s. Après tout, nous ne faisons pas un débat académique. Rendre certaines formation obligatoires nous priverait de ces intervenants. Si on leur laisse le choix: formez vous ou partez, il va de soit qu'ils sont libre de partir. D'ailleurs, j'ai vu beaucoup de gens venir au mag et jamais observer, ou bien observer et jamais intervenir, ou encore intervenir quelques mois puis partir.

Ensuite, il y a les gens qui aiment se former. Encore plus pour eux, être formé-e n'est pas indispensable. Pour une raison toute simple, c'est que plus on est formé-e, plus on se rend compte qu'on est ignorant-e. Le mieux est l'ennemi du bien, si seul les perfectionnistes pourraient agir, peut-être que les interventions seraient mieux. Mais elles seraient moins nombreuses.

Dans les deux cas, mon argument se résume a: Vu le nombre d'intervenant-e et le nombre de gens à former, j'estime que la quantité prime sur la qualité. Jusqu'à un certain point, ça s'entend, il faudrait pas d'une personne qui se mette à expliquer aux élèves que le terme de pédé n'est pas vraiment insultant, ou à expliquer aux enseignants qu'il est normal que cette classe soit homophobe quand on voit que les élèves sont insérer ici un mot raciste. (Inutile de vous dire que le type qui nous a fait ce coup là n'intervient plus avec nous !)

Pour l'anecdote, je ne me place moi même dans aucune des deux catégories. J'aime la théorie en général. J'adore lire. Mais quand je vais dans une librairie, je n'éprouve pas d’attirance pour les livres traitant de théorie sur les humains. Je préfère soit les théories mathématico-informatique, soit les histoires avec des humains.

C'est indispensable

Et maintenant, je vais expliquer pourquoi il est indispensable de se former.

D'abord, même en étant deux intervenants, nos vécus ne couvriront jamais tout ce dont il y a à parler. Il est extrêmement rare qu'on se retrouve avec homme et femme, trans et cis, pan, homo et a[1], racisé et non racisé.

D'ailleurs, on pourrait se demander ce que le dernier adjectif fiche ici, puisque le racisme n'est pas un sujet qu'on aborde en profondeur. Sauf qu'il arrive souvent que des élèves nous disent que «chez eux», dans «telle catégorie de population», il n'y a aucun homo. On a certes l'argument qu'on connait des homos de cette catégorie, mais c'est un peu court, comme réponse. Là vidéo de témoignage peut nous aider, vu que des gens concernés parlent d'eux-même, mais ça reste court comme réponse. La formation théorique commence à devenir indispensable pour avoir des choses pertinentes à dire. Par exemple, connaître Aboû Nouwâs, qui montre bien qu'il y a des siècles il y avait déjà au moyen orient des hommes parlant d'amour des hommes. Il peut aussi être utile de savoir qu'on trouve, en France entre autre, des gens qui ont décidé de quitter leur pays, entre autre pour ne pas avoir l'obligation de se cacher[2]. Quoi que ce ne soit pas trop de la théorie, vu qu'on a connu des gens concerné dans l'association. Et ensuite, on peut demander aux élèves d'imaginer ce qui serait arrivé si la personne avait révélé être homo avant de partir.

Mais revenons sur les sujets qui concernent directement nos interventions. Prenons la notion d'a-(romantisme/sexualité). Pourvu que l'intervenant-e ne soit pas a lui/elle même dans cette catégorie, et que son/sa co-intervenant-e ne soit pas non-plus a(romantique/sexuel). Que peut-iel dire ? Répéter ce qu'iel a observé dans d'autre IMS. Sans forcément bien comprendre, en déformant ? Pour avoir une chance de ne pas dire de bêtise, une formation plus théorique commence à devenir indispensable. En particulier, parce qu'il est utile de se rendre compte qu'il y a plein de cas différents. Déjà, des gens asexuel sans être aromantique, ou le contraire. Et puis des gens asexuels qui détestent l'acte, et d'autres qui n'ont pas envie mais qui n'ont rien contre non plus. Je dirai même plus, même si on connait une personne a, on peut parler de cette personne, mais ça ne sera qu'un cas particulier. Et même une personne a qui aurait pas lu des témoignages d'autres gens ne sauraient pas forcément que son cas n'est pas une généralité. Je suppose qu'il vaut mieux généraliser un peu trop que de ne pas en parler. Dire que ce mot existe permettra aux gens potentiellement concernés d'aller se renseigner, savoir quel mot taper dans son moteur de recherche favori. Mais si on peut éviter de dire que «Les asexuels sont ceci/cela», ça peut être bien aussi.

Certain-e-s lecteur/trice[3] auront peut-être remarqué que tout le paragraphe précédent s'applique aussi aux homos, aux bis... Par exemple, pour ces groupes là aussi, on peut faire la différence entre orientation romantique et orientation sexuelle. Pourtant, tout le monde ne se fait pas cette réflexion par ellui même. En effet, il y a des gens pour qui les orientations sexuelles et romantiques correspondent, et qui n'ont pas besoin de se poser cette question. De même, ça peut être utile de savoir que le mot homo ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour certain-e-s, c'est une identité, quelque chose de fondamental pour elleux. Pour d'autres, c'est juste la constatation qu'iels ont surtout été attiré par des gens de leur genre.

La théorie est aussi indispensable dès qu'on nous pose des questions non personnelles. Par exemple, pourquoi telle célébrité à décidé de dire qu'iel est homo ? Sans forcément connaitre la réponse pour tous les homos célèbres, ont peut se rendre compte qu'un petit nombre de raisons reviennent. Et ce n'est pas forcément évident si on ne les a jamais lues. Disons qu'on nous demande si on peut «redevenir hétéro». L'idée peut nous sembler absurde, à première écoute. Ou bien quelconque, puisque les gens évoluent avec le temps. Il peut être pratique d'avoir un peu lu sur les «gay camp», et autres traitement médicaux, pour montrer à quel point l'idée peut aussi être dangereuse.

Parlant d'idée dangereuse, il y a des règles qui ont des exceptions. Sans théorie, c'est dur de les justifier. Par exemple, dire «pédé» est considéré comme quelque chose de négatif, à ne pas faire. Mais quand quelqu'un nous dit qu'un pote se décrit lui-même comme pédé, il me semblerait impensable de lui dire que son pote à tort. Il faut donc pouvoir parler de la notion de réappropriation de l'insulte, expliquer pourquoi, dans certains cas, la règle habituelle ne s'applique pas, mais qu'il faut y faire attention. En général, ça leur parle si on parle avec des termes que les gens racisés peuvent employé entre eux, mais qui seraient raciste si des nons-racisés l'employaient. De même, si on parle de cliché. Certain-e-s intervenant-e-s tiennent à dire qu'en général, les clichés sont faux. Qu'il y a plein de lesbiennes non butchs et de gay non efféminés. C'est quelque chose de très naturel à faire, puisque beaucoup de jeunes en questionnement se disent «je ne peux pas être homo, je ne ressemble pas à ce que la télé me montre des homos. Je refuse d'être ça, ils/elles sont ridicules !» Donc, il est indispensable de rassurer ces jeunes et de leur dire «si t'es gay, ça veut pas dire que tu seras comme ces candidats de télé réalité», qui d'ailleurs sont des comédiens à qui on a demandé d'exagérer. Mais il faut de la réflexion pour réaliser qu'il faut aller au delà. Aider des gens en rejetant d'autre n'est pas acceptable. Il est rare que dans une classe, quelqu'un revendique le droit de ne pas se conformer aux normes de genres attendus. Mais si quelqu'un souhaite ou souhaitera le faire, c'est important qu'il n'entendu pas que même des gens LGBT sous-entendent que c'est quelque chose de mal. Et que ça serait une raison de moquerie légitime. Important qu'iels sachent que l'association est un lieu où, s'iels on pourront être de la manière qu'iel considère être vraiment elleux-même sans se cacher. Donc, très important, quand on dit que la plupart des homos ne respectent pas les clichés, de rajouter que certains homos respectent les clichés - tout comme certain-e-s hétéro respectent les cliché homo - et que ça n'est pas moins acceptable. Que si on leur dit ça, ce n'est pas pour leur dire qu'ils ne doivent pas l'être, juste pour leur dire qu'ils ne se transformeront pas en ce cliché s'ils assument être homo.

Notes

[1] Aromantique/asexué. Sans attirance.

[2] Vous pouvez lire le dernier tétu, qui parle de ce sujet. Disclaimer, je suis «ami facebook» avec le nouveau rédacteur en chef de Tétu.

[3] En supposant votre existence

jeudi, mars 23 2017

Les définitions (ne) sont (pas) importantes

Le point qui m'est le plus contre-intuitif le plus régulièrement dans les textes sur les questions de société, c'est les questions relatives aux mots et à leurs définitions. Et j'arrive à être surpris par les gens qui n'ont pas de définition unique et par les gens qui ont une définition absolue et indiscutable.

Pas de définition unique

Quand j'ai participé à une étude d'un géographe sur le polyamour à Paris, j'ai été étonné que sa première question soit: «comment tu définis le polyamour ?» Il fait de la recherche à ce sujet, naïvement, je m'attende à ce qu'il sache ce qu'est le polyamour. Tout comme il ne me viendrait jamais à l'idée de demander à qui que ce soit: «comment tu définis un automate ?»[1].

Quand j'ai lu un texte d'introduction à la philosophie des sciences, je me souviens avoir eu énormément de mal à considérer sérieusement un texte qui dit «la causalité selon Tel auteur». Parce que, dans les maths que je connais, si un objet est central, il a en général une définition précise et universellement accepté. Ou alors, il a plusieurs définitions, qui sont équivalentes, et un des premiers résultat de chaque livre est de montrer que les définitions sont équivalentes. Ce qui fait qu'une fois qu'on connaît toutes les définitions, on n'a jamais besoin de préciser laquelle on utilise, puisque ça ne change absolument rien. Étant donné que la notion de causalité est indubitablement centrale en philo des sciences, je m'attendais à ce qu'il y ait UNE définition. Potentiellement d'autres définitions secondaires appartenant à l'histoire de la discipline, plus utilisé aujourd'hui. D'autres définitions anecdotiques, histoire de montrer le côté vivant, l'évolution qu'à eu le domaine autrefois. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait des polémiques actuelles, puisque je ne compte pas travailler dans le sujet, je voulais une définition clef en main.

