JE D'EGO, le blog personnel d'Arthur Milchior

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mardi, juin 20 2017

Les coming-outs que l'on me fait

Je m’entraîne à refaire des billets courts.

Beaucoup de gens m'ont fait des coming-out (CO), confidentiels, à ne pas répéter. Ce qui est flatteur, parce que c'est un signe de confiance. J'ai quand même une interrogation.

  • Il est assez cohérente que des gens m'aient dit se questionner sur polyamour, ou sur le couple libre, ou encore vouloir découvrir le shibari. Pour un-e habitué de ce blog, il n'est pas un secret que je m'intéresse et pratique cela.
  • Des gens m'ont aussi dit se questionner sur leurs genres - alors que je suis cis. Ou encore sur la manière d'agir avec un-e proche qui se questionne sur leur genre. Des femmes m'ont aussi fait des CO en tant que lesbiennes ou bis - en me demandant des conseils sur le fait de draguer des filles - alors qu'à l'époque je me disais gay ! Je peux vaguement comprendre, parce que je parle régulièrement des sujets LGBT, et semble m'y connaître un peu. De fait, j'ai pu les rediriger vers des gens plus à même de répondre à leurs questions. Mais c'est assez surprenant pour moi, parce que ça semble indiquer que ces gens, faisant leurs CO, n'avaient personne de concerné autour d'eux. À cause de mon entourage, rempli de gens concernés par ces questions, j'ai l'impression que des LGBT, il y en a partout. Et, dans tous les cas, comment un gay est sensé savoir comment une femme doit s'y prendre pour draguer une femme ?

Par contre, aucun homme ne m'a jamais fait de CO confidentiels homo ou bi. Il y a des mecs que je sais être homo, bi ou pan, mais ce n'est pas confidentiel, je le sais parce que c'est connu de tout le monde. Par exemple parce que tout le monde sait qui sont leurs conjoints ou leurs exs. Mais des gens qui doutent, qui se questionnent, qui veulent en discuter, ça n'est jamais arrivé.

  • Peut-être est-ce de la timidité, car ils auraient peur que je prenne ça pour de la drague.
  • Peut-être qu'ils ont peur que je les drague. Peur pas totalement injustifié par ailleurs, je me met assez facilement à draguer. Cependant, je trouverai que c'est de très mauvais goût dans ce cas là. Parce que ça serait profiter d'un moment de doute, d’interrogation, bref, de la confiance d'un autre. Après tout, s'il vient pour de l'aide, théoriquement, il est beaucoup plus sensible au suggestion qu'on peut lui faire.
  • Peut-être que plus aucun homme n'a besoin de discuter pour l'aider à avoir des réponses concernant son orientation sexuel/romantique. Ou alors tout simplement qu'ils ne savent pas se confier.

lundi, juin 12 2017

Est-ce que je n'ai pas mieux à faire que les Interventions en Milieu Scolaire contre les LGBTphobies

Ceci est le billet que je procrastine depuis le plus longtemps. Est-ce que je n'ai pas mieux à faire que les Interventions en Milieu Scolaire contre les LGBTphobies (IMS) ? J'ai beaucoup tardé à l'écrire car j'ai très peur de la conclusion qu'aura cette réflexion. J'ai fait 155 IMS, une dizaine d'intervention et formation pour adulte (IFPA), près de 300 heures à animer des formations, sans compter les[1] centaines d'heures de transport, formation, lecture, et toute l'écriture au sujet des IMS et IFPA. Si ma conclusion devait être que c'est du temps qui auraient pu être utilisé bien plus efficacement, ça serait dur de faire le deuil de ce gâchis. Heureusement pour moi - je spoile la fin - j'ai pas réussi à trouver de conclusion. Dans ce billet, j'ai réussi à écrire et détaillé la problématique, et c'est déjà ça.

Bien sûr, c'est plus simple d'écrire ce billet aujourd'hui, parce que je vais bientôt arrêter les interventions en milieu scolaire (IMS) contre les LGBTphobies. Parce que je vais avoir 30 ans, âge limite pour être bénévole au Mag jeunes LGBT. Parce que je partage l'opinion du mag: il vaut mieux laisser des plus jeunes parler aux jeunes.

Il est impossible de répondre à la question posé dans ce billet sans dire quel est mon but. «Mieux à faire» n'existe pas tout seul. Mieux à faire pour atteindre un but précis, la question a du sens. Elle est très compliquée, mais sensée.

Point de vue égoïste

Considérons d'abord un point de vue égoïste. Les effets qu'on les IMS sur moi.

Les conséquences des IMS sur ma vie sont excellentes. Par exemple, j'ai expliqué que je dois indirectement aux IMS d'avoir rencontré la personne avec qui je suis en relation depuis le plus longtemps. Cependant, vu que c'est arrivé totalement par hasard, je ne compte pas ceci comme une justification des IMS.

Avant de m'intéresser aux IMS, je comptais participer à TALENS et aider des jeunes, prometteur mais pas aidé, à rejoindre les classes prépa, et donc les grandes écoles. Ça m'intéressait beaucoup plus, parce que c'est très motivant de faire découvrir les maths à des gens vraiment intéressés ! Je n'ai pas pu le faire, car je sentais que je n'avais pas le niveau en physique, et surtout aucune écoute ou soutiens de la part de TALENS à ce sujet. À fortiori, j'ai eu énormément de chance. J'ai des potes à TALENS, qui aident bénévolement aux devoirs, qui luttent contre l'illettrisme. C'est tout un tas d'activités bénévoles tout à fait admirable, mais aucun-e n'a autant d'anecdotes que moi.

Le premier avantage des IMS, c'est que ça se renouvelle beaucoup, et qu'il est rare que je sorte d'une IMS sans 3 ou 4 anecdotes intéressantes. Ce qui signifie que j'ai souvent l'occasion de parler de ce que j'ai vu. Et sous prétexte de témoigner, de faire un état des lieux de ce qu'on entend en lycée. Sous prétexte de permettre à des gens de réaliser ce qu'est la LGBTphobie aujourd'hui, je rappelle souvent aux gens que je suis bénévole, et que je fais des trucs biens. Parfois, je n'ai même pas besoin de leur rappeler, des potes me demandent quels sont les derniers trucs que j'ai entendu là. Finalement, je le signalais déjà il y a 3 ans, cela fait 3 ans que je me contente de prendre des compliments, en faisant le faux modeste et en prétendant qu'ils ne sont pas mérités.

Quitte à parler des anecdotes, il y a encore plus efficaces: mon témoignage youtube. J'ai plusieurs milliers de vues, un article sur yagg. Automatiquement, j'augmente d'autant ma notoriété. Deux articles sur yagg sur mon travail, ça peut commencer un dossier de presse; si j'ai un one-man-show où je parle de LGBT, ça me facilitera la démarche de les contacter et de leur demander de parler de moi. Certes, des milliers de vues, c'est une petite notoriété, mais pas si petite que ça si on compare au nombre de gens qui s'intéressent vraiment aux LGBTphobies. Donc je tombe régulièrement sur des gens qui connaissent cette vidéo, parfois sans me connaître moi. D'ailleurs, une de mes relations m'a connu via cette vidéo avant de me connaître en personne. Au point où j'en suis, va pour le name dropping. Un compliment en message privé de Guillaume Meurice, c'est super flatteur. C'est un humoriste que j'admire énormément.

Enfin, puisque je candidate comme enseignant, 6 ans d'expériences d'interventions devant des élèves, c'est un plus sur le CV. Même si je ne suis pas certains que c'est LA ligne qui fera la différence.

L'efficacité contre les LGBTphobies.

Maintenant que je me suis bien descendu en montrant que je suis un monstre d’égoïsme hypocrite, je vais commencer la partie effrayante du billet. Se demander si c'est efficace pour le but que je veux atteindre.

D'où me vient cette question

À la base, la question me vient de mes lectures sur l'effective altruism, mouvement propagé par pas mal d'aspirants rationalistes que je suis. Mais, pour être honnête, la question a vraiment pris tout son sens pour moi un jour très précis. Ce jour là, je co-animais pour SOS homophobie une formation aux LGBTphobies à destination de fonctionnaires, qui seront eux même formateurs à la diversité dans leurs administrations respectives. Cette formation était à 9h30 du matin et devait durer 2 heures. Et surtout, elle était à Nantes, alors que je suis parisien. Je me suis retrouvé à la faire parce que personne de proche n'était disponible. Depuis 2013 et la loi du mariage pour tous, SOS homophobie - et les assoces LGBT en général - ont été déserté. J'ai donc accepté de prendre le train de 6 heures du matin, me faire deux fois 3 heures de train dans une journée, et avancer le billet de ma poche[2]. Une fois arrivé au centre de formation, à 9h45 (le train a été détourné, travaux sur les voix), je découvre avec horreur que le président du centre de formation fait un discours. Nous avons 20 minutes sur l'importance de la diversité, et d'accueillir tous les citoyens comme des égaux. Puis 10 minutes sur la nouvelle plateforme qu'ils ont mis en place, qui est amené à évoluer. Bref, un forum et un système de partage de fichier en intranet. Pour couronner le tout, il s'en va; il explique qu'il est trop occupé pour rester à la formation...

Là, je me suis vraiment demandé si ce que je faisais à le moindre intérêt. Pas immédiatement, puisque à ce moment là, je commençais à me demander à animer une formation, dans un format nouveau pour moi, et qu'il fallait décider en direct quel demi heure on retirait du planning. Mais rapidement, une fois la formation finie, épuisé mentalement par le fait d'argumenter sur des sujets nouveau pour moi[3], et physiquement par le fait que j'ai peu dormi, je me suis demandé si ce que je faisait avait de l'intérêt.

Selon les gens qui nous ont invité, c'était intéressant: ils ont dit qu'ils referraient appel à nous. En ce qui me concerne, j'ai décidé de plusieurs conditions: ILS payent le billet de train. Un mois pour se faire rembourser, c'est long. Et on demande à notre contact s'il est possible de passer un mot au président, afin qu'on commence à l'heure. Parce que, deux heures, c'est trop court. La formation des intervenants de SOS homophobie dure 3 demies journée, sans compter les observations. Mais si en plus on perd deux heures, on ne peut même plus couvrir autant que ce que l'on couvre avec des élèves, c'est un comble.

Selon les gens formés, c'était intéressant. On a pu parler au déjeuner, ça permet quelques retours, puisqu'on passe de la position de formateur a une position d'égalité. Certains nous ont demandé comment nous faire venir dans leurs administrations respectives, ce qui est positif[4]. On a aussi eu des questions plus personnelle, du style: comment j'explique l'homosexualité à mon enfant.

Dans tous les cas, j'espère qu'on a pu faire passer quelques notions: par exemple, même s'il leur est administrativement/informatiquement impossible de mettre dans les documents officiels autre chose que le genre indiqué sur les papiers officiels, au moins quand ils sont en face à face, d'humain à humain, dans une démarche de vivre ensemble et d'inclusivité, alors ils peuvent dire Monsieur/Madame si la personne dit être un homme/une femme, indépendamment de ce que le papier indique. On a aussi pu leur enseigner un outil qu'ils pourront utiliser dans les formations que eux animeront: le mur des insultes. Cela consiste en demander aux gens formé d'énumérer les insultes (LGBTphobes) qu'ils connaissent, et commenter avec eux ces insultes, voir ce qu'elles cachent, quels message sont envoyé derrières. Tout ça pour dire, cette heure et demi n'a pas été totalement inutile. Il y a sûrement un petit progrès, et, avec un peu de chance, celui ci se répercutera sur les gens formé par les gens qu'on forme. De là à dire que ça vallait l'effort que j'ai fait, je n'en suis pas certains.

Mais même si ce n'est pas inutile, je pense que j'aurai pu faire plus efficace pour les LGBTphobies ce jour là. Par exemple, en ajoutant le texte français de Shades of A sur les pages de Shades of A, et en ayant une bd de plus, en français avec des persos principaux ace, NB, et s'intéressant au consentement. J'aurai peut-être pas fini toute la bd, mais j'aurai bien avancer, et ça pourrait parler à énormément de gens non anglophone.

Où est la limite ?

Maintenant que j'ai admis que je n'étais pas prêt à payer n'importe quel coût en temps pour une activité contre les LGBTphobies, il reste la question de savoir quel limite je mets. Comment choisir cette limite. Et la même question se pose concernant mon auto-formation. Deux formations par ans sont obligatoire pour rester intervenant au MAG, et c'est cool. Même si ça veut dire que les nouveaux/elles interviennent sans avoir suivi des formations sur la totalité des sujets dont on parle. Je fais donc ces formations.

Mais, dois-je continuer de me former par moi même ? Par exemple, quand je lis «les LGBT disent ce truc, et c'est *phobe», je vais quasi-systématiquement lire. Parfois, moi même, je dis ce truc. Je ne suis pas d'accord sur le fait que j'ai été *phobe quand j'ai utilisé ce mot, si j'étais simplement ignorant. Par contre, ça serai surement *phobe si je continuais de le dire après avoir été prévenu. Il suit parfois que je décide de changer ma façon d'exprimer une idée. Par exemple, puisqu'on parle de sexisme et d’identités de genre, je précise maintenant que certains avantages/discriminations seront lié à la manière dont on est perçu, et non pas au genre qu'on ressent. Par exemple, il ne suffit pas de se déclarer NB pour subir/ne plus subir le harcèlement de rue. Parce que ça répond à un argument classique contre la non-binarité, disant que ce concept s'oppose au féminisme et tente de rendre invisible la discrimination sexiste. Seulement, c'est un détail auquel à peu près aucun-e élève ne pensera durant les IMS; rajouter une phrase de ce genre ne changera pas le souvenir que les élèves auront de l'IMS, ni l'effet que cette IMS aura sur eux/elles. Donc cette auto-formation n'a finalement eu aucun effet notable dans la lutte contre les LGBTphobies ou le sexisme.