Bon, bien sûr, même les mathématiciens peuvent souvent considérer des variations sur une définition. Dans mon domaine, on a pleins de types d'automates. Mais en général, on dira automate de Büchi, de Muller, fini, à pile... Mais quand on dit automate de Büchi ou machine de Turing, c'est pas en opposition à une autre définition. C'est juste que, intuitivement, c'est similair à un automate, donc on garde le même nom de base pour aider l'intuition. Mais on rajoute un nom histoire d'indiquer qu'en aucun cas il ne faut confondre les deux, ce sont deux objets différents.

Pour continuer sur mon habitude de mathématicien, il arrive aussi qu'un même mot ait plein de sens différents. L'exemple classique est le mot «normal», qui aura un sens totalement différent s'il qualifie une distribution de probabilité ou un sous-groupe - par exemple. Mais comme c'est des objets totalement distinct, sans aucun rapport, il n'y a aucune ambiguïté possible. On n'a même plus besoin de préciser de quel définition on parle, puisqu'il est impossible[2] de parler d'un sous-groupe normal d'une probabilité.

Tout ça pour dire, si: superficiellement, on est habitué à avoir plusieurs définitions pour un mot. En réalité, la définition est toujours unique.

LA définition indiscutable

Bon, supposons maintenant qu'on soit dans un des rares cas mathématiques où il y a une ambiguïté. Où un même mot pourrait avoir légitimement deux sens différents. Je ne connais aucun-e mathématicien-ne qui refusera de remplacer le mot par sa définition. En Coq, ça s’appelle la delta-reduction[3]. Si le mot disparaît, plus d’ambiguïté. Il ne faut pas faire disparaître plein de mots, et en particulier pas faire disparaitre des mots qui sont apparus lors d'une autre disparition, sans ça, le texte deviendra incompréhensible. Mais une seule étape de remplacement, ça reste acceptable, n'encombre pas trop la lisibilité et permet d'éviter toute ambiguïté.

Yudkowsky prend un exemple, qui m'a définitivement convaincu de ne pas argumenter sur les définitions. «Est-ce que un arbre qui tombe dans une forêt, isolé, et loin de tout humain, fait du bruit ?» Exemple classique de paradoxe, de problème sur lequel on peut se disputer longtemps. Si on remplace bruit par «onde se propageant dans l'air» alors il ne fait aucun doute que oui[4]. Si on définit bruit comme «quelque chose d'entendu par un humain» alors la réponse est non par hypothèse. Le problème disparaît. Ou alors on se réduit au problème de «quel est la bonne définition du mot "bruit" ?», mais au moins on a définit clairement le problème. Et ça me ramène au sujet de mon billet, les définitions.

Il est assez énervant, pour moi, que la même règle ne soit pas autorisé en dehors de sciences non humaines[5]. Pour prendre un exemple, le mot «homophobe» est extrêmement vague. Il est à peu près certains que frapper des homos, c'est homophobe. Est-ce que refuser aux couples de personnes de même genre (selon la société) de se marier est homophobe ? Selon Act-Up, oui. Selon la cour d'appel de Paris, non. Est-ce que demander à un garçon «t'as une copine» sans rajouter «ou un copain» est homophobe ? Je connais peu de gens qui défendrait cette affirmation. Mais certain-e-s arguerait que le simple fait de supposer l'hétérosexualité par défaut suffit à rentrer dans le cadre de l'homophobie.

Il me semble qu'on a clairement à faire à tout un tas de gens ayant des définitions différentes du mot «homophobe». Alors que si on remplaçait, un coup par «personne voulant un traitement différent selon le genre des membres du couple», un coup par «personne frappant les homos, ou voulant leur interdire de faire état de leur couple en public», alors le procès n'aurait pas eu de raison d'être.


Bien sûr, rationnellement, je comprend que «les mots sont importants». Par exemple, parce qu'un mot à un poid émotionnel, des connotations. Pire, tout ce qui entoure le mot est attaché au mot lui même - au signifiant[6] - et pas à sa définition - le signifié. Autrement dit, l'important publiquement, aujourd'hui, c'est «ne pas être homophobe», la définition de «homophobe» n'ayant aucune importance. Et réciproquement, il peut-être efficace pour faire évoluer la société que «homophobe» inclus «être contre le mariage des couples de même genre», puisque ça amalgamera ceux qui s'opposent à ces mariages et ceux qui commentent des actes violent. Et donc, rendra le refus du mariage inacceptable.

Bien sûr le dernier paragraphe caricature. Je ne connais personne ayant écrit explicitement une telle refléxion. Personne qui dit «je veux changer la définition du mot homophobie pour que la manif pour tous ne puisse même plus être en mesure de parlerq». En général, j'entend simplement «Ce que je donne est LA définition, et dire le contraire est homophobe». Il s'ensuit que le MOT est important en lui même. Changer le MOT aurait un coup élevé. Et pas uniquement parce que ça compliquerait le dialogue, au moins le temps qu'un ou deux nouveau mots s'imposent.

Pire, je suis forcé d'admettre que les mots sont importants pour des raisons légales et administratives. SOS homophobie, après tout, a pour but de lutter contre l'homophobie[7]. Tant qu'on est dans les actions de préventions, d'écoute, la définition exacte de l'homophobie n'est pas très importantes. Mais on peut imaginer que dans un procès, la définition de l'homophobie sera indispensable pour savoir si SOS homophobie -ou d'autres associations- est légitime à se porter partie civile ou non.

Remplacer la définition par les conséquences.

Quand j'interviens en classe, il arrive qu'on me demande si quelque chose est homophobie. Par exemple, est-ce que «ne pas vouloir qu'un ami soit homo» est homophobe. Je ne répond jamais oui ou non. «Oui» légitimerait cette volonté; ce n'est pas mon intention. «Non» fermerait le dialogue, puisque celui/celle qui me pose la question, en général, va entendre «oui, je considère que tu es homophobe» et se sentir vexé. Remplacer le mot homophobe par une définition quelconque n'aurait pas le moindre intérêt. Si je dis à l'élève qu'il «veut faire une différence en fonction de l'orientation des gens», je ne lui dis rien qu'il ne sait déjà. À la place, la vraie question importante, sera la question des conséquences. «Si un de vos amis se mettait à avoir la moitié de vos amis qui refuse de lui parler, vous pensez qu'il se sentirait comment ? Vous imaginez si la moitié des gens qui vous entourent décidaient tout d'un coup de s'éloigner de vous ? »

Notes

[1] Je précise que la majorité de mes résultats de recherches portent sur la théorie des automates

[2] Je suppose que on peut construire artificiellement des contres exemples, si on étend la définition de normal aux monoïdes, et qu'on considère le monoïde des distribution de probabilité, muni du produit cartésien. Je ne peux même pas imaginer pourquoi quelqu'un aurait besoin de faire ça.

[3] Et probablement plus généralement en lambda calcul, voir en théorie des langages, mais google semble vraiment pas clair.

[4] À moins que vous ne supposiez que les lois de la physique changent lors qu’aucun humain ne les observe. Ce qui est rarement défendu.

[5] inhumaine ?

[6] J'espère bien avoir compris la définition(sans commentaire) de ce mot... , vu que je sais avoir un linguiste dans mes lecteurs réguliers. J'espère qu'il ne verra pas trop de bêtise dans ce billet.

[7] Les LGBTphobies en vrai.

lundi, mars 6 2017

Explication de sketch - Privilège blanc

J'ai écrit un stand-up, j'en suis assez fier, et j'ai envie d'expliquer pourquoi. Bien sûr, le texte doit pouvoir être compris sans l'explication, et je pense que c'était le cas.

Avant de le jouer sur scène, j'ai présenté le texte à un-e ami-e engagé dans les luttes contres le racisme, histoire de vérifier un peu que je ne disais rien de problématique. Bien sûr, son approbation ne valide pas le texte, on peut tout à fait me signaler plus tard un truc qu'on a tous les deux pas vu. Mais ça évite des fautes les plus évidentes.

J'avais envie de tenter de parler de choses plus engagé qu'avant. Et puis, j'ai vu un humoriste se faire applaudir en disant «le racisme, c'est mal», et me disait que je devais pouvoir faire un peu plus constructif. Le problème que je vois avec sa phrase, c'est que tant qu'il ne définit pas ce qu'est le racisme, ce qui est mal, à peu près tout le monde va être d'accord. Il me semble que peu de gens se définissent ouvertement comme raciste, en particulier au milieu d'une foule d'inconnu qu'est le public d'un stand-upper. Donc, j'avais envie d'être un peu plus précis que ça...

Après, je n'avais pas non plus envie de dire ce qu'était de vivre le racisme, se serait juste absurde, et c'est un trope bien trop courant de voir un blanc avoir du succès pour répéter ce que des gens subissant les discriminations racistes ont dit. Donc je devais prendre l'angle de celui qui ne subit pas le racisme. Guy Bedos l'a déjà fait, en incarnant des personnages racistes et en montrant à quel point ils sont cons. Le problème étant que son personnage était indistinguable du raciste, au point que certains, parait-il, ont même cru que le texte était au premier degré... Je soupçonne que si ce ne sont pas les racistes qui se sentent insulté par ton texte anti-raciste, y a un truc qui a raté.

Dans les deux exemples donnés ci dessous, on peut voir une dichotomie très fortes entre racistes et non-racistes. De ce que je lis, cette dichotomie est un vrai problème. Parce que ça semble indiquer que seuls les gens racistes profitent du racisme. Qu'on ne peut pas dire à quelqu'un que ça lui a accordé des avantages sans qu'il entende qu'on le considère comme raciste. D'ailleurs, c'est pour ça que dans le sketch, je dis «moi» et pas «nous», pour éviter de brusquer. Et je trouvai potentiellement intéressant qu'une personne ne subissant pas le racisme dise publiquement qu'elle en profite, histoire d'entendre autre chose que ce que la majorité dit.

Sauf que, si je parlais réellement des avantages que j'ai, ça ne serait plus drôle, ce qui arrive à la famille Traoré, ou à Théo, me donne pas vraiment envie de rire. Et puis, je risquais de faire se refermer le public sur lui même, vu la violence du propos. Donc j'ai préféré prendre le choix de la location d'appartement. Je me disais qu'avec un peu de chance, même des gens qui disent «on est tous égaux, je ne profite pas du racisme, c'est vous qui êtes racistes de dire ça juste parce que je suis blanc» seraient d'accord avec cette première étape de raisonnement...

Le souci à parler de détails, de petites choses comme la recherche d'appartement, c'est que ça ne montre pas l'effet d'accumulation. Ni des plus gros actes marquant à vie. C'est pour ça que, sur la conclusion, quitte à ne pas être drôle, j'ai mentionné deux problèmes récents. Deux problèmes suffisamment médiatisés pour que je puisse supposer que le public ait la référence sans que je doive leur expliquer de quoi je parle... Mon malheur étant que le rapport entre le sketch est la conclusion n'est pas forcément évidente.

Sur la conclusion, je me serai senti hypocrite de juste redire les slogans. Quand je vois les vidéos de manifestations, ça me fait vraiment peur, donc je n'y vais pas. Et pourtant, c'est potentiellement plus utile de les dire là que sur une scène... Mais comme j'avais pas envie de pas en parler alors que, sur le thème que j'abordais, c'est des sujets bien plus marquant que ceux dont je parlais, j'avais envie de les dire sur scène. Finalement, après hésitation, j'ai choisi l’honnêteté, quitte à faire une prétérition.

Parlant d'hypocrisie, la seconde, que je vois et n'arrive pas à corriger. Un autre truc que j'avais envie de dire était «écouter les gens concernés». C'est pour ça que dans le commentaire sous la vidéo, j'ai demandé aux gens qui partagerait ma vidéo d'aussi partager des paroles de gens directement concernés, avec l'exemple de cases rebelles, un podcast très instructif. Donc j'ai placé le fait que c'est une personne directement concerné qui m'a dit que j'étais con. Mais je trouve la transition un peu forcée. D'autant qu'elle est fausse, j'ai pas mal lu des témoignages et textes de gens concerner. Mais dans le cas précis de cet exemple de privilège, j'ai pu en arriver à la conclusion sans qu'on m'en parle en particulier.

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J'ai eu quelques retours après la scène. Le premier retour, le plus cool, et c'est la première fois que ça m'arrivait, c'est qu'une autre stand-uppeuse, plus tard, a fait référence à mon passage pour parler de discrimination qu'elle avait subie. Ça semble montrer que ça lui parlait, que le propos était pertinent, et qu'il est assez bon pour qu'elle puisse s'y associer sans honte.

Après le spectacle, certains des retours étaient positifs, me disant que je devais repasser sur cette scène[1], et que c'est bien que des gens en parlent. Et puis, y a deux remarques qui m'ont un peu marquées. Davy Mourier, qui était dans la salle, est un humoriste/youtuber/... qui est très doué pour installer des mal-aise. Il m'a dit «bravo pour ton raciste». Ce qui est assez magnifique, parce qu'il y a plein de manière d'interpréter cette phrase. Et que, vu la personnalité de Davy, il est probable que cette phrase ne veuille rien dire, mais réussisse à me mettre le doute quand même.

Et puis, j'ai fait par de mes doutes à quelqu'un d'autre. Parce que je ne savais vraiment pas s'il n'y aurait pas une bêtise dans le texte. Il m'a dit que j'ai l'air tellement gentil, même si je disais (exemple de phrase cliché raciste), on verrait que je pense pas, ça passerait... Et en fait, c'est la phrase qui m'a le plus attristé de la soirée, parce que, SI c'est vrai, alors ce sketch ne sert à rien. Si ce sketch est indistinguable d'un sketch «pas raciste, mais» à la Michel Leeb, alors c'est que toutes les belles pensées que j'avais au dessus, c'est juste moi qui flatte mon égo. Il ne reste plus que quelques vannes sur Sardou ou la longueur d'un texte de loi.

Note

[1] Hélas, la liste d'attente fait que j'y serai pas avant juin, au minimum

samedi, février 4 2017

De la comparaison de groupe d'humains

Je crois que je vais de méta en méta. D'abord je parle de trucs qui ne m'intéressent pas. Maintenant je vais parler de la manière de parler de ces trucs qui ne m'intéressent pas. Plus spécifiquement, de l'usage correcte des comparaisons dans une argumentation. Pas correcte au sens où la comparaison compare des trucs comparable. Correcte dans le sens que la comparaison ne fasse pas de dégâts. Qu'elle amène le débat dans le sens voulu par celui qui l'utilise. Ce n'est pas une réflexion finie, je serai donc particulièrement avide d'avis en commentaire, venant de gens ayant réfléchi à ces question; la comparaison a l'air très dangereux comme outil, et que je ne le maîtrise pas vraiment. Mes exemples ici vont être des comparaison de discrimination. Et comme je ne suis pas concerné par beaucoup de discrimination, je prendre des groupes auxquels je n'appartiens pas en exemple, j'espère néanmoins le faire de manière correcte et ne rien mettre de vexant pour les groupes mentionnés. Sinon, au minimum, j'aurai montré par l'exemple pourquoi l'outil est dangereux.

Comparer deux groupes dont on voit une similarité

L'exemple que je vois le plus souvent de comparaison dangereuse consiste à attaquer la consommation de viande pour des raisons éthiques. Plus précisément, comparer les éleveurs aux propriétaires d'esclaves[1]. Le souci c'est qu'une comparaison, ça se file, et la suite logique est de comparer les populations victimes de l'esclavagisme aux animaux. Et vous savez qui comparait les esclaves aux animaux ? Les esclavagistes.
Certes, dire qu'un esclavagiste a fait dit quelque chose ne rend pas la chose mauvaise. Peut-être que des esclavagistes ont dit à leurs enfants de se brosser les dents après les repas après tout. N'empêche, tenir un discours similaire[2] à celui des esclavagiste, à priori, ça ne semble pas être une bonne idée. Pour dire ça autrement, les animaux étant considéré en général comme inférieur à l'homme, la comparaison est néfaste pour ceux comparés aux animaux. On pourrait comparer ça à la loi de conservation du mouvement, si ça monte le groupe le moins bien considéré, ça descend le groupe le mieux considéré.

Cependant, ce n'est pas toujours aussi simple que ça d'argumenter contre cette comparaison. Elle est parfois faites par des anti-spécistes, qui disent ne pas faire de différence entre les animaux non-humains et les humains. Et dans ce cas l'argument précédent ne marche plus tel quel. En supposant l'anti-spéciste de bonne foi, alors dans sa tête, cet argument n'a pas vraiment de raison de poser problème. Ce à quoi ma réponse serait que, s'il cherche à convaincre, alors l'auditeur n'est pas déjà convaincu. Donc l'auditeur entendra quand même une comparaison avec un groupe que l'auditeur pense inférieur. Et une fois que l'orateur sait que l'auditeur entend ça, ça peut commencer à avoir l'air d'être une très mauvaise idée.

Pour dire ça autrement, pour un anti-spéciste convaincu, accepter l'idée que la comparaison soit problématique suppose de se mettre à la place de son interlocuteur pas encore convaincu. Ce qui ne se fait pas toujours naturellement. Ce qui peut être dur à faire quand l'autre a une opinion qui nous est totalement incompréhensible. Et de toute façon, une fois l'interlocuteur convaincu, que toute la terre sera convaincu, l'argument ne devrai plus être problématique... Par contraposée, et c'est là que le problème arrive, si l'orateur accepte que cette comparaison est problématique. S'il accepte que cette comparaison restera problématique. Il accepte implicitement que l'interlocuteur ne sera peut-être pas convaincu.


Pour résumer user de la métaphore entre deux groupes opprimés[3], si un des groupes considère que l'autre lui est inférieur - Ou juste considère que les oppresseurs pense que l'autre groupe est inférieur - alors la comparaison fera des dommages[4]. Et donc, la seule solution pour pouvoir faire cette comparaison, c'est d'accepter de faire que les personnes qui ne partagent pas ton avis - ici l'anti-spéciste - soient insultées.

Réfuter une comparaison avec un groupe qu'on n'aime pas

Le problème du paragraphe différent, qui dit de ne pas comparer, c'est que cet argument va à double sens. Si un groupe refuse d'être comparé à un autre, ça montre justement qu'un groupe considère que l'autre lui est inférieur. Ainsi, il y a bien des années, j'avais été choqué quand j'ai vu que GayLib, ex-cercle de réflexion LGBT[5] de l'ex-UMP, expliquait tout ce que l'UMP faisait pour, les homos, ... les handicapé, .... À l'époque, je trouvais ça intolérable, car je comprenais qu'ils disent qu'être homo et être handicapé c'est la même chose ! Aujourd'hui, je réalise que, d'une part, ça peut effectivement être un handicap pour certaines carrière - mais ce n'est pas dans ce sens qu'ils employant ce mot. D'autre part que cette réaction montre que j'avais internalisé que, être handicapé, c'est quelque chose d'honteux. Si ce n'était pas honteux, je ne devrai pas avoir de problème à ce qu'ils fassent cette comparaison. Je pourrai avoir des problèmes à croire à la véracité de l'affirmation de Gay Lib, mais ce n'est pas vraiment le problème que j'avais à l'époque.

Aujourd'hui, où je ne crois plus qu'il y ait quoi que ce soit d'honteux à être handicapés, je n'apprécie pas ce que j'ai pensé à l'époque. J'en conclue donc qu'il est aussi dangereux de vouloir faire des comparaisons que de les refuser.

Comparaison et intersection

Une autre raison pour laquelle les comparaisons semblent évitée en milieu militant, c'est que les discriminations se mélangent. Le principe de l'intersectionalité, c'est de dire que le sexisme/racisme/homophobie/handiphobie/polyphobie... ne sont pas vécue indépendamment les uns des autres. Les remarques polyphobes ne seront pas les mêmes pour un homme - le tombeur - que pour une femme - la salope, mot que se sont justement rapproprié les auteures de la salope éthique. Ça ne sera pas vécu pareil pour un homo - infidèles par nature - que pour un hétéro - un fantasme classique. Ou encore pas les même pour un blanc - le fameux ménage à trois français - que pour un noir ou arabe[6] - qui n'aura pas su s'intégrer. Or, en général, la comparaison nécessite de s'intéresser à deux groupes totalement distincts. En effet, comment comparer quelque chose qui se trouve dans l'intersection des groupes, faudrait-il le considérer en tant que membre d'un groupe, ou de l'autre ?