Je vais généraliser encore plus. On a deux heures avec une classe. On pourrai certainement parler 5 heures sans se répéter tellement il y a de sujets qui nous semblent pertinents. Alors on s'adapte, selon ce qui semble important à tel ou telle intervenant-e, selon les questions/réactions des élèves. On peut se demander ce qui est un changement important, ce qu'il faut rajouter. Et par conséquent ce qu'il faut virer aussi. Ce ne fait pas forcément de grand changements de rajouter un nouvel exemple de sexisme, de rajouter un nouveau témoignage qu'on répète[5]. Donc, est-ce vraiment utile de chercher de nouvelles choses à raconter, quand l'effet sera peu différent finalement ? Je n'en suis plus sûr.

Mais je ne suis pas sûr que, rajouter de nouveaux sujets ne soit pas important. Parce qu'on a rajouté des sujets importants. Et je ne suis pas sûr qu'on sache en avance ce qui était important et ce qui ne l'était pas. Par exemple, c'est un changement important d'ajouter d'autres identités. Parce que l'on parlera à des gens concerné, qu'on aidera certains à se découvrir, parce que d'autres, qui se sont déjà découvert, apprécieront qu'un groupe, approuvé par leur école, par les officiels, leur disent que leur identité est valides. J'ai vraiment découvert l'importance de ces sujets quand j'ai eu des élèves qui nous ont fait par de leur impression. Des élèves concernés par les sujets qu'on aborde, ou qui ont de très bons amis concernés. En tout cas, des gens pour qui c'est important. Et pour qui, c'était très important d'entendre quelqu'un dire ça a haute voix, de manière officielle, en dehors des groupes de potes. À titre personnel, c'est une sensation bizarre, parce que tout le monde se fiche que Arthur Milchior dise à haute voix un truc ou un autre. Ça me force à réaliser que je ne suis pas «Arthur Milchior», je suis «Arthur, intervenant du MAG jeunes LGBT». Et parfois, ces élèves trouvent extrêmement important aussi que leurs camarades de classes entendent ce que le MAG jeunes LGBT a à dire[6].

Parler des IMS

Une chose qui me prend beaucoup de temps, c'est l'écriture. Témoigner des vécus des IMS, ça prend un quart d'heure en plus par IMS. Le témoignage en audio, texte, ça m'a pris environ 65 heures. Ce billet est le 28ème sur ce blog dans la catégorie IMS[7]; avant relecture, il m'a pris 6 heures à écrire - sans compter tout le temps où il a traîné dans ma tête. Comme beaucoup de gens qui écrivent, je considère qu'écrire me fait du bien. Que ce soit des idées ou des propos d'élèves, ça me trotte en tête. Coucher le texte par écrit permet de me débarrasser de ce qui encombre mon esprit. Et de le retrouver plus tard si j'en ai besoin. Ça me permet surtout d'avancer dans ma réflexion, celle ci est bien plus précise, claire, et détaillée quand j'ai finit un billet de blog. Coucher par écrit me permet de formaliser et expliciter mes pensées. Et une fois que c'est fait, qu'elles ne bloquent plus mon cerveau, je peux en tirer les conclusion qui s'imposent à moi.

Simplement, tout ça, c'est des raisons égoïste d'écrire. Ce n'est pas une raison de publier, de rendre public. Je publie, parce que ça me donne une raison pour écrire, je ne prendrai pas le temps de le faire si je ne savais pas que j'avais le blog pour finaliser mon texte. Mais, surtout, mon excuse habituelle, c'est que j'ai convaincu des gens de se lancer dans les interventions, ou dans le bénévolat. J'ai poussé des profs à faire venir des associations dans leurs classes pour parler de ce sujet. Et comme j'ai convaincu plusieurs personnes, je suis une étape d'un processus d’expansions exponentielle... pas super efficace, parce que la plupart des mes enfants spirituels ne parlent pas autant des IMS que moi, et donc ne propagent pas la contamination. Remarquez que, d'un point de vue égoïste, ça m'arrange, parce que ça pourrait rendre mes témoignages moins uniques.

Enfin, récemment, je publie aussi pour partager mes reflexions avec d'autres intervenant-e-s. Peut-être ont ils eu les mêmes problèmes, les mêmes questions et questionnement que moi. Peut-être pas. Mais j'espérai que ça les aide dans leurs IMS. J'espérais aussi qu'ils me donnent leurs avis sur mes reflexions. Concernant le premier espoir; j'ignore si mes billets aident les intervenants, mais en tout cas mes réflexions intéressent d'autre gens. Parfois on me le dit, où je le vois quand on partage mes billets. Concernant le deuxième espoir, malheureusement, je n'ai été que déçu. Je n'ai pas eu de retours. Des intervenant-e-s m'ont confirmés qu'ils avaient lu les billets que je partageai aux membres des IMS. Certain-e-s m'ont discutés entre eux. Un-e intervenant-e m'a même dit qu'on lui a dit du bien de mes billets et qu'il faudrait qu'il prenne le temps de les lires. Mais ça n'est pas encore aller jusqu'à m'apporter un retour qui ferait avancer ma réflexion.

Mesurer l'efficacité

Mon énorme regret, en tant que scientifique, c'est que je ne sais pas comment on pourrait mesurer l'efficacité des IMS. Depuis que j'ai commencé, le but est de lutter contre l'homophobie. Ça semble très dur de mesurer l'efficacité. Parce qu'on ne cherche pas à obtenir des changements en deux heures. D'ailleurs, au moins un intervenant nous a quitté parce qu'il ne voyait pas de changement entre le début et la fin de l'IMS[8]. De plus, on n'a pas de suivi à long terme. Ça serait cool de faire un questionnaire, un an après, pour demander aux élèves comment ils ont évolués. En pratique, ça semble impossible à faire. Même en supposant qu'ils soient tous toujours dans le même établissement, les classes se re-mélangent. Les profs ont autre choses à faire. Et la plupart des élèves auront oublié notre existence - en gros. On pourrait demander aux profs/surveillant s'ils ressentent un effet sur les insultes/moqueries remarqué dans les cours de récréation, mais ça leur demanderait un gros travail, pour conscientiser des choses auxquels ielles ne font pas nécessairement attention. Le risque de biais serait gigantesque.

Depuis, on a rajouté comme but de lutter contre les BTANb+phobies... ça serait encore plus dur à mesurer, il y a peu d'insulte asexuel/aromanticophobe. Aujourd'hui, le but officieux est beaucoup de parler aux jeunes LGBT+ perdu au milieu de la classe, et de leur envoyer un message positif. Puisqu'il y a pleins d'élèves dans le placard, ou en questionnement, il est impossible de leur demander vraiment de s'outer. Même sur les questionnaires anonymes, ils n'ont pas de garantie de l'anonymat, peut-être qu'un-e voisin-e jettera un œil, que le prof reconnaîtra l'écriture en nous piquant les feuilles.

Choisir le sujet sur lequel je bénévole

Cette troisième partie est LA partie dont je voulais parler, celle qui m'a fait tant hésiter à commencer ce billet. J'ai peur qu'elle ne soit peu clair si vous n'êtes pas habitué à la notion d'effective altruism. Je suis encore en train de me renseigner, petit à petit, à ce sujet, je ne suis pas encore très clair sur ce que j'en pense, mais je suis déjà globalement convaincu.

Officiellement, le ministère a autorisé les IMS pour lutter contre l'énorme taux de suicide chez les jeunes homos. Les IMS existaient déjà avant l'autorisation officielle, mais n'étais pas explicitement conseillées aux professeurs. Simplement, si le but est de lutter contre le nombre de mort, il semblerait qu'il y ait bien plus efficace, à l'aide de moustiquaire, qui aident à éviter à la malaria de se rependre. Si mon métier me permettait de faire des heures supplémentaires, est-ce qu'il ne serait pas plus efficace que je gagne un maximum et donne aux association qui s'occupent de ces moustiquaires ?

Simplement, je n'ai pas le droit aux heures supplémentaires[9]. Je ne peux donc pas me dire que le temps passé en IMS m'empêche de gagner des sous à donner pour une cause efficace. Sauf à considérer changer de boulot pour un qui paye plus, mais ça commencer à devenir carrément hors sujet.

Un jour, un homme assistant à une de mes interventions nous a signalé que c'était égoïste de s'occuper de l'homophobie, alors qu'il y a tant de racisme. C'est pas faux, j'estime que tout sujet mérite des interventions, mais je n'en choisi qu'un seul. Et je le choisi parce que j'en suis plus proche, c'est donc égoïste... Enfin non, officiellement en IMS, on porte aussi notre témoignage, donc j'apporte aux IMS quelque chose que statistiquement peu de gens peuvent apporter. Il est donc sensé que je privilégie cette activité.

Le raisonnement que je défends au paragraphe précédent tiendrait s'il y avait un surplus de bénévole. Si toutes les associations avaient plus de bénévoles que nécessaire, et que ma présence contribuait simplement à alléger la charge de travail des autres bénévoles, alors il serait vrai que choisir l'action la plus simple pour moi est un bon choix. Simplement, beaucoup d'associations manquent de bénévoles, et il n'est pas évident du tout que toutes les actions soient aussi efficaces. En tant qu'aspirant rationaliste, en tant que personne qui aimerait être convaincu qu'il agit pour faire des bonnes actions, et pas seulement pour donner une bonne image, alors j'aimerai savoir si j'agis vraiment pour le but le plus utile qui soit, - au moins parmi les buts pour lesquels je peux agir. Et je n'en suis pas sûr du tout.

Par exemple, une amie prof m'a indiqué qu'elle a vu une association intervenir en se centrant sur la notion d'identité. Ce qui permet de parler de discriminations en général, et - théoriquement - évite de devoir faire venir une assoce par sujets. Ça donne aux élèves des clefs pour réfléchir en général, et pouvoir appliquer ces réflexions à de sujets qui apparaîtront plus tard, au lieu de juste entendre des témoignages très particuliers. Peut-être que c'est eux que j'aurai du rejoindre, que c'est eux qui ont raisons, et que c'est l'action la plus efficace. Certes, ils ne luttent ainsi que contre les discriminations explicites, contre la discrimination par action, ça n'aborde pas l'hétérocentrisme ou l'outing par exemple. Mais après tout, en IMS, on aborde rarement ces notions, par manque de temps, et parce que ce n'est pas abordable quand il y a beaucoup d'homophobie explicite.

Peut-être qu'on serait plus efficace en enseignant des modes de réflexions, qui pourront être utilisé pour découvrir ses préjugés par soi même. Par exemple, j'ai eu la discussion suivante:
-Les homos sont efféminés.
-Comment tu le sais ?
-On le voit, dans la rue.
-Tu vois quoi ?
-Des mecs efféminés dans la rue.
-Comment tu sais qu'ils sont homos ?
-Ça se voit.
Il y a un biais de confirmation, et un résonnement très mal fondé. Apprendre ces notions, réussir à montrer aux gens à quels points elles sont importantes, pas uniquement pour la science, mais pour la vraie vie, ça serait super important. Peut-être que ça serait une meilleure utilisation de mon temps. Peut-être aussi que les lycées ferait moins appel à nous, réduisant d'autant l'efficacité de la démarche.

Finalement, je n'ai pas de réponse

Je m'arrête ici, je pense que j'ai rendu mon interrogation aussi clair que possible. Je ne sais comment mieux la formuler, la formaliser. Je ne sais comment conclure. Je suppose que, pour l'instant, je continuerai par habitude. Je ne suis pas sûr d'en être heureux.

Notes

[1] Au moins deux.

[2] Billet dont j'attend toujours le remboursement un mois plus tard.

[3] Un exemple: certains se plaignaient qu'un contractuel est trans, mais ne leur a pas dit à l'entretien d'embauche. C'est un boulot physique, où ils ont uniquement des douches communes pour hommes, et donc ils ne voulaient embaucher que des contractuels hommes, parce qu'ils n'ont pas la place ou les moyens d'installer de nouvelles douches. Et donc ils ont du faire des douches à des moment séparé, perturbant le travail. Y a énormément de trucs à répondre à ce sujet, je suis vraiment pas habitué, et pas spécialiste en droit du travail dans la fonction publique.

[4] Ou alors, on peut aussi considérer que c'est la preuve qu'on ne va pas assez loin, et qu'on reste dans ce qui est socialement acceptable au lieu de dire les vrais revendications.

[5] Parfois, on est forcé de répéter les témoignages, parce que personne de concerné n'est présent dans la salle de classe. Mais ces témoignages répétés sont bien moins parlant que les témoignages en face à face.

[6] J'ai souvent l'impression que ces élèves sont persuadés de n'avoir rien à apprendre. Ce que je trouve assez mignon.

[7] Et je crois que j'arrive à peu me répéter. Ce qui a probablement un coût en lisibilité, puisque j'ai tendance à renvoyer vers les anciens billets plutôt qu'à réexpliquer les idées qui sont communes à deux billets. Et que la majorité des gens lisant actuellement ce billet n'ont probablement pas lu les billets d'il y a trois ans.

[8] Anecdote vaguement liée: j'ai participé à un projet de recherche européen en science de l'éducation. Il s'agissait de médiation scientifique à l'aide du théâtre auprès d'un public de collégien. Ils avaient l'obligation dans leur projet d'intervenir avec des jeunes chercheurs (bénévoles) en science dites «dur». J'ai accepté de participer, aimant bien la science et le théâtre. Ça a été un désastre, j'avais 1h30 de transport aller, et le 1er jour, j'ai passé 10 minutes avec les collégiens. Le 2ème jour, on m'avait dit que j'aurai plus d'interactions, effectivement, j'avais trois fois 5 minutes avec trois groupes.... Je les ai abandonné. Le côté comique, c'est que un des responsable du projet était l'ancien intervenant, celui qui nous a abandonné par manque d'effet des IMS; il m'a même avoué après qu'il savait que le projet était pourri, mais qu'il avait besoin des bénévoles que nous sommes pour avoir les sous de l'Europe, c'est pour ça qu'il a quand même fait appel à nous.