Pire: les phrases du style «X est le nouvel Y» ! Ça indique que la discrimination envers Y a disparu. Or, c'est pas le cas[7]. Et, c'est une chose de dire qu'une cause nouvelle est importante, c'est une chose beaucoup plus égoïste d'essayer, pour ça, de prendre la place d'une autre cause, qui est déjà reconnu, même si elle ne nous intéresse pas.

De manière générale, une remarque que j'ai régulièrement lu, c'est de ne pas prioritariser. On peut choisir de s'engager pour une cause que pour une autre, ça ne signifie pas que l'autre cause est moins importante. Il me semble que c'est du bon sens. Et même si ça n'en était pas, ça évite qu'on nous dise que notre cause n'est pas importante, et donc qu'on se mette les bâtons dans les roue les uns des autres. Il y a déjà assez de monde qui nous en met comme ça éviter les guerres intestines aux activistes[8].


Un gros souci que je vois, lié au fait qu'ils soit mal vu de comparer des groupes opprimés, c'est que parfois, ça interdit de questionner pourquoi, dans des situations similaires, des groupes sont traités différemment. Il peut y avoir des raisons totalement légitimes, venant de détails tellement infime qu'il n'est, en général, pas pertinent de les mentionner.

L'exemple le plus flagrant que j'ai, c'est Rachel Dolezal, une femme blanche qui s'est fait passé pour noire et a eu une position importante dans une association de défense des gens de couleurs. Durant 9 ans, elle s'est fait passer pour noir, il ne s'agit donc à priori pas d'une passade, c'est pas exactement un black face de halloween. C'était, si je comprend bien, sa manière de se présenter en société. Selon les sites avec lesquels je suis en général en accord, il est totalement inadmissible de comparer la situation de Mme Dolezal avec celle d'une femme trans. Ainsi, dans Why Rachel Dolezal’s Fake ‘Transracial’ Identity Is Nothing Like Being Transgender – Take It From a Black Trans Woman Who Knows, Mme Dolezal se fait traiter de menteuse, et l'auteur, une femme trans noire, écrit: «As a trans woman, I don’t like being compared to someone who’s a liar. I am not being dishonest by being who I am today.» Dans l'article attaquant[9] Dolezal, si les mots races sont remplacé par les mots genre, on obtient les attaques transphobe les plus classiques. L'auteur en est consciente[10], mais ne répond pas vraiment à cette remarque, puisque, encore une fois, en remplaçant race par genre dans sa réponse, on retombe sur une attaque transphobe classique.

Je tiens à répéter, je ne dis pas que Dolezal avait raison de faire ce qu'elle a fait, que c'est acceptable etc... je dis juste que j'aimerai comprendre pourquoi ça ne l'est pas, à partir de raisonnement qui ne sont pas auto-référentiel. Et de préférence qui ne soient pas non plus des référence à l'appropriation culturelle - qui est l'autre défense que j'ai vu - et qui, en filant la comparaison, seraient comme faire référence aux privilèges masculin d'une femme trans.

Comparaison et opposé

Le dernier type de comparaison qui me pose problème, est la comparaison entre un groupe et son «opposé». Entre un couple hétéro et un couple homo. Entre une relation mono ou une relation poly.

Par exemple, j'ai parfois entendu parler de la complémentarité du couple hétéro. On m'a demandé si ça ne me manquait pas quand j'étais avec un homme. Plus récemment, au café poly, quelqu'un a dit qu'après des années de vies commune les couples atteignaient une complicité. En se dispersant, en pouvant accorder considérablement moins de temps aux relations puisqu'il y en a plusieurs, est-ce que, par comparaison, on ne regrette pas cette complicité. En général, la question est de la forme «Ne regrettes tu pas tel avantage qu'à le groupe majoritaire». Et j'ai du mal car j'ai l'impression que, la question sous-entendu est: pourquoi ne rejoints-tu pas le groupe majoritaire ?[11]$

Supposons que mon interprétation soit, au moins en partie, valide. Dans ce cas, ce que me gène, c'est que ça sous-entend qu'on a le choix. Le choix d'être homo ou pas. D'être poly ou pas. On a des choix, on peut choisir de l'assumer, de le dire, de le vivre, ou de le cacher, de l'ignorer, etc... mais il semble assez couramment admis qu'on ne choisit pas de qui on tombe amoureux, qui nous attire. Et même si certains se posent explicitement la question, je ne crois pas avoir entendu de gens dire qu'ils ont choisis le fait de vouloir être mono. En tout cas, je peux affirmer que je n'ai pas choisi d'être poly. C'était simplement, soit ça, soit être aromantique.

De mon point de vue, dans tous les cas, la réponse correcte aux questions «tu es Y, ne regrettes tu pas d'être Y parce que ça implique P, qui est une chose regrettable», n'est pas de nier en bloc la pertinence de la question. Même si, par simplicité, pour se rassurer entre nous, on peut se dire que c'est plus simple d'ignorer la question, qu'elle est absurde et qu'il ne sait pas de quoi il parle[12]. Je doute qu'il y ait en vrai UNE complémentarité, je doute encore plus qu'il y ait statistiquement plus de complicité chez les monos que chez les polys. Mais je ne sais pas. Je me prétend scientifique, je n'ai pas envie de dire que quelque chose est faux car ça ne me plaît pas, sans avoir sérieusement réfléchi à la question. Et, outre que le travail de sociologie est ardu, je ne peux pas tester moi même 20 ans de couple mono puis 20 ans de polygamie pour comparer scientifiquement.

Bref, pour moi, la seule réponse que je conçois, c'est: quand bien même ces différences seraient vrai, elles ne sont pas importantes. J'accepte temporairement l'hypothèse que être uniquement en relation avec A pourrait encore augmenter notre complicité. Mais même sous cette hypothèse, rompre avec B, C et autre me parait un prix beaucoup trop grand à payer pour gagner cette complicité. Parce que si je suis honnête, c'est quand même le mode de fonctionnement qui me va le mieux, et que me prétendre mono serait autant mentir que me prétendre hétéro.

Et, ensuite, seulement ensuite, je pourrai rajouter un détail sur sa question. J'ai encore plus de mal à croire à l'existence d'une potentielle complicité basé sur un mensonge. Pourtant, se renier, refuser d'accepter et de vivre ce qui nous convient pour ressembler à la norme, j'appelle ça un mensonge. On continue d'admettre l'hypothèse qu'il y aurait en moyenne moins de complicité chez les poly que chez les monos[13]. Il n'empêche que je ne suis pas une population générale. À titre personnelle, je pense que j'aurai beaucoup plus de complicité dans une relation poly que dans une mono.

Notes

[1] Cf, par exemple, Making a 3ème spectacle, épisode 3, de l'humoriste Dan Gagnon.

[2] C'est curieux le hasard, je suis justement en train de faire une comparaison.

[3] je dis bien deux groupes, et pas un. Car implicitement, l'orateur prend le parti que «l'esclavage, c'est mal».

[4] C'est ce que je tentais d'expliquer dans Trois étapes de la déconstruction. Quand on pense une chose peu courante, même si notre interlocuteur le pense aussi, il faut réaliser qu'il pensera probablement qu'on ne le pense pas.

[5] Gay=LGBT c'est bien connu. Bon, je peux rien dire, je suis membre de SOS Homophobie

[6] j'ai jamais vu de témoignage de gens d'autres couleurs à ce sujet, donc j'éviterai d'inventer ce qu'ils entendent

[7] Pendant des années, pour Y=gaucher, j'avais cru que c'était le cas. J'ai malheureusement désenchanté.

[8] Sauf bien sûr si les militants sont en oppositions fondamentale, comme celle qu'il y a entre les défenseurs du mariage pour tous et de la PMA, et les membres de la manif contre tous, qui sont, après tout, eux aussi des activistes.

[9] Je parle d'attaque, parce que mentionner une procédure contre Dolezal dans ce billet semble être totalement hors sujet, et ne je vois pas ce à quoi ça peut servir pour appuyer le propos de l'auteur, à part en affaiblissant le parti de Dolezal.

[10] To be honest, this accusation really doesn’t surprise me, because a lot of people seem to think, that trans people transition to fool the people around them.

[11] Remarquez qu'il y a un test simple qui infirmerait mon hypothèse. Si la question est posé aux gens ayant un handicap physique visible, alors j'interprète mal. Car j'imagine mal quelqu'un suggérant à une personne qu'elle devrait abandonner son handicap vu que ça semble physiquement impossible. Remarquez la précision «physique visible», précision malheureusement rendu nécessaire par ceux qui accusent les gens ayant des handicaps invisible ou mentaux d'exagérer, de bluffer, de profiter...

[12] ce qui est pourtant le cas, il faut bien le reconnaître.

[13] Comment on mesure ça ?

mardi, janvier 31 2017

Existence après la mort

Trigger warning: Mort, attentats, suicide, homophobie

Je suis athée. Au lieu et à l'époque où j'habite, c'est pas un coming-out dur à faire. C'est en général quelque chose qui m'intéresse tellement peu que je suis loin de considérer que ça fasse partie de mon identité. Au même titre que ne pas regarder le foot, le tennis ou le judo n'en fasse pas parti non plus. Et pourtant, je ne sais pas pourquoi, il y a un point, précis, parmi tout ce qui de l'idéologie religieuse transparaît dans la société en générale, qui me met très mal à l'aise.

Le paradis. L'idée d'un après. Et surtout, l'idée que nous TOUS irons quelque part. Quelque part qui ne soit pas le tombeau, l'urne, la fosse, le ventre d'un animal, etc... Donc l'idée que les athées, aussi, y aillent. C'est d'ailleurs assez surprenant, je n'ai pas trop de problème avec l'idée que des gens croient que eux, ou que d'autres croyant, aillent dans ce paradis, cet enfer, cette résurrection, ... Et s'ils croient que eux auront ça, il n'y a pas de raisons qu'ils ne croient pas que nous aurons cela aussi. C'est juste cohérent. Alors que l'un ne me gène pas, et l'autre si.

Un exemple

J'ai pensé à ce billet en sortant du spectacle de les Funambules. Ce groupe a une chanson à la gloire d'Alan Turing. Alan Turing est connu pour un certain nombre de raison. Inventeur de l'informatique, héros caché de la guerre, et suicidé suite à sa castration chimique ordonné pour le guérir de son homosexualité.

Alan Turing fait donc un parfait exemple de martyr. Ainsi qu'une preuve que la discrimination nuit aussi à la société qui discrimine, qui aurait pu bien plus profiter de son talent[1]. Et c'est l'angle de cette chanson, où on dirait que l'univers entier est contre le héros Alan.

Mais Turing, si j'en crois la biographie de Hodges, a aussi une autre particularité. Il a voulu simuler l'humain. Il a voulu comprendre la pensée humaine au niveau le plus physique et biologique qui soit. L'humain est en réalité une machine complexe. Je ne pense pas beaucoup extrapoler en disant que ça implique que la mort met une fin définitive à cette machine. Alors, quand la chanson finit par «Bienvenu chez les anges», J'entends que la personne a décidé de totalement ignoré qui était vraiment Turing, son but, ses idées. J'ai ressenti cela comme une insulte.

Si jamais le parolier pense vraiment qu'il est chez les anges, alors il pense que Turing est quelqu'un qui s'est fondamentalement trompé sur une idée qui l'a occupé une grande partie de sa vie. Qu'il a de garder un martyr bien utile, en remplaçant la personne par l'image qu'ils recréent. Je ne peux m'empêcher de me demander si à un moment, le parolier a pensé à demander à un spécialiste de Turing s'il écrivait pas de connerie. Et quelque part, j'espère qu'il ne l'a pas fait, parce que je serai inquiet qu'un spécialiste ait validé cette chanson.

L'immortalité scientifique.

Je pense que c'est pour ça, pour cette idée totalement assumé que la mort c'est... fini... que j'ai une si grande admiration pour Eliezer Yudkowski. Parce que c'est la première fois que je lis la promesse de l'immortalité. Alors que d'habitude seule la religion promet ça. Mais Eliezer le fait avec un discours dans le genre littéraire de la science

Je dis genre littéraire[2], car si le discours n'a pas la même forme, entre le cryogénisation et l'A.I. qui nous sauvera, il fait des promesses pas si loin de celles des religions. Et je ne connais pas assez son domaine pour pouvoir ne serait-ce qu'attribuer une probabilité de succès à ses propositions. Mais ça me semble toujours plus crédible que les propositions des religions.

Il pense quand même que ceux qui sont mort AVANT qu'il n'ait réussi son travail sont définitivement mort. Lui ou quelqu'un d'autre, il n'est pas sûr de finir de son vivant, mais il pense que quelqu'un finira ce travail. Il est donc, selon moi, l'auteur qui parle de la mort avec le plus de tristesse et de force. Je pense en particulier à une lettre qu'il a écrit au décès de son frère.

Et je me sens très légèrement mieux de lire quelqu'un qui est d'aussi direct, qui assume totalement ce que beaucoup de gens - d'athée au moins - supposent réellement. Qu'il ne fasse même pas la suggestion d'un potentiel après.

Ce que je ferai

Si je croyais à la vie après la mort, je suppose que je ferai plein de trucs super risqués. Après tout, c'est pas grave si j'ai le sida ou une adduction, ça ne serait que passager. Et en attendant de savoir comment sera la vie après, autant profiter à fond de l'instant présent. D'autant que c'est le seul moment où je peux profiter du risque. Une fois mort, je ne peux plus mourir.

Même si on reste dans l'idée manichéenne de bon/mavais, pour paradis/enfer. Le fait d'avoir profité ne nuit pas nécessairement aux autres humains. Ça n'empêche pas de faire du bénévolat et de propager des idées qu'on trouve importante, ou de créer de l'art.

D'un autre côté, s'il y a vraiment un paradis, et encore plus si on va tous au paradis, alors la cohérence voudrait qu'on y envoie le maximum de gens. Le paradis à l'air plus cool que la terre actuel. Ou alors, si on ne peut pas se reproduire au paradis, et qu'on veut le maximum de gens heureux, le but des gens sur terre devraient être de créer le plus d'humain possible, pour qu'il y ait autant de gens possible qui profitent du paradis. Et si on suit le raisonnement, euthanasie les gens qui ne peuvent/veulent pas se reproduire, qu'ils profitent du paradis le plus rapidement possible.

J'ai déjà écris pas mal d'horreurs. Un censeur interne semble m'empêcher d'aller plus loin pour l'instant dans mon raisonnement. Déjà que ça m'a pris plusieurs essais pour me forcer à assumer ce que je pense. Je ne sais pas d'ailleurs si c'est des horreurs pour tout le monde. Je sais que c'est une horreur pour moi, parce que je ne crois pas à l'existence après la mort. Et parce que j'ai l'impression que ce que j'ai écrit plus haut risquerait de raccourcir ce moment de vie que j'ai.

Finalement, je pense que ça explique bien pourquoi je suis très mal à l'aise avec tout ceux qui montrent des gens vivant après leurs morts. Parce que j'ai vraiment et sincèrement peur de ce qu'ils feraient, s'ils suivaient ce qui me semble personnellement cohérent.

Notes

[1] À ce titre, j'estime que les chercheurs juifs qui ont fui l'Allemagne sont un encore meilleur exemple.

[2] Parce que Yudkowski fait remarquer, à juste titre je trouve, que le public ne voient la science que comme un genre littéraire. Donc que le discours de n'importe quel amateur aura autant de poids que le discours d'un spécialiste, pourvu qu'il emploie le bon champ lexical.

samedi, janvier 28 2017

Retour au lycée

Je suis ancien élève d'un collège/lycée privée catholique. Je n'en ai pas vraiment de bon souvenir. Mais au moins, contrairement au collège où j'ai fait ma 6ème personne ne tentait de me frapper ou me faire peur. Ou ne considérait que je déshonorait leur classe en lisant à la récré.

Ils organisent des «Petits-déjeuners métiers», où des anciens viennent présenter aux 1ères leurs parcours et leurs métiers. J'ai accepté. Pas que j'aime l'établissement, mais je n'ai rien contre l'élève que j'étais à l'époque. Et l'équivalent de cet élève s'y trouve probablement aujourd'hui. Et puis, j'aime bien l'idée de leur parler du fait qu'un métier peut avoir du sens. Parce que j'aime la recherche et ait préféré faire le choix d'un métier aimable, avec un certain nombre d'avantages, tel que l'absence d'horaire imposé, plutôt qu'un métier plus rentable[1] mais qui m'aurait probablement bien plus ennuyé.

Soit dit en passant, c'est maintenant assez perturbant de ne plus me présenter en disant «Arthur, Il». Dans la plupart des nouveaux lieux où je vais, je donne mon pronom, et explique parfois pourquoi cette démarche est importante pour certaines personnes qui me sont proche. Mais je n'imaginais pas préciser la signification de cette question en ce lieu.

Comme le nom de l'événement l'indique, il est accompagné d'un petit déjeuner. Qui a lieu à 8 heures du matin. Les échange commençant à 8 heures 30. Un élève arrive en retard, la prof organisatrice lui dit: «Le rendez vous était à 8 heures. Il est 8 heures 10. Qu'est-ce que c'est que cette liberté ?» Entendre le mot liberté utilisé péjorativement me confirme immédiatement que je n'aime toujours pas cet établissement. Notons d'ailleurs que le seul problème qu'il a, c'est qu'il aura dix minutes de moins pour prendre du café, du jus de fruit, des croissants et/ou des pains au chocolat. Et que ça ne semble choquer personne. On peut arguer que c'est un manque de respect envers des gens qui se sont levé tôt pour être là à 8 heures, bénévolement. Que ça met à mal la discipline de l'établissement... Bref, il y a potentiellement des choses à dire. Mais je trouve effrayant que le mot liberté soit utilisée comme quelque chose de mal !

J'ai rencontré le premier groupe de 5 élèves. Un élève me demande si enseigner n'est pas trop répétitif. Même si je refais le même cours plusieurs années, c'est suffisamment espacé pour que ça ne soit pas le cas. Et de toute façon, je fais du bénévolat en collège et lycée, depuis 6 ans, et j'ai fait 128 fois des interventions sur le même sujet. Donc les cours me semblent bien peu répétitifs. J'en profite pour dire que c'est sur mon CV, afin de montrer mon intérêt pour l'enseignement et le fait de passer des connaissances. Ils m'ont interrogé sur le sujet des intervention, j'ai donc dit homophobie, biphobie, transphobie et sexisme. Certains m'ont dit que c'était le sujet de Prénom, qui se trouvait être la jeune fille en face de moi, qui avait plein de bracelet, dont un arc-en-ciel. Elle me demande avec quelle assoce, et crie de joie quand je dis le Mag. Elle me dit qu'elle a fait une pétition pour qu'on intervienne dans son lycée. Mais comme c'est un établissement catholique... Je l'interrompt, disant que je serai ravi d'y intervenir, mais que ce n'est pas le sujet ici.

J'apprends que certains ont appris le python au collège. Qu'un élève à la table programme sur sa calculatrice en javascript, mais ne sait pas ce qu'est une library. Quelqu'un me demande quel langage je conseillerai. Elle a aussi parlé de c++ et de bash. J'ai donc répété les conseils que j'ai beaucoup entendu, n'étant pas à la fois dans les banques, les start-up et les SSII, j'ignore ce qu'il en est. Mais en tout cas de jeter un oeil aux langages moins habituels, tels que Haskell et LISP, pour certains type de personnes, c'est marrant. Et ça montre toujours qu'ils se sont formé par eux même, vu que c'est peu enseigné en université. Donc ça peut intéresser pour des postes demandant beaucoup d'indépendance. Et sinon qu'il semble qu'il y ait aussi de l'emploi dans des vieux langages tels que Cobol, à cause de vieux code qu'ils ne veulent pas jeter à la poubelle. Donc c'est à eux de voir.

Rien de bien différent à dire concernant le second groupe. Puis débrief. J'entends alors la prof parler de cette élève, puis de théorie du genre, et de cette élève a problème qui a fait une pétition ! Je suis pas là pour ça, mais j'en profite pour dire qu'il se trouve que je suis dans la même association que cette fille, et que, le but des interventions, et la raison de l'autorisation ministériel, c'est qu'il y a 7 fois plus de tentative de suicide chez les jeunes homo ou bi. Donc on essaye de permettre de diminuer ça. C'est pratiquement jamais la manière dont je présente les interventions, j'espère qu'on y fait énormément d'autres trucs utiles, et qui serviront à plus de monde. Mais je me disais qu'une prof pourrait difficilement être en désaccord avec cet argument. Elle explique que de toute façon, ils ne peuvent faire venir que des associations catholiques et je m'en veux d'avoir oublier de mentionner David & Jonathan, association LGBT chrétienne.