[9] J'ignore les scènes ouvertes et plateau, où le public met dans un chapeau, que les artistes se partage. J'y gagne en général moins de 10 euros.

samedi, juin 10 2017

Comment vous réussissez à affirmer: «Ne faites pas ça»

Comment vous faites pour avoir des certitudes sur la façon correcte d'(inter)agir avec d'autres humains ? Qui plus est sur la façon dont les autres humains doivent interagir entre eux ?

En vrai, je ne sais pas qui me lit, qui a des certitudes. Mais je sais que plusieurs potes me lisent, et plusieurs potes ont des idées très tranchées sur ce qui est correct ou non. Un peu comme les manuels de savoir-vivre, mais adapté à une époque qui prônent la liberté et l'égalité. De ce que j'en comprend, l'étiquette, telle que décrite dans le manuel de savoir-vivre, sert à envoyer le message «je suis de votre monde». Une sorte de code, pas secret, mais qu'il faut avoir pratiqué et travaillé, afin de montrer qu'on est prêt à s'intégrer dans un monde dont on ne remet pas en cause les règles. Cette étiquette a un sens - je ne l'apprécie pas, mais le comprend. On dit «il faut faire ceci», et la règle se justifie elle-même.

Mais, quand son but est de changer une partie du monde, parce que celui-ci nous ignore ou nous rejette, je ne comprend plus le sens de ces certitudes. J'ai énuméré récemments quelques certitudes avec lesquels j'étais en désaccords; plusieurs personnes me disaient que j'avais l'air énervé; je crois que «exasépéré» serait plus juste. Parce que, et c'est le sujet de ce billet, je ne comprend vraiment pas. J'ai lu des gens pour qui il était clair qu'il fallait (ne pas) ajouter certains groupes aux LGBT/queers, j'ai heureusement lu quelques avis plus modérés, dont le mien[1].

Enfin, j'ai lu que certains termes ne doivent pas être employés. C'est l'exemples dont je me servirai dans ce billet. Il ne faut pas utiliser le terme féministe si l'on est un homme, mais préféré proféministe. J'ai aussi lu qu'il fallait bannir le terme proféministe, et qu'on était féministe ou rien[2]. J'ai lu qu'il ne fallait pas employer les termes polygame, pédé, homosexuel, homoflexible, transexuel, xénogenre, nègre. Parfois, simplement accompagné de l'explication: c'est polyphobe, homophobe (deux fois), biphobe, transphobe (deux fois), raciste. Ce qui est un peu court comme explication. C'est suffisant pour faire comprendre à la personne ayant employé ce terme qu'iel ne sera plus le bienvenu si iel le réemploi, et qu'il risque d'y avoir des conséquences. Que ça soit une engueulade, l'expulsion du groupe, etc...

Mais quand vous dites ça sur twitter, à des gens qui ne font pas parti d'un groupe proche, que vous ne suivez pas... Quand vous dites ça sur un blog, sans savoir vraiment qui vous lit. Ça a quoi, comme sens, de juste dire «ne faites pas ça !» ? Quand je lis ces ordres, j'ai l'impression de voir comme une menace creuse ? Si vous dites, «ne faites pas ça, sinon vous allez poussez des gens au suicide», je comprend l'idée générale. Je peux être en désaccord, et pensez qu'on causera encore plus de problème si on respecte votre ordre que si on le suit pas. Je peux me dire que, en l'absence de certitude, il vaut mieux écouter ceux qui ont reflechi à la question. Mais si, en lisant un billet de blog, je repars avec la certitude que, l'unique raison pour laquelle j'écouterai son ordre, c'est de faire plaisir à l'auteur, ça ne me donne aucune envie de suivre son ordre. Et je suppose que ça sera le cas de la majorité des lecteur/rice-s.

Tout le monde est d'accord

Tout ces termes, des gens l'emploient. Parfois car ils ne connaissent pas d'autre, pas mieux. S'il y avait une unanimité, si tous les gens ayant réfléchi à la question refusent un terme, je comprendrai qu'on dise, sec, court: «n'emploie plus ce mot». Et qu'on donne l'ordre de le faire à ceux qui n'ont pas encore réfléchi, qui ne se sont pas renseigné. Après tout, ce sont des sujets qui n'intéressent pas grand monde, même pas moi. Par exemple, les mots «mariages gays» ou «théorie du genre» font partie du vocabulaire de la manif pour tous, tandis que «mariage pour tous» et «études de genre» feront parti du vocabulaire de leurs opposants. Employer tel ou tel terme indique dans quel camp on est. Ça peut aussi indiquer l'image qu'on met derrière ce terme. Le mariage étant le même pour les couples homos que pour les couples hétéro, on peut dire «pour tous»[3], si l'on pense que l'idée même de marier deux hommes ou deux femmes dénaturent le mariage, alors parler du mariage gay permet de préserver le «vrai» mariage, qui n'a pas besoin d'adjectif. Bref, le mot est important.

Les avis divergent

Mais parfois, des gens ayant réfléchi à ces questions emploient les mots que d'autres disent interdits. Et pas des gens à qui j'ai envie de m'opposer. Parce que les termes pédé, nègre et transsexuels ont une histoires, que des gens les ont utilisé pour se désigner eux même, pour désigner leurs groupes politiques, ou pour se réapproprier l'insulte. Et je ne vois pas de raison de leur dire de ne pas se qualifier ainsi. Bien sûr, on peut dire, «n'utilise pas ce mot, n'importe où, n'importe quand, sans savoir qui t'entoure». On peut préciser que ces mots peuvent mettre extrêmement mal à l'aise certaines personnes, parce que leur histoire n'est pas joyeuse, parce que ces mots sont, aujourd'hui, majoritairement utilisé par les ennemis de ces gens et que tu sembleras être un ennemi.

Mais, à force de répéter un simple «n'utilise jamais ce mot», des gens voulant bien faire, voulant montrer qu'ils sont avec nous, qu'ils appartiennent au groupe, répètent l'ordre «n'utilise jamais ce mot», et vont même le répéter à des gens qui l'emploient pour se désigner eux même. Si la personne n'est pas désigné par ce mot, si un hétéro dit à un pédé[4] de ne pas utiliser le mot «pédé», ça veut dire que des membres du groupes dominant vont dire au groupe dominé ce qu'il peut ou ne peut pas faire. Il me semble que ça s'oppose totalement au but initial de ces luttes. Si ce même hétéro le dit à quelqu'un qu'il ne connaît pas, peut-être le dira t-il à un pédé sans le savoir - et ça nous ramène au point considéré plus haut. Si un homo dit ça a un pédé ça me semblera toujours absurde, d'ailleurs, même si l'argument que je donne plus haut ne tiens plus.

Il suit de cet exemple que je n'ose qu’extrêmement rarement dire aux gens «ne fais pas ça», parce que j'ai toujours peur d'être cet homo qui dit «utilise jamais le terme pédé». J'ai peur d'être simplement extrêmement ignorant de tout un pan d'histoire et de réflexion, très pertinent mais peu connu. Je préfère souvent le questionnement: «y a t-il une raison pour laquelle tu utilises ce terme, même si argument contre ?». Même si, hélas, ce questionnement est parfois compris comme une manière poli de dire «tais toi», si l'interlocuteur/trice est de bonne foi, il lui arrive de réaliser que ça question est une vraie question.

Conclusions

Dans ce blog, je tente de donner mon opinion, et de rendre clair qu'il ne s'agit que d'une opinion personnelle. Si je change les idée des gens, cela me fait plaisir, mais pour autant que je sache, ça arrive extrêmement rarement. Je tente souvent de faire part de mes interrogations, de mes doutes, et en tout cas de ne pas faire ce que je suis en train de reprocher à d'autres.

Bien sûr, je ne vous dirai pas de ne pas avoir de certitudes. Je n'écrirai pas «ne faites pas de phrases impératives exigeant des gens d'agir d'une manière précise». Ça serait contraire à tout le billet. N'empêche, si j'arrive à avoir une réponse de la part de gens ayant l'habitude de dire «faites ceci», «ne faites pas ça», ça me rassurerait. Surtout si cette réponse n'est PAS «je fais ça, parce qu'on m'a dit de faire ça, et ça montre à mes proches que mon blog est un blog bien».

Notes

[1] Oui, je me lis. Et je dirai même que j'aime bien ce que j'écris.

[2] J'avais déjà parlé de cette question.

[3] Même si c'est mensongé, car il y a toujours des restrictions qui empêchent le mariage: age, capacité intellectuelle, nationalité...

[4] Je suis pour l'auto-désignation, si quelqu'un se dit pédé, pour moi, il est pédé.

jeudi, juin 8 2017

Question sur le boycott pour des sujets polémiques

Une question que je me pose, à laquelle twitter ne m'a pas apporté de réponse.

Je ne m'y connais pas beaucoup en économie, mais il me semble qu'il est bénéfique pour les entreprises que les marchés soient séparés. Parce que cela donne, certes, un marché plus petit, mais sur lequel il y a moins de concurrence. Et donc la possibilité de vendre plus cher le même produit.

Dans ce cas, quel est l'intérêt du boycott quand deux idées s'opposent ? Boycotter une marque qui contribue à la déforestation, à la mort d'espèces protégée, qui abuse trop de ses employés, qui fait met son argent dans des paradis fiscaux, je comprend. Je ne connais personne qui est pour tout ça. Par contre, disons qu'une marque de gâteaux supporte la manif pour tous, et un autre supporte des associations LGBT. Et que chaque personne ayant des convictions politiques choisisse de boycotter les gâteaux politiquement opposés[1]. Alors, le marché sera divisé en deux, et au final, les deux boites y gagnent.

Donc, quel est l'intérêt on aurait à boycotter ces vendeurs de gateaux ? Il me semble que le seul truc auquel ça pousse les marques, c'est à se politiser, à se rependre pour couvrir tout le spectre politique. Ce qui n'avantage ni les droits LGBT, ni LMPT. Sauf à supposer que les entreprises ayant donnés aux assoces LGBT aient vraiment une politique d'inclusivité envers les personnes LGBT - ce qui serait cool, mais est un autre sujet.

Note

[1] Ce groupe nominal est très bizarre.

dimanche, juin 4 2017

Rajouter des groupes aux LGBT - queers

Ce billet est probablement inutile. Il va défendre un point de vue qui semble tellement accepté dans les milieux que je fréquente[1], que je n'ai jamais vu personne prendre la peine de défendre ce point de vue. Après tout, pourquoi défendre une idée évidente. Puis, j'ai découvert l'univers LGBT anti-mogai, et ait décidé de faire ce billet. Je situe d'où je parle: je suis cis, bi, la majorité de mes amis sont cis-het pour autant que je sache, et mes fréquentations de groupes LGBT consiste majoritairement en les interventions en milieu scolaire et interventions et formation pour adulte.

Est-ce que les aces[2]/aros[3]/polys[4]/kinksters[5]/demisexuel[6] peuvent légitimement faire parti des groupes LGBT/queer même si elles ne sont ni homo, ni bi, ni trans ?

Un des arguments que j'entend le plus est «Ça donne justement l'impression d'heteros qui veulent s'infiltrer parmi les LGBTQ+ juste pour faire genre». Est-ce que quelqu'un-e connaît des cas d'hétéros ayant vraiment cette volonté ? Pour moi, ça ressemble beaucoup aux arguments interdisant aux trans d'aller dans les toilettes de leur genre. Qui disent que les femmes trans sont des hommes pervers qui veulent aller dans ce lieu pour agresser des «vrais» femmes.

Avant de répondre à cette question, j'aimerai dire pourquoi je considère ces groupes, et pas les geeks, les gamers, les personnes âgées, les personnes racisées etc.

L'invisibilisation

C'est à dire que, quelqu'un qui serait concerné par ces notions à énormément de risques de ne pas en entendre parler, ou d'en entendre parler très tard dans sa vie. Ce qui implique, soit qu'il/elle a l'impression d'être seule et unique dans son cas, différent du reste de la société. Soit simplement qu'elle/il n'arrivera pas à savoir ce qui cloche, pourquoi les règles sociétales ne lui conviennent pas.

L'anormalité

Si ce n'est pas invisible, si on parle de ces sujets, c'est souvent en tant que chose «anormale». On leur conseillera de se faire soigner, de vérifier leurs hormones, on cherchera la cause de cette déviance. Et les représentations seront moqueuse: nécessairement efféminé et obsédé sexuel pour les gays(Pour rappel, le problème n'est pas l'existence de tel représentation. Le problème est que cette représentation soit extrêmement majoritaire au point que ça pousse à croire que c'est effectivement ainsi que les gays sont). Pour les aces, ça sera une représentation de personne extrêmement stricte, ne sachant pas s'amuser. Pour les kinkster, quelqu'un en tenu cuir, cravache partout, toujours, tout le temps, comme si ces pratiques empêchaient de savoir se comporter de manière standard dans le reste de la société.

Les gens similaires ne sont pas dans notre entourage

On peut supposer qu'une personne âgée soit entouré de personnes agées, qu'elle ait connus d'autres personnes agées. La société n'est, malheureusement, pas bien adapté à elles/eux, mais les gens ne seront pas choqués de voir une personne agée. Une personne racisée pourra probablement parler des problèmes de discriminations avec sa famille, qui ont probablement connu des problèmes similaires. Sauf peut-etre si cette personne est adoptée. Dans tout ces cas, il y a des gens vers qui se retourner, ce n'est pas du tout évident pour les personnes LGBT, ni pour les aces/aros/poly/kinkster/demi.

Cela concerne les pratiques amoureuses et/ou sexuelle

Pas grand chose à développer concernant cet argument.

Être activement discriminé

Alors, je ne connais pas d'exemple d'ace/aro ayant perdu leur job parce qu'ils/elles sont ace/aros. Par contre, des exemples de LGBT qui ont perdu leur job à cause d'un employeur LGBTphobe, ça ne manque pas. Il y a aussi quelques cas connus de gens ayant perdu leurs jobs car quelqu'un a appris au boulot que la personne était kinkster, et que cette notion était directement mélangé à la notion de viol.

Les différences

Bon, après avoir dit tout ça, on peut aussi mettre en avant les différences entre LGBT et les autres groupes. Voici quelques arguments: les aces/aros/demi ne se font pas insulter dans la rue en montrant leur différence. Il semble rare que le seul fait de ne pas vouloir être en couple/avoir de relation en général, déclenche des actes discriminatoires. Si une femme se fait attaquer par un homme avec qui elle refuse de coucher, on peut supposer que l'attaquant soit indifférent à l'orientation de cette femme.

Une partie non-négligeable des revendications LGBT sont de natures législatives. Changement d'état civil, accès à la PMA, certains demandent aussi celui à la GPA. Ces revendications sont très pratiques d'ailleurs, parce qu'il est relativement simple de voir si le texte de loi passe ou non, on est donc directement capable de dire si la revendication a été remplie. À ma connaissance, ni les kinksters, ni les aces/aros/demi ne demandent de changement législatif. Même concernant les polys, je connais peu de gens prétendant demander l'ouverture du mariage à plus que deux personnes. À la limite, j'ai entendu la demande lié au fait d'étendre le statut de beau-parent, donner une sorte d'autorité à une troisième personne, mais ce n'est même pas spécifiquement une demande des polys, puisque c'est un problème qui concerne aussi les familles recomposées.

Groupe LGBT/Queer

Petit rappel, la question parlait de «faire parti de groupe LGBT». Et c'est pour ça que c'est dur de répondre à la question. Parce que je ne sais pas ce qu'est un «groupe LGBT», ou la «communauté LGBT». Si on prend au sens le plus restrictif, une personne cis (hétéro/ace et aro), n'est dans aucune des quatre lettres. C'est la définition, et ça ne nous apprend rien d'intéressant. Après tout, faire respecter les définitions et des normes n'est pas vraiment dans l'ADN des mouvements LGBT. Encore moins des mouvements queers.

Groupes informels.

On peut parler de groupe informel, des potes, des gens qui se rencontrent, s'apprécient. Il est courant que, une fois rejeté par son entourage, une personne LGBT s'entoure majoritairement d'un groupe de pote LGBT. J'ai pas non plus grand chose de pertinent quant à savoir si une personne aro/ace, par exemple, peut se faire plusieurs amis dans un tel groupe de potes. J'ai pas vraiment d'idée de comment on pourrait poser des règles à ce que doit être l'amitié.

Simplement, puisque certains de ces groupes sont uniquement homo, et vont rejeter bi et trans, la question des autres groupes est peu pertinente.

Concernant enfin les groupes formels, je connais trois buts à ces groupes.

La convivialité

Ici, on parle d'avoir un endroit où l'on peut passer un moment agréable sans se faire juger. C'est typiquement le cas du mag, qui organise maintenant des permanences spéciales pour les personnes aces/aros. Je concède que ça peut rendre plus difficile de maintenir un lieu safe pour tout le monde. Après tout, cela augmente le nombre de sujet sur lequel il ne faut pas commetre d'impair. Mais j'ai déjà argué que, de toute façon, un tel lieu ne peut pas être entièrement safe. Parce qu'un tel lieu accueil des nouveaux/elles et qu'on ne peut pas s'attendre à ce que quelqu'un, en plein questionnement, soit déjà totalement formé sur toutes les autres discriminations. Après, il faut voir quels sont les limites acceptables, et pas nécessairement tout accepter sous pretexte qu'une personne appartienne à une minorité. Mais après tout, ça tombe bien, ces lieux peuvent déjà avoir des règles, et des procédures pour exclure les gens qui ne respectent pas les règles, qui ne respectent pas les autres membres.

L'avantage pour les aces/aros/polys qui désireraient accéder à un tel lieu, c'est que ces lieux existent déjà. Il peut être considérablement plus simple d'utiliser ce lieu, plutôt que de devoir tout créer à partir de zéro. L'avantage pour ce lieu, c'est de pouvoir aider plus de personnes, ce qui est son but de base. C'est aussi que, avec des vécus différents, des ressentis différents, ses membres pourront entendre plus de témoignages, peut-être que des membres actuels, des membres LGBT, pourront découvrir d'autre manière de s'envisager.

La sensibilisation

C'est clairement le point que je maîtrise le plus. Et pour moi, il me semble évident que certains sujets peuvent être abordés en même temps que les LGBTphobies. Tellement évident que ça fait plus de deux ans qu'on les aborde. D'abord, parce que, si ce n'est pas nous qui leur disons qu'il y a des aces, aros, intersexes, alors je ne sais pas qui en parlera, quel association le fera. Or, on pense que c'est important qu'ils en entendent parler.

Pour les intersexes, on leur explique qu'on leur en parle parce que, certains seront futurs-parents, et qu'on préfère que les gens soient informés avant que ça n'arrive à leur enfant. Bien sûr, des gens à qui on a parlé était concerné, vu qu'on parle à des milliers d'élèves par ans. Mais pour l'instant, on n'a pas vraiment quoi que ce soit à leur dire directement.

Concernant les aces/aros, si certain-e-s sont concernés, ça peut aider d'entendre qu'ils/elles sont pas seul-e-s. En gros, on répète ce qu'une association d'ace/aro nous avait dit qu'ils auraient voulu entendre quand ils étaient ados. Et surtout, ça nous donne un angle pour aborder la question de la pression sociale lié au fait d'avoir des rapports. Aces ou pas aces, c'est utile d'entendre un point de vue qui n'est ni «il faut s'abstenir» ni «si vous ne le faites pas, c'est que vous êtes coincés». On en profite aussi pour parler de consentement à ce moment là.

Réciproquement, mélanger les aces/aros aux LGBTs durant les interventions à un énorme second avantage. Nous avons maintenant des intervenants aces/aros. En soit, c'est pas plus surprenant que le fait que nous ayons des intervenants cis/hétéro. Dans tous les cas, c'est cool, parce que ça permet de se répartir le travail, et que le nombre d'IMS par intervenant-e-s LGBT diminue. Pour dire ça autrement, c'est pas que j'aime pas faire de la sensibilisation, mais si quand on a une intervention à 8h30 du matin à 1 heures 30 de chez moi, je suis totalement ravi de laisser ma place à un-e autre intervenant-e, même si celui/celle-ci est pas LGBT. Et puis, après tout, il y a deux intervenant-e-s, donc ça n'empêche pas l'autre intervenant-e-s d'apporter un témoignage sur les questions LGB ou T.

Concernant les questions poly j'ai déjà indiqué que je pensais qu'il fallait les séparer. Parce que ça risque d’entraîner de la confusion entre poly et homo (alors qu'il me semble dur de mélanger ace/aro et homo). Je dirai la même chose pour les kinkster. Ça pourrait être cool de donner certaines règles de bases, du style «avant de tenter un truc nouveau, renseignez vous pour être sur de le faire sans risques». Simplement, je pense que ça doit être distinct des questions de LGBTphobie, pour éviter toute confusion. Pour la même raison que, durant les interventions sur les LGBTphobies, je n'aurai pas envie de parler de prévention contre les ISTs.

Les revendications

Concernant ce sujet là, j'aurai tendance à proposer de séparer les luttes. Typiquement, si, pour faire plaisir aux polys, le mariage/adoption à plus de deux étaient demandé en même temps que le mariage pour les couples de même genre, ça aurait probablement eu comme unique effet de bloquer tout changement. Ou peut-être que ça n'aurait rien changé, après tout, mélanger la revendications du mariage pour tous et celle de la PMA pour toutes n'a pas eu comme effet d'apporter la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes.

Certaines marches des fiertés ont mis en avant l'éducation, la lutte contre les discrimination chez les jeunes. Ou simplement, leur faire savoir que ces gens existent, même s'ils ne correspondent pas aux clichés habituels concernant ce que doit être un-e adolescent-e à l'éveil de ses hormones. Comme j'expliquais dans le paragraphe précédent, il me semble que ces revendications peuvent se mélanger. Et même si, après discussion, on conclu qu'il vaut mieux séparer les revendications, je maintiens qu'il ne me semble pas évident que ces revendications soient séparé.

La marche des fiertés

En France, ont dit Marche des Fiertés, plutôt que Gay Pride. Une des raisons étant que ça permet de lutter contre l’omniprésence des cis gay dans le mouvement, et rappelle qu'il y a d'autres gens, qui ont d'autres raisons d'être fiers. À ce moment là, il me semble cohérent de ne pas faire aux ace/aro/kinkster/poly/demi ce que les cis-gay ont déjà fait aux LBT.

Pour rappel, la marche des fiertés est, officiellement, une manifestation. Il y a un communiqué - des revendications. Je reviens donc à ce que je disais au paragraphe précédent: Soit ces groupes ont des revendications, qui ne s'opposent pas aux revendications LGBT. Dans ce cas, la convergence des luttes ne me semble pas absurde. Ou alors ils n'ont pas de revendication. Et ça fait toujours plus de monde à la manif', plus d'activités, plus de visibilité. Ce qui est - il me semble - un but des manifs'. La différence entre ces groupes là et tous les gens venus pour faire la fête, c'est qu'ils ont une banière en plus. Ça ne me semble pas bien grave de rajouter des bannières, du moins, tant qu'elles ne s'opposent pas aux revendications de la manifestations.

Notes

[1] Et qui s'intéressent à cette question

[2] asexuel

[3] aromantique

[4] polyamoureux

[5] pratiquant du BDSM, en gros

[6] Ceux qui n'ont pas d'attirance physique avant de bien connaître une personne. Le contraire du cliché des hommes qui se retournent sur n'importe quel belle personne pour son physique.

dimanche, mai 28 2017

Connaître un mot ne veut pas dire connaître son contexte

Souvent, j'entend des gens se moquer ou insulter d'autres gens car ils connaissent quelque chose. C'est souvent le cas des humoristes, et des élèves que je fréquente. Je ne peux pas interdire aux gens de se moquer, mais j'aimerai au moins que ça soit fait correctement.

Je vous donne deux exemples. Tous les deux liés au monde du X, allez savoir pourquoi c'est un sujet de moquerie. Parfois, un humoriste dit «Merci qui ...» et laisse compléter. Des gens complètent en «Merci Jacquie et Michel». L'humoriste dit alors «ah, on voit les connaisseurs, vous vous êtes dénoncés»[1]. Parfois aussi des élèves sortent le mot «shemale»; on leur dit alors qu'il faut l'éviter, car c'est principalement une dénomination de catégorie de film pour adulte, et qu'en général, les gens concernées utilisent d'autre mots. Ce qui déclenche des moqueries de la part des camarades de classes; probablement soupçonnant que l'élève qui a sorti ce mot est consommateur de ce genre de film.

Sauf qu'on peut remarquer deux trucs. D'une part, tous les spectateurs de la salle connaissent maintenant «Merci Jacquie et Michel», et tous les élèves ont entendu le mot «Shemale». Ce mot n'est pas long, pas super compliqué à retenir, donc certain-e-s se souviendront de ces mots plus tards. Pourtant, ça n'a pas augmenté instantanément le nombre de gens ayant consommé ce matériel. Ça augmentera peut-être plus tard, des gens qui iront voir par curiosité. Mais ça veut dire aussi que, plus tard, quand un autre humoriste redira «merci qui...» ces spectateurs-perroquet répéteront la phrase sans nécessairement avoir le contexte. Que un de ces élèves pourrait aussi ressortir le mot «shemale».

D'autres gens pourraient rajouter que cet élève manque de respect, après tout il emploie un terme qui réduit une catégorie de population à un style de porno, comme si le mot «mère» disparaissait du vocabulaire pour être remplacé par «milf» ou «cougar». Simplement, si l'élève ne s'est pas renseigné, il peut honnêtement ne pas savoir qu'il existe d'autre mot, et que celui qu'il a entendu est considéré comme irrespectueux. Donc, il me semble que, au pire, on peut l'accuser d'ignorance, pas de manque de respect. Sauf s'il continue d'utiliser le terme après avoir entendu l'explication.

Tout ça pour dire: non, c'est pas parce que l'on connaît une expression qu'on connaît le contexte d'origine. Gens qui vous moquez, c'est vous les plus ridicules.