Histoire de rester dans les choses avec lesquelles ont sera potentiellement d'accord, j'indique que ça permet aussi de montrer une image des homo différentes de celles qu'on leur montre dans les télé-réalités. J'avais décroché le bon lot, s'en suit un rant contre les télé réalité. Si elle associe mentalement les interventions d'association comme la notre en opposition aux télé-réalité, elle en dira peut-être déjà un peu moins de mal. Elle dit que les candidats de télé réalité sont les modèles des jeunes aujourd'hui. Ensuite, elle regrette qu'il n'y ait plus de héros.

Je ne sais vraiment pas quoi penser de cette dernière phrase. Je n'avais jamais vraiment réfléchi à la question. De base, je n'ai pas envie de héros. Il me semble que le cliché du héros, c'est quelqu'un prendra la responsabilité, et permettra aux autres de ne pas agir. C'est aussi quelqu'un qui de parfait, ce qui dans la vraie vie n'existe pas. Donc l'opinion inverse le héros sera détruite dès qu'une personne de pouvoir sera confronté au héros[2].

Mais, en admettant qu'il soit bon que les élèves aient des héros en modèle, je me demande pourquoi ils n'en proposent pas. Je doute qu'on puisse imposer un héros. Mais franchement, y a quand même quelques personnes qui me viennent en tête très rapidement. Par exemple, l'école se vante d'avoir aidé des réfugié russe au début du siècle dernier. Bon, pourquoi ne considérer comme héros tout ceux qui vont aider des gens, à Calais, à la frontière italienne, qui les logent, leurs apporte de quoi survivre. Alors même qu'ils y a des risques certains pour eux, avec l'opposition de la police. Certes, il y a encore plus de risques pour ceux tentant de venir en Europe, mais vu qu'il n'y avait pas le choix, je suppose que le statut de martyr serait globalement plus cohérent avec l'histoire. Même si j'ai peu de doute qu'il y ait des héros dans le lot, qu'il y en ait qui ont fait le choix de prendre de vrais risques qui n'étaient pas égoïstement indispensable, pour aider des gens avec qui ils/elles ont fait le voyage.


Et après, je suis rentré chez moi, et j'ai continué ma journée classique d'enseignant en corrigeant des copies de réseau informatique.

Notes

[1] J'ai aussi la chance de pouvoir me le permettre car mes parents n'ont jamais parlé d'arrêter de m'aider pendant mes longues études. Et parce que je sais qu'avec eux derrière en cas de vrai problème, je n'ai pas de besoin d'un grand salaire. Et parce que je vis seul, et n'ait personne à charge.

[2] Je me souviens précisément du jours où j'ai réalisé à quel point une personne pouvait être détruite pour des raisons sans rapport avec sa célébrité. J'étais au restaurant universitaire aux États-Unis, quand le scandale à éclaté: Tiger Wood, un champion de Golf, avait eu des liaisons extra-conjugale ! Et une fan était interviewé, expliquant à quel point elle s'était senti trahie par celui qu'elle prenait comme un modèle. Je n'ai pas cherché à savoir ce que pensait la fan de Tiger Wood, si elle était contre ou pour. Mais si on est fan de quelqu'un car il est excellent à un sport, je me demande ce que le sexe vient faire dedans. Merci de ne pas mettre de commentaire expliquant les utilisations sexuelle d'objets lié au golf.

vendredi, janvier 27 2017

Fais pas ci, mais pas pour moi

Je me suis longtemps demandé pourquoi est-ce que je ne vois grosso modo jamais de représentation où une figure d'autorité dit «ne fait pas X. Mais ce n'est ni pour moi, ni pour toi que je le demande. C'est à cause de cette maudite société !»

Léger spoiler de Khaos Komix jusqu'à la fin du paragraphe. Dans Khaos Komix, une mère interdit à sa fille de dire qu'elle est lesbienne à l'école. Elle dit que ce n'est pas par homophobie, mais qu'elle pense au bien de sa fille. Cette fille risque d'avoir des problèmes avec ses camarades des classes. Et contrairement au personnage gay de l'histoire, elle n'est pas une sportive qui peut se défendre facilement elle même. Dans ce cas là, pourquoi ne pas dire explicitement qu'elle est consciente que c'est une demande qui ne devrait pas être faite, qui est regrettable. Et ensuite dire que, dans le but de garantir sa sécurité[1], il faut qu'elle se cache. Voir, dans l'idéal, permettre à la fille de faire elle même le choix entre sécurité et ouverture, en précisant qu'en cas de problème, elle soutiendra dans toutes les démarches, auprès de l'école ou de la police, contre les agresseurs.

Prenons des exemples plus réalistes. Il y a un tumblr, nommé «paye ta fac», recensant des propos sexistes entendu à l'université. Je suis peut-être naïf, mais j'ai l'impression qu'il y a quelques propos qui sont là plus à cause de la formulation qu'à cause de l'idée sous-jacente. Prenons “J'ai mis un texte sur les cosmétiques pour vous les filles, parce que c'est très important pour être jolie.” Si c'était formulé comme: Aujourd'hui, les études montrent que, chez les femmes, l'apparence physique compte entre x et y pour-cents du salaire. C'est dégueulasse, mais comme je ne sais pas comment changer le monde, je tiens à vous prévenir: si votre but est d'avoir le meilleur salaire possible, c'est une compétence qui pourra malheureusement être utile. Et espérons qu'elle ne le soit plus le plus rapidement possible. Et précisons tout de suite que ce que je viens de dire n'est en aucun cas une justification pour attaquer celle qui se maquille de quoi que ce soit. Et encore moins dans un monde avec une telle inégalité salariale entre les genres ! Je ne dis pas que cette formulation est parfaite, loin de là. Mais dans les deux cas, passe le message que le maquillage aidera. Sauf que dans un cas, ça passe aussi le message que ce n'est pas quelque chose qu'on valide, que ce n'est pas quelque chose qu'on apprécie.


On m'avait conseillé de lire Stigmate, de Goffman. J'ai souvent le même problème, quand l'auteur dit que la personne stigmatisée doit faire celle ceci ou cela. Sans préciser «doit faire ceci, POUR éviter telle conséquence». En effet, il me semble que préciser la conséquence permet d'éviter de présenter cela comme une vérité absolue donné par l'autorité. Et remplace le tout par un choix que la personne fait. Un choix extrêmement regrettable, mais qui relaisse un minimum de liberté. Ceci dit, si j'ai bien compris, il ne donne pas d'ordre ou de conseil, en fait, il sous-entendu «j'ai constaté que la personne stigmatisée se retrouve à devoir faire ceci.» Donc, encore une fois, j'ai plus de souci avec la formulation qu'avec le fond.

Exemple personnel

Je me posais ces questions en théorie. Et puis j'ai eu à y être confronté. En tant qu'enseignant, je suis une figure d'autorité[2]. Un étudiant a nommé une variable MonCul dans un programme qu'il m'a rendu et que j'ai noté. Le programme était relativement correct par ailleurs. L'étudiant a prétendu que c'était en rapport avec la ville. Manque de pot pour lui, la dernière lettre de la ville prend un q. À titre personnel, j'en ai rien à fiche. Ça insulte personne. Ça renvoie vaguement l'image que le cul est un truc drôle et tabou, et pas une partie du corps comme les autres. J'aime pas cet image, mais c'est totalement hors de propos dans le cadre du cours. Je devais donc choisir quoi lui dire.

Finalement, je ne lui ai pas retiré de points pour ça, je ne me suis pas renseigné auprès de la professeur non plus pour éviter que ça lui retombe dessus. Par contre, je lui ai dit que certains enseignants risquaient de le faire. Je pense que c'était utile à dire si cet étudiant ne s'en rendait pas compte. D'un autre côté, si tous les enseignants réagissent comme moi, alors on continuera d'envoyer cette image que l'étudiant a fait quelque chose de mal, alors que ce n'est pas le cas.

Je me dis que, au moins si sa génération ne fait qu'entendre des avertissements, e rien de plus, ils ne les répèteront pas et ces interdits finiront par disparaître. Ce qui me fait peur, c'est le temps nécessaire à cette procédure.

Notes

[1] sous-entendu physique, la seule qui compte je suppose, puisque la seule qui peut être facilement vérifiée

[2] Idée qui me semble toujours étrange.

dimanche, janvier 15 2017

Réduire le coût du temps de préparation des enseignement

De ce que j'ai lu régulièrement, le nombre d'étudiants par enseignant augmente à l'université française depuis un moment. La réponse la plus avantageuse[1], serait de créer plein de postes de maître de conférence, et logiquement, pour suivre, des postes de professeurs. Mais ça coûte des sous. Certains proposent comme réponse la sélection à l'université. Une solution employé est l'emploi d'ATER et de vacataire, c'est à dire de contrats courts.

Il y a une solution qui me semblerait pragmatique, qui n'est pas employée, et je n'arrive pas à comprendre pourquoi[2]. Ou plutôt, je comprend qu'elle pourrait ne pas plaire à certain-e-s enseignant-e-s, mais j'ai du mal à voir pourquoi l'administration ne tente pas d'y avoir recours. Avant d'expliquer cette solution, je dois expliquer comment les heures sont compté à l'université française.

Fonctionnement actuel

Le temps d'enseignement est mesuré en heure équivalent TD(Travaux Dirigé). Une heure équivalent TD est une heure passé à faire un TD devant des étudiants. En terme de temps de travail, on compte cette heure, plus le temps théoriquement passé à préparer le TD. Il est considéré que le temps de préparation est plus grand pour une heure de cours, et plus petit pour une heure de TP(travaux pratique). Un ATER temps plein et un maître de conférence doivent faire 192 heures équivalent TD par an, ce qui correspond théoriquement à la moitié du temps de travail.

Dans la préparation de TP, TD ou cours, on compte:

  • Se former.
  • Créer les fiches d'exercices.
  • Faire les exercices soit même pour vérifier s'ils sont faisable et si le matériel fonctionne bien.
  • Préparer le matériel si nécessaire.
  • Créer des examens, partiels, projets.
  • Les corriger.