Note

[1] Parce qu'il faut bien sûr avoir honte de dire publiquement de regarder ce genre de vidéo.

lundi, mai 22 2017

Coming-out homophobe

Je dois vous faire un coming-out. J'ai mis du temps à l'accepter, mais mes lectures twitter/tumblr me forcent à me l'admettre: je suis homophobe. Parce que, dans le désordre:

  • Il m'arrive de considérer que l'orientation sexuelle et l'orientation romantiques sont deux notions différentes. Alors que dire que des gens sont attiré sexuellement sans amour, c'est renforcer le cliché homophobe sur les homos qui ne cherchent qu'à coucher.
  • Il m'arrive de considérer que les asexuels et aromantiques (rappel, considérer que c'est différent est homophobe), peuvent avoir leur place dans des groupes LGBT. Alors qu'en fait, ielles tentent de se réapproprier notre histoire. La preuve, personne ne leur crache dessus dans la rue au moment où ielles montrent ne pas respecter la norme sociale.
  • Il m'arrive de considérer que les polys peuvent avoir leurs places dans des groupes LGBT alors même que ça renforce les clichés homophobes de personnes sex-addict ne pouvant se contenter d'un-e seul-e partenaire
  • Il m'arrive de considérer que les polys peuvent avoir leurs places dans des groupes LGBT alors qu'il y a des poly cis-het, et ça serait un moyen pour ielles d'entrer dans des lieux non-mixtes. (En fait ça marche aussi pour les asexuels hétéroromantique et les aromantiques hétérosexuels)
  • Il m'arrive de considérer qu'on peut toujours se dire hétéro, même si on a couché avec des gens de son genre, et même si on a apprécié, et même si on envisage de le refaire (en fait, je suis pour l'auto-définition, sauf quelques très très rares exceptions). Autrement dit, il m'arrive d'accepter que des gens restent dans le placard et refuse d'assumer (et de s'assumer à ielles-même) qu'ils sont homo ou bi, et à effacer les bis. Qu'ielles contribuent à l'hétéro-centrisme, en restant dans la norme au lieu de tenter de la détruire.
  • Je n'ai absolument rien contre les gens qui préfèrent le terme MOGAI au terme LGBT. Pourtant, certains MOGAIs utilisent des arguments totalement stupides qui ne sont pas dénoncés par le reste de la communauté MOGAI.
  • Si quelqu'un me dit être attiré sexuellement mais pas romantiquement par son genre, j'accepte. Alors qu'au lieu de faire confiance à quelqu'un qui semble sûr d'ellui, je devrai l'aider à réaliser que c'est son homophobie intériorisé qui parle et le/la pousse à faire socialement ce qu'on attend d'iel.
  • Je n'ai rien contre Pouhiou[1]. Et pourtant il ne reconnait pas ses privilèges. : il a déclaré qu'il aime bien qu'on lui signale quand il dit quelque chose de problématique, car ça lui permet de s'améliorer et de ne pas le refaire. C'est bien la preuve que pour lui, c'est qu'une question d’apparence, et qu'il peut se permettre d'être problématique; après tout, c'est aux autres de faire le boulot pour lui. (j'aurai bien rajouter Mr Yéyé aussi, mais je vais éviter de rajouter toutes les preuves de ma transphobie et de mon acceptation de la culture du viol, sinon la liste va être longue)
  • Et en conclusion, l'argument qui m'est le plus personnel: Je suis totalement pour le fait que des associations luttant contre l'homophobie collaborent avec des administrations et avec des entreprises. Alors qu'en fait, tout le système est homophobe, et que ces association participent au pink washing: se donner une bonne image à peu de frais sans rien avoir à changer dans le fond.

Hésitez pas à compléter la liste. Je demande juste à ce que ce soit des arguments que vous ayez vraiment lu, défendu par quelqu'un-e au 1er degré. Je ne prétendrai pas être 100% de bonne foi, mais tout est basé sur des vrais textes.

P.S.: En même temps, il y avait un signe; il y a deux jours, j'ai écrit un article de blog où je disais que La Manif Pour Tous avait raison sur un point où elle se faisait attaquer par des gens n'ayant pas vérifié les faits.

Note

[1] Disclosure: J'ai déjà rencontré Pouhiou; celui-ci a eu la grande gentillesse de faire la pub pour deux de mes créations, la traduction de Khaos Komix et le docu-fiction: témoignage d'une intervention en milieu scolaire. Une personne dont je suis proche m'a découvert grâce à la pub par Pouhiou, je suis donc très biaisé dans le fait de n'avoir rien contre lui.

vendredi, mai 19 2017

Que répondre aux élèves demandant pourquoi il y a de l'homophobie

Une question revient souvent cette année; qui était assez rare quand j'ai commencé les Intervention en Milieu Scolaire (IMS). «Pourquoi certaines personnes n'aiment pas les homos», «pourquoi il y a des homophobes», «pourquoi certains disent que c'est contre-nature»... Ce billet ne s'intéressera qu'au point de vue des interventions, sans quoi ça pourrait être un bouquin entier, et j'ai pas les compétences pour ça. Même si certains s'y sont essayé.

Question fort compliqué, surtout si on veut y répondre:

  • De bonne foi,
  • Sans donner l'impression qu'on partage les arguments des gens qui n'aiment pas les homos,
  • Ne pas faire référence à des notions de sociologies que les élèves, même avec quelques mois de SES, n'ont pas (et moi non plus),
  • En considérant à la fois les raisons donné par les LGBTphobes mais aussi les vrais raisons qu'ielles ne révèlent pas nécessairement,
  • En utilisant cette question pour aller vers des sujets qu'on aurait de toute façon eue envie d'aborder.
  • En considérant toutes les facettes des LGBTphobies, c'est à dire: la peur, le rejet, la haine et le dégout.

Bref, je propose pas une réponse définitive, mais une piste de reflexion à compléter. Tout le monde est invité à commenter, expérimenté en IMS ou pas.


Selon moi, il vaut mieux commencer par demander aux élèves s'ils ont des pistes de réponses. Parce que de base, il vaut toujours mieux pousser les élèves à échanger entre eux; nous, nous sommes là pour compléter. Certaines des pistes suivantes sont facilement trouvées par les élèves, d'autre moins. Je commence par des critères liés aux discriminations en général.

Influence du milieu

La réponse la plus évidente, c'est parce que dans ton milieu, tout le monde est LGBTphobe. Il n'est pas facile de remettre en question tout ce qu'on dit dans ton milieu, et tu peux très bien avoir répété ce qui est une évidence autour de toi sans y avoir vraiment réfléchi. C'est pour ce genre de cas que les IMS, passer 1h50 à discuter de ce sujet, peut être utile. Les élèves changeront leurs comportements ou non, mais en tout cas, ils auront eux l'occasion de réfléchir à leurs actes.

Éviter de se remettre en question

Pour résumer, ce qu'on dit peut ressembler à: «vous pouvez aimez les hommes, les femmes, votre genre peut évoluez au cours de la vie, n'être pas forcément celui assigné à la naissance». Si les gens l'entendent comme ça, ça peut demander beaucoup d'introspection, et ça peut être douloureux. Il peut être beaucoup plus simple de nier totalement que ces notions existent ou soient acceptable, ce qui évite d'avoir à s'interroger sur soi-même. À considérer que des proches puissent être concerné. C'est quelque chose qu'on remarque beaucoup quand les élèves insistent pour nous faire savoir qu'il n'y a pas d'homo de leur religion, ou qui ont la même origine qu'eux. Et qu'ils ont des réactions plus vives quand la vidéo de témoignages montre des LGBT croyant ou d'une origine similaire à la leur.

La nouveauté

C'est bête à dire, mais la nouveauté créé des réactions très fortes. C'est dur et dangereux de faire des comparaisons, mais je vais quand même tenter. En France, il est traditionnel de manger escargots et grenouilles, ce qui est un sujet d'amusement ou de dégout dans bien d'autre pays. Réciproquement, des gens ayant déjà mangé de l'escargots s'imaginent mal manger des insectes, pourtant ça se fait aussi. Dans tous les cas, avec un peu de bonne foi, on peut réaliser que ce qui dégoutte n'est donc pas l'acte intrinsèque. Peut-être est-ce sa nouveauté, ou la réputation qu'on s'est animeaux dans notre subconscient. Si quelqu'un n'a jamais vu deux hommes ensemble ou deux femmes ensemble, la nouveauté peut causer des sensations fortes. Ce qui n'est pas un reproche, on ne peut pas controler les sensations qu'on ressent. Le souci étant d'agir à cause de ses sensation, de faire savoir aux gens qu'ils te dégouttent.

En particulier, certains disent être dégoutté par tous les couples qui s'embrassent; mais pourtant ne vont exprimer ce dégoût qu'envers des couples homos. On peut remarquer ici une différence de traitement. Si on était dans une société ou personne ne s'embrassait en public, alors ça nous semblerait totalement acceptable de reprocher aux couples homos de le faire. Mais à partir du moment où on voit beaucoup de couple hétéro s'embrasser, ça serait injuste de l'interdire aux couples homo. La demande n'est pas de pouvoir s'embrasser en soit, c'est d'avoir un traitement similaire. C'est d'ailleurs pour ça que, systématiquement, si un-e élève dit être dégouté de voir un couple homo s'embrasser, on lui demande s'iel est dégoutté de voir un couple hétéro s'embrasser.

L'option par défaut

Cis-hétéro, c'est ce qu'on pense de quelqu'un qu'on ne connaît pas. En fait, on ne le pense pas, tellement c'est évident. Beaucoup de texte, de documents, d'activités, sont adaptée uniquement à ce cas. Ainsi, un formulaire informatique demandant aux homme le nom de leur épouse, et aux femme celui de leur époux. Beaucoup de danses codifiée ont des rôles masculins et féminins.

Un exemple personnel montrant une difficulté dans une activité banale: Disons que tu vas à un cours de danse, où tu sais que des potes vont pour draguer, et passer du temps physiquement proches de personnes du genre opposés. Disons en plus que, officiellement, ce n'est pas un lieu de drague, même si l'on remarque officieusement[1] que beaucoup de danseurs finissent en couple. Donc, qu'il y a en pratique, un rapport entre la pratique de la danse, et l'attirance romantico-sexuelle.

Puisqu'on définit rarement que «gay» par : «garçon qui aime danser avec les garçons», il n'est pas évident que, parce que t'es gay, tu veuilles danser avec un mec. Pourtant, si on suit le but officieusement admis du cours de danse, qui est d'augmenter les chances de se trouver quelqu'un-e, alors c'est assez cohérent de préférer t'approcher de mecs. Peut-être pas de mecs du cours de danses, mais au moins de savoir quoi faire pour pouvoir danser avec eux. Pour ça, il faudra soit trouver un mec connaissant le rôle dévolu usuellement à la cavalière, ce qui limite encore plus tes choix de partenaires de danses. Soit il faut apprendre le rôle féminin. Pour apprendre le rôle féminin, il faut trouver des cavaliers acceptant de danser avec toi, il faut te faire remarquer parce que, si les paires de danseurs changent régulièrement, les cavaliers n'auront pas le réflexe de venir te proposer. Certains pourraient refuser par hétérosexualité, même si, officiellement, cette orientation n'empêche en rien le fait de danser avec un homme.

Tout ça pour dire, il n'y a pas vraiment eu de personnes homophobes dans cette histoire. Pourtant, il y aura quand même eu un rejet des personnes homos. Du moins de celles qui ne sont pas capable, par elles-même, de trouver comment adapter les normes courantes à son cas. Si quelqu'un demande pourquoi il y a de l'homophobie, ce n'est probablement pas une personne homophobe. Cet exemple est assez pratique, parce qu'il peut permettre de montrer à ces élèves ce qu'iels peuvent faire, en pratique, pour aider les gens à être effectivement intégrés.

L'homophobie

La religion

Certaines personnes prétendent que leurs rejets est lié à leurs croyances, celles de leurs entourages, de leurs familles. Aborder ce sujet nous permet d'indiquer qu'il y a des croyants LGBT. Il y aussi des gens ayant une vraie connaissance des textes ne partageant pas l'interprétation majoritaire, acceptant les LGBT.

Mais surtout, on peut signaler que ce sujet apporte des réactions plus vives qu'envers les gens qui ne mangent ni kasher, ni halal, qui mangent de la viande le vendredi... Bref, le fait que selon certains, ce soit interdit n'explique pas totalement la lutte contre nos droits. E puis, il y a aussi des athés homophobe, c'est trop simple de tout rejeter sur certaines catégories précises de la population, parce que, peut-être, ils sont plus visible; ou en tout cas plus montré du doigt quand on parle de certains sujets jugé comme rétrograde.

La contagion

Cette idée fait souvent rire. Je pense qu'une personne hétéro, sûre de son hétérosexualité, aura du mal à imaginer que deux jeunes qui leurs parlent deux heures peuvent les faire devenir homo. Cependant, certains ont réellement peurs qu'on soit là pour les convertir, ou convertir leurs camarades de classes, ou leurs enfants. Un argument plus courant est: si l'enfant est élevé par deux hommes, deux femmes, ou qu'il voit des homos dans son entourage, ça va le pousser à devenir homo.

Cette idée est d'ailleurs assez efficace. En effet, quand des gens ignorent totalement qu'il y a pleins de manières de vivre sa vie, ils ont plus de chance de se conformer à ce qu'on attend d'eux. Beaucoup de gens sentent tôt qu'ils ne sont pas comme les autres, sans savoir précisément pourquoi, sans savoir s'ils sont seuls dans leurs différences. Pouvoir parler à d'autres ayant eu des expériences similaires peuvent aider les gens à se découvrir, à s'accepter. Une élève nous a dit qu'on «tentait» ses camarades de classes. Je suppose que ce n'est pas faux, si quelqu'un sent déjà différent, on pourra pousser quelqu'un a assumer des choses qui, sinon, resteraient cachées. Là vraie question n'est donc pas la contagion, mais de savoir si on accepte que les autres, ses camarades de classes, ses enfants, puissent découvrir d'autres gens qui leurs ressemblent, ou si on préfère leurs cacher les gens qui leurs ressemblent, afin qu'il reste dans le chemin qu'on attend d'eux[2].

Les clichés

Beaucoup d'élèves connaissent uniquement les LGBT via la télé. En particulier via les émissions de télé-réalité. En discutant un peu, on réalise que, quand ils s'imaginent qu'un pote est gay, ils pensent que ce pote se transformera et deviendra comme les gens qu'ils ont vu à la télé. Sans vouloir insulter les candidats de télé-réalité, c'est tout à fait légitime de dire que ce n'est pas des gens avec qui j'aimerai être ami; je ne pense pas qu'on s'entendrait spécialement bien. Je souhaite que ces gens aient des amis, ils vivent comme ils veulent, simplement, c'est pas mon monde.

On répond donc aux élèves que si un pote devient homo, en fait, ça l'empêchera pas de continuer à jouer au foot, aux jeux vidéos, comme avant. Indépendamment des questions LGBT; c'est un bon moment pour rappeler que la télévision déforme. En général, c'est assez clair pour les jeunes de lycées de banlieue; puisqu'ils voient bien que leurs banlieue ne ressemblent pas à ce que la télé montre quand elle dit «La Banlieue».

La drague

Beaucoup de gens semblent penser que les homos vont forcément les draguer. Ça peut être assez gênant, j'en conviens. Mais d'abord, tous les homophobes ne sont pas irrésistibles. On suggère aussi à quelqu'un, éventuellement dragué par une personne de son genre, de répondre la même chose que si un membre du genre opposé les draguait, et qu'ils n'étaient pas intéressé. Dire «non».

S'ils s'imaginent que la personne insistera forcément, sera lourde, on peut déclarer que, dans ce cas, ce n'est pas de l'homophobie, mais de la lourdophobie. Et qu'on reproche à personnes de ne pas apprécier les gens qui harcèlent... Et qu'il serait intéressant de savoir pourquoi ils pensent que les gens vont les harceler. Peut-être qu'ils projettent ce que eux feraient aux gens qu'ils draguent.

Les soupçons

Si tu protestes contre les blagues homophobes, si t'as des amis homos, tu peux être soupçonné d'être homo. Je considère qu'il n'est pas homophobe de ne pas vouloir être soupçonné d'être homo. Après tout, ça signifie simplement que tu ne veux pas être la cible de moquerie, d'humiliation, de gens qui s'éloignent de toi. Un bon moyen pour qu'on ne soupçonne pas d'être homo, c'est de montrer ton homophobie. Quelque chose que beaucoup d'homos ont fait.

Bien sûr, si tu as entendu que «tous les homophobes sont des homos refoulés», il vaut mieux éviter de se montrer homophobe. Mais, c'est relativement rare que cette pensée soit majoritaire dans certains milieu.

L'acte sexuel

Il est assez courant que les gens à qui ont parle d'homosexualité pensent qu'on leur parle de l'acte sexuel qu'ont deux hommes ou deux femmes. Des gens peuvent être dégoutté en imaginant cet acte; mais on ne ne leur demande pas de l'imaginer. Et puis, quand on parle de mariage, on parle d'acte administratif, de préparation, d'inviter plein de gens. L'homophobie peut arriver dès que deux hommes ou deux femmes se tiennent la main, ce qui compte difficilement comme un acte sexuel. Même que il y a des gens qui se sont donné la main sans jamais coucher ensemble !

En IMS, c'est assez simple de leur dire: ça fait une heures qu'on discute, vous avez bien remarqué que ce n'est pas le cas. Et c'est pour éviter cette confusion qu'on dira juste «homo» et pas «homosexuel».

Lutter contre le penchant naturel de tout le monde

Cette cause est peut-être une légende urbaine. Je la met plus par souci d'exhaustivité que par son intérêt pédagogique. Quelques personnes pensent que tous les gens sont principalement attiré par les gens de leurs genre. Et s'il faut interdire l'homosexualité, c'est bien parce que sinon, tout le monde serait en couple homo, et la terre serait dépeuplé.

La réponse est à peu près évidente: si on écoute les gens, qu'on fait confiance aux gens, on se rend bien compte que beaucoup de gens sont attiré par le genre opposé. Il n'y a pas de raison de craindre un dépeuplement de la terre. Une augmentation du nombre de gens ayant tenté une aventure homosexuelle, c'est probable, mais ça n'empêche personne d'aller avec des gens du genre opposé.

La biphobie

Cette section va être particulièrement courte, car je connais peu d'exemple de biphobie qui ne soit pas, de base, de l'homophobie. Encore moins d'exemples qui soient pertinent dans le cadre d'une intervention avec des lycéens.

L'insatisfaction des bis qui n'ont qu'un-e partenaire

Pas mal de gens semblent penser que un-e bi-e veut nécessairement des partenaires des deux genres, et ne peut être heureuse sans ça. Je n'ai honnêtement aucun doute que de tels personnes existent; sur plusieurs milliards d'humains, c'est probable. Ce n'est cependant pas le cas de tou-te-s les bi-e-s. On peut faire la comparaison avec les préférences physiques. Certain-e-s peuvent préférer les blond-e-s, brun-ne-s, roux-ses, rasé, ou bien tous les apprécier. Ces dernier/ère-s n'ont pas besoin de sortir avec des gens de toutes les couleurs de cheveux pour autant.

Le soupçon de mensonge

J'ai cru comprendre que les bi-e-s sont souvent accuser de mentir. Soit pour faire plus sexy, plus ouverts. Soit pour éviter de devoir assumer son homosexualité. C'est certains qu'il y ait eu des gens faisant l'un ou l'autre, mais ce n'est pas parce que certains auraient mentis que tous seraient des menteurs. Outre le fait qu'on puisse aussi dire bi pour simplifier, quand on se rend compte que les règles qui régissent nos désirs sont plus complexes que ce que les mots usuels permettent d'exprimer.

Homo uniquement

Certains lieux sont, en pratique, réservés aux homos. Que ça soit des bars/associations/boites, ou que ça soit des groupes de potes. Si un-e bi-e est habitué à cet endroit, tant qu'il a un copain/elle a une copine, elle découvrira qu'elle en est exclue le jour où il a une copine/elle a un copain. Ou alors il faut le cacher, ou au moins ne pas venir avec lui/elle. Il y a un certains nombres de témoignage de gens, dans un groupe de pote homo, qui ont perdu ce groupe de pote le jour où ils/elles sont sorti avec quelqu'un du genre opposé. Où on lui fait savoir que ce nouveau copain/cette nouvelle copine est une trahison du groupe.

La transphobie

Le piège

Beaucoup de gens pensent que les personnes trans cherchent à les tromper, à les piéger. Et, puisqu'iels n'aiment pas être piégés, se montrent violent quand ils le découvrent - histoire de se venger, si on peut dire. J'ai quelques pistes de réponses, mais aucune ne me semble pertinente.

La plus évidente des réponses c'est qu'il n'y a aucun piège; une femme trans est vraiment une femme, un homme trans est vraiment un homme. La personne disant ça est simplement intolérante. C'est malheureusement un peu court comme réponse.

La deuxième réponse possible est de se référer à l'apparence de n'importe qui, ignorant la question de transidentité. Dire que quelqu'un peut choisir son apparence pour lui/elle-même, que quelqu'un, en choisissant son look, ne pensera pas forcément à tous les gens qui le/la verront. On peut se sentir mieux si on se plait, sans forcément chercher à plaire à quelqu'un d'autre. Malheureusement, c'est assez dur à dire au lycée, où on sait que le jugement que les uns porte sur les autres à énormément de poids. De manière plus générale, si quelqu'un sait que les risques d'agression changent en fonction de l'apparence, alors cette personne aura du mal à totalement ignorer cette pensée au moment de décider de son apparence.

Une autre réponse, c'est que les gens qui se sentent piégé se «piègent» eux même. S'ils ne considéraient pas les gens comme des proies potentielles, des gens qu'il faut forcément draguer, alors ils n'auraient même pas pu être piégé en premier lieu. L'avantage est que ça permet de passer sur les notions de harcèlement, savoir si on peut être ami avec quelqu'un-e qu'on pourrait aussi envisager de draguer.

Pour finir, avec toute la transphobie, si une personne veut en piéger une autre, ça serait quand même une manière super dangereuse de tendre un piège. En supposant que vous valiez le coup d'être piégé.

Les luttes contre le sexisme

Ceci est un argument que je n'ai jamais entendu en classe, mais qui existe. Pour lutter contre le sexisme, il est nécessaire d'avoir des visions claire de qui est oppresseur et qui est opprimé. On peut même entendre que le genre n'est défini que comme un système d'oppression et que la définition même de femme c'est un membre de la catégorie opprimé par des hommes.

Certains n'ont pas de problème à faire rentrer les trans dans cette analyse du monde; pour d'autres les trans et non-binaires sont incompatible avec cette analyse. Ce qui pousse à des réactions transphobes et/ou NBphobes. Je ne rentrerai pas dans les détails, parce que ça devient un débat assez technique et théorique, que je ne maitrise pas le débat; ça évitera donc qu'on me signale trop de bêtise.

Notes

[1] C'était beaucoup moins officieux quand la police verbalisait les hommes dansant ensemble. Mais on parle d'une autre époque, peu pertinente pour cet argument.

[2] Je fais, malheureusement, des phrases aussi longue que ce paragraphe. Après, je demande si j'étais compréhensible, souvent les élèves répondent oui, et ça me surprend.

jeudi, mai 18 2017

Défendez-vous un combat de la manif pour tous sans le savoir

Défendez-vous un combat de la manif pour tous sans le savoir ?

La question est un peu vague, donc je prendrai une question très précise: pensez vous qu'il ne faut pas que l'on enseigne la masturbation aux élèves ? Si c'est le cas, vous partagez une idée de LMPT. C'est pas grave[1], ils pensent certainement qu'il faut se brosser les dents après chaque repas, ça n'en fait pas une idée ridicule pour autant. Pensez vous en plus qu'il est ridicule de prétendre que des gens parlent de masturbation aux élèves ? Dans ce cas, vous en concluez peut-être que, si c'était avéré, il faudrait l'interdire. Alors vous partagez un combat de LMPT.

Puisque c'est ridicule, certain-es tirent la conclusion qu'il est bien sûr faux que qui que ce soit incitent les élèves à se masturber. «Personne n'incite les élèves à se masturber» est une prédiction, une affirmation qui peut être vraie ou fausse. Et si on découvre des gens qui incitent les gens à se masturber, et que vous trouvez ça ridicule, alors si vous êtes de bonne foi, il faudra reconnaître que LMPT avait raison, et qu'en pensant vous moquez de LMPT, vous lui donniez raison.


Si je parle de tout ça, c'est parce que LMPT à fait un site, que je trouve très cool: École et Sexe. Ce site semble assez factuel, répertoriant tout un tas de ressources qui ont été créé et qui s'adressent aux jeunes. On peut reprocher que le nom de LMPT soit en bas de la page, et donc pas visible au premier abord; mais ils ne cachent pas en être les auteurs contrairement à ce que certain-e-s https://twitter.com/kacha1286/status/863675175086292993. Et ce n'est pas non plus des contenus qu'ils ont créés, contrairement à ce que certains semblent prétendre en voyant des captures d'écran qui peuvent sembler ridicule hors contexte. En vrai, je ne serai pas choqué d'apprendre que des ami-e-s à moi partagent ce site, tellement il répertorie des documents intéressant et pertinents. Pas pour les IMS du mag, puisqu'on n'y parle pas de sexualité, mais ça peut intéresser les établissement dans d'autres cadres.

Je n'ai pas tout lu, il y a beaucoup de ressources. Mais, de ce que j'en vois, il y a des ressources qui s'adressent, aux hommes comme aux femmes, homo comme hétéro, en leur parlant du pénis, du vagin, du clitoris. Ça mentionne aussi l'existence de zones érogènes, indique qu'il peut falloir faire des expériences pour découvrir ce qu'on aime, ou pas. Qu'il peut y avoir des ratés, que tout n'est pas parfait du premier coup. Je n'aurai pas dit qu'il s'agissait d'enseigner la masturbation, mais il est indiscutable que ça incite à s'y essayer. De même que, quand les brochures expliquent comment se protéger lors de tel ou telle pratique, ils peuvent pousser des élèves à l'essayer.


Tout ça pour dire, on peut reprocher la formulation choisie par LMPT: quand on dit que l'éducation nationale incite les élèves à faire un truc, j'imagine que les profs le donnent comme un devoir. Ou alors qu'il y a un mémoire à faire à ce sujet, que ça sera noté, ou que ça sera fait sur les heures de cours. On dirait aussi que c'est fait par les profs.

Ici, ce n'est bien entendu[2] pas le cas, personne ne vérifie ce que les élèves ont fait ou pas fait. Mais reprocher une formulation, ce n'est pas la même chose que dire qu'ils inventent et mentent. De plus, ces textes sont souvent l'œuvre d'associations agréés par les ministères, académies. Ce qui fait une petite différences, parce que ça peut être plus simple de parler de ces sujets avec quelqu'un qui ne t'as jamais donné de mauvaise note ou d'heurre de colle.

Après, bien sûr, on peut discuter de savoir s'il est pertinent que les enfants/adolescent-e-s entend parler de ce sujets à l'école; à quel age il/elle-s doivent en entendre parler, ce qu'il faut dire et ne pas dire; après tout aucune de ces brochures ne traitent de la totalité des pratiques. On peut discuter des buts à atteindre: est-il plus important de diminuer le nombre de rapport sexuel ? Le nombre de transmission d'IST et de grossesses non désirée ? En absolue, ou proportionnellement au nombre de couple sexuellement actif ? Le nombre de pratique que les gens connaissent ? Tout ces buts peuvent être contradictoire, on peut imaginer que si on parle moins de sexe, moins de gens le pratique, mais que ces gens se protègent moins, et qu'en diminuant le nombre de pratiquant, on augment le nombre de transmission ? On peut donc discuter des manières de parvenir efficacement au résultat voulu ? Mais tout ça, c'est extrêmement différent des moqueries et accusations que je mettais en lien plus haut.

Notes

[1] Je pars du principe que la majorité des mes lecteur/trice-s sont opposés à LMPT par principe.

[2] En disant ça, je refais une prédiction vérifiable. Et si on découvre qu'un prof a ordonné aux élèves de se masturber, alors je partagerai le combat de LMPT sur ce point précis, ce prof ne devrait pas enseigner.

Conférence scientifique informatique

Je ne comprend pas les discours éducatifs live sans interactions. Vraiment, plus je vieilli, plus ça m'insupporte. Ainsi, en master, j'ai décidé d'arrêter d'aller en cours, comme beaucoup de mes camarades de classes. Et mes notes se sont considérablement amélioré. Certes, il est possible que ça soit parce qu'en master j'avais le choix de mes cours et prenait les plus intéressants. Mais je pense que le fait de lire, aller à son rythme, revenir en arrière si besoin, c'est cool. Alors qu'avec un cours, on peut pas. Certes, on a pu noter le cours, ou avoir les notes de cours, mais le prof n'arrête pas de parler pendant qu'on cherche.