Solution proposé

Ce qui compte pour l'université, c'est le nombre d'heure d'enseignement reçu par les étudiants, et un peu le fait que l'enseignement ne soit pas fait devant trop d'étudiant-e-s à la fois. À part à supprimer des cours/augmenter le nombre d'élève par classes, ce temps n'est pas compressible. Par contre, pourquoi ne pas comprimer le temps de préparation ? On ne peut pas comprimer le temps passé pour les trois derniers points que j'ai listé: il faut faire des sujets différents pour chaque classes afin d'éviter la triche, et que chaque classe ait du matériel pour travailler. À la limite, si on a 10 ans d'archives d'examens, ou que le cours est donné à 10 classes différentes, on peut piocher dans un autre examen pour éviter d'en créer un - en supposant que le programme du cours soit toujours le même. Un-e étudiant-e qui a révisé 10 archive de contrôle mérite d'avoir une bonne note. Et bien sûr, il y a le temps de corrections, qui pour le coup me semble vraiment incompressible.

Par contre, si on donne plusieurs fois le même TD, on a besoin de se former une seule fois, de faire une seule fiche d'exercice, et de la tester les exercices une seule fois. Dans des grandes universités il y a tellement de classes de licence qu'une enseignant-e peut facilement faire la totalité de son temps de travail sur une seule matière. Là où je suis cette année, il y a une seule classe de première année. Mais il y a tellement de petits établissement ayant besoin d'enseigner l'introduction à la programmation qu'il serait cohérent de mettre cet enseignement en commun. Pédagogiquement, le choix du langage de premier année est un vaste sujet de débat, et diverses écoles ont des choix distincts. Donc il est vrai que je demande un changement, car un accord doit être trouvé pour que l'enseignant-e bouge sur plusieurs établissement francilien. Je suppose que ça serait moins pratique pour les petits établissements en province, isolé géographiquement. Enfin, ça nécessiterait certainement des changements administratif, pour savoir à quel budget on attribue tel part de l'enseignement. Mais comme finalement, c'est toujours le ministère qui paye, j'espère que le surcoût budgétaire serait compensé par la diminution du nombre d'heure de travail à payer.

Bien sûr, cette solution ne s'applique qu'au cours basiques, donné à énormément de monde. Les cours de Master 2, de spécialisation, donné à quelques dizaines d'étudiants dans 3 ou 4 université française, pourraient difficilement appliquer cette solution. À part à remplacer le temps de préparation par du temps de transport pour l'enseignant. Mais dans ce cas, il reste possible de faire le cours de Master 2 et de compléter le reste par du cours de licence.

À noter que ce mode de fonctionnement est déjà partiellement appliqué en pratique. En effet, la coutume (ou le droit ?) veut qu'un-e enseignant-e qui a donné un cours une année à le droit de redonner le même cours un certain nombres d'années. Parce qu'il est considéré que le temps de préparation sera plus grand la première année, mais sera compensé par du temps gagner les années suivantes. Ce qui pose problème d'ailleurs si une personne P donne un cours pour la première fois en l'an N. Et qu'il/elle ne peut pas le donner l'an N+1 (congé maternité ou maladie, par exemple), donc est remplacé par une personne P'. En l'an N+2, qui à le droit de faire ce cours, P ou P' ? P' selon la règle, mais ça veut dire que P aura perdu le gain de temps de préparation auquel il/elle aurait implicitement eu droit[3].

Problème

Je vois quelques soucis avec la solution que je propose. D'abord, l'enseignant risque de mélanger ses classes. S'il fait 4 fois le même TD/TP, ne plus savoir ce qu'il a dit à quelle classe. Et puis il risque de s'ennuyer à reparler toujours de la même chose.

Et surtout, s'il veut être recruté ailleurs, il aura peu d'expérience à mettre dans son dossier. Il ne pourra pas montrer qu'il sait enseigner plein de choses différentes. Ce qui serait mal vu, parait-il, par des recruteurs. Ce à quoi je répondrai deux choses: d'une part qu'avoir enseigné ne signifie pas qu'on sait l'enseigner. D'autre part, que si on suit mon idée, alors faire plusieurs cours serait considéré comme augmenter le temps de préparation, donc faire perdre des sous à l'employeur. Ça serait donc assez paradoxale que ça soit bien vu.

Notes

[1] pour moi, qui suit en recherche de poste

[2] À part que ça nécessiterait un changement réglementaire au niveau national, et donc un énorme boulot pour l'initier.

[3] À noter que P aura probablement perdu du temps sur tous les cours, alors que P' aura perdu du temps sur un unique cours pourvu qu'il n'ait pas repris plusieurs cours d'absent-e-s.

mercredi, janvier 11 2017

Une scène ouverte

TW: psychophobie, sexisme, menace de violence

Je ne vais pas donner le nom de la salle, de la scène, ou du présentateur. Je pense que beaucoup d'humoriste parisien reconnaîtront facilement. Mais c'est pas grave, car si c'est le cas, ils connaissent déjà en gros ce type d'anecdote.

J'ai décidé de tester quelques sketchs sur des scènes ouvertes. Visiblement, le nombre de scène ouverte a bien diminué depuis que j'ai arrêté les sketchs. J'ai demandé à une des scènes qui restent s'ils me laissaient passer. J'ai eu le droit. Puis deux jours avant ma date de passage, on m'a décalé à la semaine d'après. Ce qui est ballot, vu qu'il faut venir avec deux spectateurs, et que parmi mes deux spectateurs, l'un n'était pas décalable.

Je vais au théâtre le jour dit. Un peu stressé, car j'ignore si, avec un seul spectateur, je pourrai passer ou non. Il dit oui, mais de pas recommencer. Ce qui est pratique c'est que, malgré ma question posé sur facebook le matin même, je n'ai la réponse à ma question qu'une minute avant qu'il ne monte sur scène. Ce qui fait que mon spectateur lui même ne savait pas s'il devait acheter son billet avant que le spectacle commence[1]. Dans ce lieu, le billet c'est une consommation. C'est à dire qu'il faut prendre une boisson pour avoir le droit d'accéder à la salle. Je soupçonne fortement une technique pour éviter les taxes sur la billetterie.

En coulisse, le présentateur demande aux 5 humoristes combien de gens ils ont ramené. Il engueule ceux qui ont ramené une seule personne. On ne joue pas le jeu, on est des voleurs, on vient pour tester, mais on aide pas à remplir la salle. Effectivement, il y a environ 20 spectateurs. C'est peu. Un humoriste, québécois en vacance à Paris, a ramené 4 personnes. Parents, frère et sœur. Il se fait engueuler, parce que ces gens là sont proches, ne viennent que pour lui, et ne vont pas prêter attention aux autres humoristes. Et puis ils le connaissent déjà, donc vont pas rire en le voyant sur scène. Bref, c'est des spectateurs qui servent à rien.

Le public est difficile et rigole peu. L'hypothèse que le présentateur soit mauvais n'est visiblement pas envisageable, ça fait 10 ans qu'il fait de l'humour, il connaît un peu son métier. Je n'ose demander, s'il est si pro, pourquoi il se contente d'animer une scène devant 20 personnes. D'ailleurs, nous dit il, comme le public est froid, il a même fait des vannes sur les partouzes[2] et d'autres trucs de culs, pour avoir tout le public. Et même ça, ça les a pas fait rire. En fait, il me faisait penser à ces voyant qui sont sûr d'eux, et expliquent après coup pourquoi ça n'a pas marché à cause d'une exception dont ils n'étaient pas au courant. Ici: il y avait une famille. Et un père ne peut pas rire de partouze en présence de ses enfants.

Comme ça ne rit pas beaucoup au deuxième humoriste, le présentateur rentre dans la salle, et il rit. À n'importe quelle fin de phrase. Même quand y a pas de vannes. Dans les coulisses, on entend son rire. On se dit que c'est gênant. Je veux dire, il est SEUL à rire. Et ça a l'air forcé !

Durant le deuxième humoriste, le présentateur vient nous dire en coulisse son autre hypothèse. Le public est raciste. Et ça fait 3 arabes d'affilés qui passent[3]. Je précise que je reprend les mots du présentateur, qui se qualifie lui même d'arabe. Peut-être que ça marchera avec moi, car «je suis français» (montrant bien mon visage). Eh bien, je vais vous dire, j'ai rarement été aussi content de me prendre un bide ! Bon, c'est pas un bide total, j'ai quand même quelques rires. Mais bien moins qu'à Première Fois. Je me dis que c'est peut-être car je suis aussi le seul humoriste de la soirée à ne pas parler de drague. En même temps, draguer dans le cadre de la polyamory, je vais avoir du mal à faire des vannes auxquels le public pourra se dire «il a raison».

Une autre règle, en plus des 2 spectateurs. Il faut faire 5 minutes maximum. Le présentateur active a un signe qui signifie à 4 minutes 30. Comme il nous a dit avant, il ne faut pas dire «ah, on me fait signe que c'est fini, c'est tout pour moi», mais prendre le temps de finir sa vanne, peut-être d'en faire une ou deux autres. Mais il ne faut pas aborder d'autre sujet. En rentrant en coulisse, notre cher présentateur engueule un humoriste de 17 ans qui tentait pour la 2ème fois une scène ouverte. Parce qu'il a dépassé ses 5 minutes. Et qu'il s'est pas arrêté quand il y a eu le signe des 4 minutes 30. Même que selon le présentateur, l'humoriste a abordé un autre sujet. Ceci nous a valu un grand débat entre «j'ai pas vu le signe» et «tu peux pas ne pas l'avoir vu, parce que je suis même venu devant toi te faire signe de la main» et de «En impro, ce signe signifie mi-temps. Je pensais qu'il me restait 2 minutes» ou enfin de «Déjà que tu ramènes qu'un spectateurs, tu as fait 3 minutes de plus que tous les autres. T'es un voleur.» Je ne comprenais même pas pourquoi ce garçon débattait avec le présentateur. Il part du principe qu'on lui ment et veut l'arnaquer. Il n'y a clairement pas moyen de lui faire entendre raison. A posteriori j'ai compris, l'humoriste de 17 ans évitait à l'humoriste présent sur scène d'avoir les faux rires du présentateurs. Il se dévouait.