Je ne dis pas qu'il faut arrêter les cours, si ça aide certains, tant mieux. Mais je suis bien incapable de comprendre qu'ils soient obligatoire. J'espère que je m'en rappellerai quand(si ?) je serai responsable d'un cours, et que je m'assurerai que tout ce qui est au programme se trouve dans un document texte accessible aux élèves qui le veulent. Malheureusement, je n'ai enseigné qu'un seul cours, et je n'étais pas responsable de ce cours là, je n'ai donc pas pu appliquer ce principe.

Je ne dis pas qu'il faut arrêter l'enseignement en face à face. Parce que parfois, c'est pratique de pouvoir poser des questions. Je n'ai pas de doute sur l'utilité des travaux dirigés et travaux pratiques quand l'enseignant-e et l'étudiant-e ont une réelle interaction. Ou quand il faut du matériel que l'étudiant-e n'a pas à sa disposition chez lui. C'est le cas pour les sciences expérimentales ou l'art de manière évidentes. Mais ça peut aussi être le cas en informatique, au moins tant que les étudiants ne savent pas utiliser ssh, pour leur permettre d'avoir un ordinateur directement utilisable pour la programmation, sans avoir besoin de faire toute l'installation eux/elles-même.


Tout ça pour dire. Je déteste les conférences. J'ai l'impression d'être revenu à l'époque où j'étais en cours. Certes, personne ne me flique. Mais si mon labo à accepter de débourser plusieurs centaines d'euros pour m'y envoyer, je me sens quand même une obligation de présence. De même que je me sens une obligation de prendre les résidences étudiantes, le train le plus tôt, pour éviter d'augmenter la facture[1]. J'en profite pour signaler ce qui me semble être une incohérence. Le train de 20 heures est en général moins cher que celui de 14 heures. Ça peut arriver à faire une centaine d'euros de différence. Donc je prend souvent le train de retour super tard. Ce qui me force à diner sur le lieu de mission. Mais comme la mission est finie, le dîner au restaurant ne m'est pas remboursé. Donc, si je voulais vraiment éviter de débourser un restaurant, il faudrait que je fasse payer 100€ de plus au labo. Pas moyen de leur faire payer juste 85 € de plus, c'est à dire «train pas cher, et un repas supplémentaire».

Retournons sur les conférences. S'il est implicitement considéré qu'il est bon que je me tienne au courant des divers sujets qui intéressent les chercheurs aujourd'hui, et de comment ils avancent, le labo pourrait aussi bien m'indiquer que j'ai le devoir d'aller à la bibliothèque, et de feuilleter régulièrement les intros des papiers de quelques journaux de recherche. Ils y gagneraient beaucoup de sous, et j'aurai probablement l'impression de plus comprendre.

Sauf qu'en réalité, personne ne me demande d'écouter, personne ne vérifie si j'écoute ou comprend. Ce qu'on me demande c'est de publier. Histoire de montrer que le laboratoire a des gens qui font effectivement de la recherche, et améliorer les résultats d'évaluation du laboratoire. Et puisqu'en informatique, les publications sont mieux vues en conférence qu'en journal, il vaut mieux publier en conférence. Et pour avoir mon article dans les annales de la conférence, il faut que je sois à la conférence. Donc que j'y parle.

En vrai, puisque le but est d'être publié, je pourrai bien ne pas venir, ne pas y parler, pour l'évaluation, ça ne changerait rien. Sauf que pour être publié, il faut s'inscrire à la conférence. Celle où je suis coûte 300 francs Suisses, environ 290€. Et encore, pour ce prix là, je n'ai même pas de copie papier des annales. Ce que je regrette beaucoup, vu que j'ai une grande affection pour le papier, et qu'avec un texte de moi dedans, je suis un peu attristé de ne pas l'avoir. (Mais je suis vraiment pas prêt à mettre cette presque centaine d'euros dans un livre, moi qui achète presque tout mes livres d'occasions).

Notons en passant, pour ceux qui ne connaitraient pas le monde de la recherche, vous avez bien lu. Pour être publié, il faut payer. Enfin, officiellement on paye la conférence, qui a certainement des frais, puisque durant trois jours on a des croissants, du café, du thé, ainsi que toute la logistique qu'il faut pour tenir des salles de conférences propres. Et puis, pour avoir une copie papier du livre où on est publié, il faut payer aussi.

Pour autant que je sache, les conférences ont deux avantages sur les journeaux. D'abord, elles sont plus rapide, alors qu'un article journal peut passer plusieurs années entre le premier envoi au journal et sa mise sous presse (et ceux, même si c'est une presse électronique, vu que certains journaux n'ont plus de versions papier, mais continue de publier le même nombre de page chaque années). Pour moi, cet argument n'a aucun sens. Rien n'empêche d'utiliser les méthodes des conférences: texte de taille limité, sans preuves, avec que les grandes idées; en faire une version journal, sans forcer les gens à bouger et payer. Après tout, si le but était vraiment d'avoir une bonne présentation, les referee devraient évaluer la présentation: l'orateur/trice filmé en train de répéter sa présentation. Mais la qualité d'un texte de 12 ou 15 pages n'indique pas si l'orateur/trice saura s'adapter au public de la conférence. Ou tout simplement si l'orateur saura s'exprimer dans un anglais à peu près compréhensible. Je ne dis pas un anglais soutenu et de grande qualité. Mais au moins assez articulé, et pas trop rapide, histoire que les mots puissent être saisis par les gens n'ayant pas l'habitude de son accent. Malheureusement, il y a beaucoup de talks où je n'arrive pas à suivre, non pas parce que c'est techniquement compliqué, mais parce que je ne comprend qu'un mot sur trois. Et encore, je le comprend car c'est un mot marqué sur les slides. (Si au moins tout était écrit sur les slides, je pourrai lire, mais il parait que ça ne se fait pas !) En fait, je ne reste dans la salle que pour une unique raison: que l'orateur/trice, ne parle pas devant une salle vide. Comme ça, par réciprocité, je ne parle pas non plus devant une salle vide.

Le deuxième avantage, c'est que ça permet aux chercheurs de se rencontrer. Il parait. Parce que, honnêtement, j'ai aucune idée de comment aborder un-e chercheur/se; je suis plutôt timide, pas sûr de bien respecter les conventions sociales - il n'y a pas de guides de bonnes manières en conférences. Et en général, quand je parle à un-e chercheur/se en conf, soit je le/la connaissais déjà (en personne, ou par son travail que j'ai lu et eu le temps de comprendre), soit parce que quelqu'un d'autre à initier la conversation; que ça soit une connaissance en commun ou parce que la personne vient me voir. À noter que, vu le nombre de gens que je vois autour de moi, poser sur leur ordinateur, pendant la pause café où je rédige ce morceau du billet, je ne suis probablement pas le seul à ne pas être là pour parler à des inconnus.

Note

[1] Et accessoirement parce que, comme les remboursements prennent parfois des mois à arriver, ça m'évite de creuser mon compte en banque de ces centaines d'euros.

dimanche, avril 30 2017

Que dire aux élèves partageant déjà nos idées

Une petite réflexion sur les IMS pour quelques classe partageant nos idées.

Quand on intervient dans les établissement, on revient sur certaines idées que beaucou d'élèves[1] ont. Par exemple: en voyant les gens, on voit leurs orientation sexuelles. On leur demande donc de deviner celle des intervenants. Puis on explique que; puisqu'ils ne sont pas capable d'être tous d'accord entre eux, ça ne se voit pas vraiment. On fait aussi lister les clichés homme/femme; et quand ils discutent, ils voient qu'entre leurs différentes familles, il y a des rôles genrés qui sont différents d'une famille à l'autre de leur classe. Ce qui parfois les surprend. Histoire de dire que ce n'est pas une telle évidence que les rôles soient biens définis.

Mais parfois, il y a des classes où la grande majorité des élèves qui s'expriment sont déjà avec nous. Soit qu'ielles se renseignent avec le net; que beaucoup de gens sont ouvert sur le fait qu'ils sont LGB ou T (le dernier étant bien plus rare, mais pas inédit) et en parlent à leur classes. Il me semble donc que ces exercices sont moins utiles. Ma question est donc: que faire à la place ? Que faire de l'heure 50 qu'on a avec ces élèves. J'ai quelques idées en vrac:

Parler du coming out plus en détail

Il y a un billet entier à ce sujet.

Comment les discriminations naissent

Passer plus de temps à expliquer comment une discrimination peut se mettre en place socialement sans qu'on ait besoin d'un grand méchant qui soit responsable de tout ce qui est subit. Ce qui nécessite clairement qu'on soit formé à ce sujet; parce que si je commence à avoir pas mal d'anecdotes au fur et à mesure de mes lectures, je n'ai rien de construit à ce sujet.

Pour l'instant, il y a deux exemples que j'utilise souvent, pas que ça soit les exemples les plus importants, mais c'est les plus simple à expliquer rapidement. D'une part le marketing genré. Si une fille a eu un tricycle rose et un petit frère. Si le petit frère récupère le tricycle rose, il se fera probablement moquer. Donc il y a le choix entre être moqué ou acheter un second tricycle[2]. Bref, il y a des intérêts qui ne sont pas forcément évident avant qu'ils nous soient signalés. Le second exemple que je reprend souvent, concernant la différence de salaire, c'est les bonus. Si statistiquement, les clients vont moins faire confiance à une vendeuse/conseillère qu'à un vendeur/conseiller, alors à compétence égale, il y a moins de vente/dossier traité; donc un plus petit intéressement. Autrement dit, il n'y a pas besoin d'une règle explicitement sexiste, ou un unique manager super sexiste pour que la différence apparaisse.

Bien sûr, ces exemples se conjuguent à d'autres discriminations. Mais ces exemples, c'est histoire de montrer une direction, à défaut d'avoir un tout cohérent.

Inclusivité

Il y a quelques fois des élèves qui semblent avoir des demandes sur comment être inclusif, ou sur comment aider à diminuer les discriminations. Quoi faire comme action. Je doute que ça soit une bonne idée de parler de ça. Finalement peu d'élèves se montrent intéressés. Mais ça pourrait quand même valoir le coup de le tenter, histoire de voir la réaction. Peut-être aussi histoire de faire boule de neige. En effet, une action est d'autant plus efficace que elle a des échos. C'est bien pour ça que j'écris au sujet depuis des IMS depuis des années; parce que des gens m'ont dit que ça les a poussé à ce bouger. Ici, le but n'étant pas de recruter pour notre assoce, mais d'être plus globale que ça.

Encore une fois, ça nécessiterait une grosse réflexion avant de mettre ça en place. En effet, les règles d'inclusivités, ne sont pas évidentes et rarement formalisée. Pire, quand deux personnes les formalisent, elles sont souvent contradictoires. Pour prendre un unique exemple: dans la dernière classe, on expliquait que, quand des membres de notre associations se présentent; non seulement on donne son prénom, mais on donne aussi son pronom, et/ou les pronoms/accords qu'on souhaite voir utiliser[3]. On rajoute aussi que tout le monde se plie à la même règle, parce qu'on ne veut pas avoir une règle différente selon que ton genre soit binaire ou non; selon que tu ressembles à ce que la société attend de ton genre ou non. Simplement, même une règle comme ça, qui est sensé aider les non-cis, n'est pas unanimement appréciés par les personnes non-cis; et je ne verrai pas donner comme règle quelque chose qui n'est pas apprécié par certaines personnes que c'est sensé aider.

Méta-règles

Puisqu'il peut être dur de donner des règles précises, on pourrait à la place donner des métas-règles. Expliquer d'où vient plus généralement les règles qu'on leur demande d'observer. Des idées qui s'appliqueraient dans des contextes plus générales que les LGBTphobies. Par exemple:

  • Si vous découvrez quelqu'un-e ayant une caractéristique peu commune, plutôt que de lui demander des détails sur cette caractéristiques, aller les lire sur le web. Il y a sûrement déjà des gens ayant écrit à ce sujet. Plus précisément, des propos de gens directement concernés, et pas de gens les jugeant ou se moquant d'eux. Et ça évitera à la personne que vous avez rencontré de devoir refaire une explication qu'iel a déjà sûrement fait plein de fois.
  • Ne pas généraliser ce que vous pensez savoir à toute personnes juste à cause d'une de ces caractéristiques.
  • Écouter les gens; s'ils disent avoir un problème depuis des années, ça sert à rien de vouloir tout de suite lui donner une solution: vous êtes sûrement plusieurs dizaines à lui avoir donner la solution à laquelle tu as pensé en 2 minutes.
  • Même si le désir de comprendre les choses, les gens, est naturel; il faudrait savoir accepter l’identité des gens sans la comprendre. J'ai un billet en brouillon à ce sujet.

Histoire de certaines discriminations

Si on sait comment tels groupes qui était extrêmement discriminé s'est retrouvé à être peu discriminé - par exemple les gauchers, ou les enfants de couples non marié - ça peut éclairer sur les discriminations actuels. Je suppose. Mais pour être honnête, j'y connais rien.

Introduire des nuances

Il y a beaucoup de règles que l'on donne comme absolue, et qui ne le sont pas. Simplement, dans la plupart des classes, on ne peut pas faire dans la nuance. Par exemple, dire de ne pas utiliser «pédé» comme insulte - même si c'est utilisé dans un cadre n'ayant aucun rapport avec l'homosexualité. Parce que beaucoup de jeunes supposerons que leur classe est homophobe s'ils entendent cette insulte employé à tout bout de champs. Resterons caché, n'oseront en parler à personne. Sauf que parfois, certains hommes aimant les hommes s'appellent pédé eux-même, ou les uns les autres. Quelqu'un qui voudrait aider à faire diminuer les discriminations et qui nous auraient écouter pourraient légitiment leur reprocher d'user ce mot. Dans ce cadre, il est utile de parler de «réappropriation de l'insulte», du fait qu'entre personnes qui se connaissent, qui sont concernées, dans un cadre clair, ça peut devenir acceptable.