Le présentateur nous explique qu'il riait pour pousser les gens à rire par imitation. Et ça permettra au vrai rire de démarrer. Il est tellement sûr que cette méthode marche qu'il encourage le public à se forcer à rire. Même qu'il prétend qu'il va se faire leurs mères s'ils ne rigolent pas. Et qu'il dit être schizophrène et qu'il peut vraiment être violent....
Je tiens à signaler que je lui doit une blague sexiste qui m'a fait rire. Parce qu'elle est tellement sexiste que j'avais cru à une parodie. Je ne mettrai pas la blague en ligne, parce que ça ne se fait pas de voler les blagues des autres humoristes, mais n'hésitez pas à me la demander en message privé. Je tiens à dire que, après tout ce que j'ai dit, quand il me donne des conseils sur mon sketch et sur ce que je dois faire, ça me fait rire intérieurement. Dans le sens où si LUI a raison, alors ce qu'il faut faire c'est arrêter le stand up.




On revient tous les 5, on dit nos noms, comment nous trouver sur les réseau sociaux, et nos actualités. Vu qu'on est tous débutant et sans actus, c'est surtout l'occasion de faire une dernière vanne. Enfin, le présentateur se lamente sur le sort pitoyable des artistes. Vu que l'entrée est gratuite[4], c'est bien de nous donner de l'argent pour nous encourager. Et donc il y aura un chapeau où mettre des billets à la sortie.

Deux humoristes restent à la porte, à tenir le chapeau. Je jette un œil à la fin. Que des pièces. Et beaucoup de pièces jaunes. Un rapide décompte me fait voir qu'il y a moins de 20 euros. Je demande alors comment se passe le partage. J'avais pas demandé avant car je ne fais pas ce genre de scène pour les sous. J'apprends alors d'un autre humoriste qu'en réalité, tout l'argent revient au lieu qui nous accueil. J'ignore si c'est effectivement le cas, où si l'argent est pour le présentateur. Mais en tout cas, ça donne une saveur particulière au fait de se faire traiter de voleur.

Conclusions

Notons en passant que 20€ pour le présentateur, ça me semble pas du vol. Malgré tout le mal que je dis de lui, ça reste du boulot de programmer des gens, faire connaître une scène ouverte - ce qu'il réussit visiblement plus ou moins à faire, vu qu'il y avait quand même une vingtaine de spectateurs, et que seuls une dizaines avaient été ramené par les humoristes. Donc, mon seul reproche ici est le mensonge au public.

L'avantage de ce genre de salle, c'est qu'une fois qu'on a fait ça, on est humble et on peut apprendre le métier.

Notes

[1] En effet, il n'allait pas rester si je ne jouais pas.

[2] Ça a l'air drôlement marrant, selon certains humoristes, le mot partouze.

[3] Je rappelle que les humoristes sont venus avec des spectateurs. On peut donc envisager que ces spectateurs étaient au courant qu'il y ait des humoristes arabes et n'aient pas de problème avec ça.

[4] Je me demande s'il y a vraiment des humoristes qui croient au fait que les gens ont vraiment acheté un coca à 5€ juste pour le plaisir de boire un soda à Paris.

dimanche, janvier 1 2017

«Appelle la police»

J'ai été formé au premier secours. Plusieurs fois. Et pour l'instant, le seul truc que j'ai appliqué, c'était appelé les secours. Ce que j'ai fait 3 fois déjà. Mais on ne nous forme pas à ce qu'il faut faire en cas de menace d'agression. À défaut, je vais poser ici mes réflexions sur ce que j'ai vu tout à l'heure. Donc, trigger warning: menace de violence, indifférence, police.

Les événements

Dans ce qui suit, je donnes les événements tels que je m'en souviens. Avec tous les défauts qu'ont la mémoire humaine, qui recrée l'histoire en se la remémorant. Avec une évaluation des durées faussé par la frayeur et par l'absence de chronomètre interne. C'est même pour ça que je couche l'histoire par écrit sitôt rentré chez moi, avant qu'elle ne se déforme trop.

Dimanche 1er janvier 2017, 17 heures 30 environ, j'entre dans la boulangerie à côté de chez moi. Une femme court, rentre avant moi, et me claque la porte au nez. Elle passe derrière le comptoir et va dans l'arrière boutique. Elle crie «appelle la police». La vendeuse la suit et lui parle. Je vois plus ni elle ni la vendeuse, mais je les entend. Un homme, plus grand qu'elle, entre dans la boutique et leur crie des chose que je ne comprend pas - à part qu'il dit à la vendeuse de faire sortir l'autre femme. Une vingtaine de secondes plus tard, il ressort et attend devant la vitrine, regardant vers l'intérieur. La femme itère sa demande d'appeler la police, la vendeuse tente de la calmer. Une autre cliente rentre. Nous patientons plus d'une minute, sans personne derrière le comptoir. La cliente dit qu'elle va aller ailleurs. Je lui dis que, «vu ce que j'ai entendu, je ne veux pas les laisser seule. -Qu'est-ce qui se passe ? -la femme étant entrée en disant d'appeler la police.» La cliente reste. J'hésite à appeler, vu que le type est toujours devant la vitrine, nous regarde, qu'il risquerait de mal le prendre, et qu'il n'a pas l'air de bonne humeur.

La vendeuse ressort, je lui demande si tout va bien, s'il est possible de l'aider. Si elle veut que j'appelle la police. Elle me répond qu'elle ne veut pas de problème, et que son patron allait bientôt arriver de toute façon. Je prend donc mes deux baguettes et ressort. Une fois sorti, je m'éloigne de l'homme et appelle la police. La première personne que j'ai au téléphone me passe une autre personne. J'explique donc la situation du dessus. Disant que je ne savais pas ce qui se passait exactement, mais que j'ai préféré bon de les appeler. Mon interlocutrice semble ennuyer, parce que je ne peux pas garantir s'ils sont toujours à l'intérieur (je m'étais éloigné. Et il y a sûrement une sortie dans l'arrière boutique, qu'elle aurait pu prendre sans que je la vois.) Elle a donc peur qu'elle envoie ses collègues pour rien. Je réitère donc que j'ai vu une femme paniquer crier d'appeler la police et que la vendeuse a juste dit qu'elle ne voulait pas de problème. Elle a dit qu'elle envoyait quelqu'un.

Note en passant, je ne fais pas de reproche à la vendeuse. Contrairement à moi, elle ne peut pas s'éloigner. Si elle appelle, il le sait. Même qu'il pourra la retrouver plus tard vu qu'elle bosse ici. Pour autant que je sache, elle était seule dans sa boutique.

Je continue mes courses. Puis 20 minutes plus tard environ, en arrivant chez moi, je vois un camion de pompier et une voiture de police garé en face de la boulangerie. Je vois 8 policier/ère.s devant la boulangerie, certain-e-s en sortent. Je vais donc les voir, pour dire que c'est moi qui les ait appelé. J'ignore si ça peut servir. Ils m'ont demandé si je pouvais décrire l'homme. J'ai dit que non. Ils m'ont demandé si je le voyais encore. J'ai répondu qu'il était devant la boutique quand je suis parti, mais qu'il n'est plus là. Ils sont donc parti, suivre un collègue. Je les ai entendu dire qu'ils cherchaient l'homme.

La suite

Je n'ose pas retourner dans la boutique et demander à la vendeuse comment ça a évolué. Après tout, elle ne voulait ni problème ni mon aide. Je n'ai pas la certitude que je n'ai pas envenimé la situation. En particulier si l'homme a vu les voiture arriver, mon cerveau me fournit tout un tas de réaction hypothétiques pas très cool. Le fait que les policier/ère.s soient en recherche de cet homme, et qu'il y a un camion de pompier en face n'est pas pour me rassurer.

Pensée après coup

J'ai pas spécialement de regret. Dans le sens où j'ai l'impression d'avoir agi de manière relativement correcte, vu les informations dont je disposais au moment d'agir. Que ce soit les informations sur cet événement précis, ou les meilleurs réactions à avoir en cas de menaces. Ce qui ne m'empêche pas de trembler au moment où j'écris ces lignes.

À la réflexion, sortir une fois que j'ai les baguettes est incohérent avec ma volonté de ne pas les laisser seule. Même si j'ai été légèrement rassuré par la vendeuse sur le moment, a fortiori c'est stupide, vu que ce n'est pas elle qui demandait à appeler la police.

De plus, je ne suis pas physionomiste. Je le sais, et aurait donc du en tenir compte en regardant attentivement l'homme. Et puis, vu qu'il ne faisait pas attention à moi et restait à regarder la vitrine, j'aurai probablement du moi même rester au coin de la rue et le regarder. Voir s'il rerentrait, ou où il partait. Ça m'aurait permit de répondre à la question de la police (que je ne savais pas que la police me poserait).

J'ignore si j'aurai des suites. La police à mon téléphone, ils ont demandé mon nom. Je suppose que je pourrai être amène à témoigner. Auquel cas ce billet m'aidera à avoir une mémoire fraîche, vu qu'il est rédigé moins d'une heure après l'incident.

De plus, je vais relativement souvent à cette boulangerie. Ce n'est pas ma préféré, mais elle est ouverte tard et le dimanche. Je reverrai donc sûrement la vendeuse. J'ignore si elle se souviendra de l'incident - probablement - et que j'étais là et ait demandé si je pouvais aider - probablement pas. D'un autre côté, c'était déjà suffisamment dur de sortir du rôle de client qui veut deux baguettes, pour rentrer dans le rôle d'autre humain qui veut savoir s'il peut aider pour ce qui semble être une urgence. Alors je ne pense pas que je ressortirai de mon rôle pour demander un renseignement. Outre le fait que cette histoire ne me concerne que de très loin, et avoir été témoin et appelant ne me donne pas le droit à des informations sur leurs vies privées.

Conclusion

Comme le laisse entendre l'introduction, je regrette un peu que l'on ne soit pas formé aussi à ce qu'il faut faire en cas de menace, sur soit ou sur autrui. Et je me demande sincèrement quoi changer pour diminuer les chances de mauvaise conséquence si ce genre d'action devait se reproduire.

Mise à jour

J'en ai rediscuté, deux semaines après, avec la boulangère. Elle m'a dit que j'avais bien fait d'avoir appelé la police. La police a pris ses coordonnées, et est parti avec la femme. Elle n'a jamais eu de nouvelles depuis. Il s'agissait d'une femme battu par son mari. Je n'ai pas jugé pertinent de demandé comment la vendeuse a eu cette information.

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