Voir, on pourrait trouver des règles encore plus générales, telle que: si quelqu'un fait quelque chose d’apparemment contraire à l'intérêt d'un groupe auquel il appartient, commencer par chercher s'il n'a pas une bonne raison de le faire avant de lui expliquer comment il doit faire pour agir dans son intérêt... Ou au moins, chercher à comprendre pourquoi il fait ce qu'il fait; aller lui parler en questionnant, et pas en lui affirmant qu'il agit mal. Mais je suis sûr qu'on doit pouvoir trouver des contres-exemples, où cette règle serait une mauvaise idée.

Insister plus sur la biphobie

En général, on parle peu de biphobie. Parce que la majorité des cas de biphobie dont on pourrait parler sont des cas d'homophobie, ou très similaire. Par exemple, quand tel célébritée dit être bie, elle sera accusée de faire ça pour faire fantasmer son public; être à la mode. Mais finalement, on est très près de l'invisibilisation des lesbiennes. Cependant, dans une classe où l'on peut aller loin dans la discussion, on pourrait donner des exemples de biphobie dans les groupes homo. Par exemple, prévenir qu'il est courant que des anciennes lesbiennes, devenus bis, perdent leur groupes d'amis lesbienne le jour où elles sortent avec un homme. Où encore que certains gays refusent de sortir avec des bis. (L'inverse existe probablement, mais je n'en ai pas entendu parler). Pour résumer, parfois ces homos sont exclus par une partie de leur entourage; et puis parfois ils se retrouvent eux même à exclure d'autres gens.

Intersectionnalité

La dernière idée qui me vient, c'est l'intersectionalité. C'est à dire, expliquer comment plusieurs discriminations interagissent et ce renforce. Dans la vidéo qu'on passe, quelques personnes parlent de comment leurs origines/religions/couleur de peau interagit avec leurs vécus de LGBT. Mais encore une fois, on ne va pas très loin dans ce sujets. Et puis, l'intersectionalité avec les handicaps, les maladies mentales (est-ce que c'est parce que tu as fais une dépression/subit tel traumatisme que t'es devenu ce que tu es ?).

Notes

[1] et d'adultes

[2] Certes, on peut acheter d'occasion, revendre le premier... c'est pas la question.

[3] C'est souvent plus simple à retenir que les prénoms, car le nombre de pronom/règles d'accord est plus limité. En général, je retiens plus longtemps le pronom que le prénom.

lundi, avril 24 2017

Pourquoi je voterai au second tour

Ce qui suit est mon raisonnement pour l'instant; en aucun cas je ne prétend dire aux autres quelle est la bonne conduite à tenir. J'ai voté au premier tour, je voterai au second tour, mais je comprend totalement qu'on puisse juger plus utile de s'abstenir.

Je lis beaucoup de gens qui disent détester les deux choix proposés au second tour. De gens qui déclarent publiquement qu'ils voteront blanc ou s'abstiendront. J'ai pendant quelques minutes pensé suivre cette voix moi aussi.

La présidence apporte certains pouvoirs, mais à aussi un énorme poids symbolique. Je m'y connais franchement pas assez en politique, en économie, pour vraiment me rendre compte de si l'un sera vraiment pire que l'autre une fois qu'il/elle aura les pouvoirs que la constitution et la loi lui donne. D'autant que pas mal d'analyse semblent dire qu'aucun-e des candidat-e-s n'aura de majorité à l'assemblée nationale, donc -avec un peu de chance- les pouvoirs seront assez limités...

Par contre, au niveau du symbole, j'ai déjà une meilleure idée des conséquences. Je repense aussi à ce que j'ai lu de ce qui arrive là où Trump, le Brexit, ou un maire FN est passé. Cela libère des paroles, augmentent le nombre de violences, verbales et physiques, que se permettent les racistes. Notons au passage que ce sont des violences qui, à priori, ne me toucheraient pas directement. J'ai l'immense privilège de n'être jamais visé par les racistes.

Donc, je me disais: j'ignore si j'ai envie de voir Macron passer. Mais en y repensant, je réalise que laisser Le Pen passer aurait un coût; et la majorité de ce coût - le coût le plus direct - je n'aurai pas à payer moi-même. Je me trouverai alors très hypocrite de dire que j'accepte ce coût. Le fait que je connaisse des gens qui subissent le racisme et qui préfèrent aussi s'abstenir ne changeant rien à ce raisonnement.

mardi, avril 11 2017

Deux malaises en IMS

C'est assez étrange. J'en suis à ma 138ème IMS. Et j'ai réussi à être assez déstabilisé pour être mal à l'aise. C'est rare, et pourtant c'est arrivé deux fois en une journée.

Première anecdote

Pour la première fois, j'étais dans une classe où se trouvait deux personnes, d'apparences masculines, ouvertement en couple. «D'apparences masculines» n'est pas une précaution oratoire vide ici. Dans les questionnaire anonymes après débat, un-e élève a marqué que son genre est «genderfluid»(terme que l'on a pas introduit dans la discussion. On ne rentre pas dans le détail des différentes non-binarités.) Une autre a marqué «garçon à l'extérieur, fille à l'intérieure». Je ne serai pas très étonné qu'au moins un membre de ce couple était une de ces deux personnes.

Un détail était assez perturbant pour moi. J'avais plus l'impression d'avoir à faire un couple de série télé qu'à un vrai couple. Comme s'ils voulaient montrer qu'ils sont en couple. Ça me semblait surjoué. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autres couples commenter le fait qu'ils sont en couple. J'y ai pensé lorsque, suite à une histoire de sac à dos, l'un des deux à dis à l'autre «Je t'aime, mais là t'es chiant». D'un autre côté, un couple d’apparence hétéro, j'y aurai sûrement moins prêté attention, et donc n'aurait pas remarqué que c'était surjoué. Et puis, il est possible que je me projette. Ne comprenant toujours pas ce que c'est sensé être, un couple, je pense qu'il m'arrive de tenter de jouer le fait d'être en couple, quand je suis avec une des personnes avec qui je suis en relation et avec d'autres gens.

Durant les interventions, on pose souvent une question: «Si vous avez un enfant, plus tard, et qu'il/elle vous dit être homo, comment vous réagiriez.» Il est rare que les classes soient en désaccord. Soit la majorité n'en a rien à faire pourvu qu'il soit heureux. Soit la majorité dit que c'est pas possible. Dans cette classe, la majorité n'en avait rien à faire. Sauf 2 ou 3 qui disaient qu'ils aimeraient pas du tout. Quelques minutes après, alors que ça a sonné, la personne en couple mentionnée plus haut me dit «si mon enfant est homo, si un jour j'ai un enfant, je crois que je pleurerai. Parce que je ne voudrai pas qu'il vive ce que j'ai vécu au collège.»

J'ai tenté de dire qu'on tente de faire avancer les choses, on peut espérer que ça sera différent. Ce qui était pas forcément le truc pertinent à répondre. Mais, malgré 137 interventions, il m'arrive encore de devoir improviser dans des situations imprévus. Et puis, j'ai repensé à ce qu'il a dit. J'ai pas eu tellement de détail sur ces années collèges. Mais visiblement, c'était pas cool. Et, étrangement, ça m'attriste énormément. Parce que ce n'était plus des histoires de groupes ou des statistiques, mais des propos personnel. Ce témoignage, ça m'attriste d'y repenser.

Types de bénévolats.

Cette anecdote illustre, je trouve, la raison pour laquelle parmi toutes les manières d'agir, je reste sur les interventions. Rien qu'au mag, il y a au moins deux types de bénévoles, si on laisse de côte le conseil d'administration. Il y a les intervenants (pour les écoles) et les accueillants. Même à l'époque où j'étais assez jeune pour fréquenter les permanences, je n'ai jamais voulu faire d'accueil. Parce que je n'ai jamais voulu être la personne qui a le premier contact avec les nouveau et les nouvelles, et qui risque donc d'en apprendre beaucoup sur leurs vies. Vies qui sont parfois assez complexes, par exemple à cause des LGBTphobies. C'est aussi pour ça que je pense que je ne tenterai jamais d'être bénévole au Refuge, et que je ne recueillerait pas de témoignages pour SOS homophobie. Je suis BEAUCOUP plus à l'aise face aux groupes que face aux individus.

Cette notion de discussion en groupe fait aussi que, quand un élève tient un propos homo/biphobe, je ne le prend pas pour moi[1]. La dernière fois qu'un élève m'a dit qu'il est normal de tuer les homos, ça ne m'a même plus touché.

Deuxième anecdote

Dans le même établissement, la 2ème IMS dure 3h30 au lieu de 2 heures. Une dizaine d'élèves intéréssé-e-s sont restés après la fin des cours. Une élève fait son coming-out non-binaire, xénogenre, mavérique, chat. Iel rajoutera otherkin plus tard. Si vous ne connaissez pas ces mots, ce n'est pas vraiment grave pour la suite du propos. Et sinon je vous encourage à chercher sur internet. Les textes de gens concernés me semblent mieux que ce que je pourrai écrire.

D'ailleurs, je ne connaissais pas le mot mavérique, et sur twitter, j'ai marqué «Mavérick». Une amie me donne la bonne orthographe. Une inconnue nous répond «cadavérique»[2]. Je soupçonne que cette inconnue m'a inclu dans les destinataires de la réponse parce que l'interface de twitter à changer récemment et que les nouveau «répondre à tous» ressemblent aux anciens «répondre à l'expéditeur».

Grâce à twitter, je suis au courant que certaines personnes s'intéressant aux questions trans n'apprécient pas du tout les xénogenre. J'ai d'ailleurs déjà parlé de comment cette information influe ma manière de traiter ces sujets en IMS. Je savais donc que si je déclarais aborder ces sujets en IMS, mon association serait qualifié de transphobe. Pour l'instant, de toute façon, la question ne se pose pas trop. On a seulement une heure 50 par intervention, et rarement le temps de traiter tout ce qu'on aimerait traiter. Donc rajouter le détail des différents genre non-binaire n'est pas à l'ordre du jour.

Ici, le sujet est différent. Un-e lycéen-ne déclare être mavérique(avoir un genre mavérique ?). Même si j'ignore quel précis contient cette réponse «cadavérique» (je ne me vois pas aller demander une explication de texte). Cependant, l'idée qu'un-e lycéenne soit qualifié-e avec ce mot là me met franchement mal à l'aise. Je sais que la notion de mavérique gène certaines personne. Par exemple parce qu'elle ressemble à des arguments sorti par des personnes transphobes. Sauf que là, je ne parlais pas de la notion de mavérique en générale, mais de l'identité d'une élève. Donc j'ai l'impression que ce cadavérique s'applique aussi directement à cet élève.

Encore qu'honnêtement, je sais pas pourquoi je suis si mal à l'aise. D'une part, la personne concernée n'a pas connaissance de ce court échange. Et qu'en plus, vu ce qu'iel m'a raconté de ces actions militantes, iel a déjà remarqué que cette part de son identité déplaisait. Et iel a subit pire lors d'actions contre la manif contre tous[3].

Apparté

Je profite de cet anecdote pour partager une question que je me pose. Je serai quand même intéressé par avoir une méthode qui me permet de déterminer si quelque chose est un genre ou non. Je sais bien que cette méthode variera d'une personne à l'autre, mais quand certains me disent qu'il y a plus que les deux genres officiels ET qu'il y a des choses qui ne sont pas un genre, alors ça semblerait une information pratique à avoir.

Notes

[1] Je ne prend pas les propos transphobe pour moi, mais ça, c'est sûrement car je suis cis.

[2] Je ne met pas de lien, car mon but est pas d'envoyer d'éventuelle lecteur/trice-s répondre à cette personne.

[3] Je ne rentrerai pas dans les détails, ça risquerait de rendre la personne identifiable.

jeudi, avril 6 2017

Dire en IMS comment faire son coming-out

Mon premier souvenir relatif au coming-out (co) des élèves, c'était une classe de 4ème. Un élève y fit un co bi, dans l'indifférence de sa classe. Quelqu'un a demandé s'il avait bien entendu, et c'est tout. J'ignore si c'est lui ou pas, mais sur un questionnaire après débat, quelqu'un a suggéré qu'on parle de coming-out à l'adolescence.

Récemment, une personne a demandé des conseils pour faire un CO. En particulier, iel demandait comment expliquer ce que c'était qu'être non-binaire. En effet, faire un CO concernant un mot qui n'est pas connu rend le mot plus complexe à faire. Ce jour là, j'ai enfin compris pourquoi «comment faire son CO» n'est pas un sujet qu'on aborde. Quand bien même ça a été quelque fois demander. Ou plutôt, on donnait des témoignages, par vidéo ou directement en face à face. Mais c'est tout.

Contrainte pratique

La première raison pour laquelle je n'ai pas l'habitude de parler de la manière de faire son CO, c'est tout simplement le manque de temps. On a déjà du mal à dire tout ce qu'on veut dire. On n'est donc pas en recherche de propos à rajouter. Encore moins si ce n'est pas des propos où l'on sait exactement ce qu'on doit dire.

Et puis, cette question n'est pertinente que pour les gens qui sont/seront en situation de devoir faire un CO. Ça serait étrange de tenir un propos qui laisse de côté une grande partie de la classe. En général, on tente d'avoir un propos qui soit pertinent pour les gens en questionnement aussi bien que pour les LGBTphobes.

Pire, si on leur dit «voilà comment faire votre CO», on sous-entend qu'il y a des gens qui devront faire un CO dans la classe. Qu'il y a probablement, statistiquement, des LGBT parmi eux. Et souvent, les fois où l'on fait ça, la première réaction des élèves est de chercher à savoir qui est homo. Ce qui est probablement stressant pour quelqu'un qui n'aurait pas encore fait son CO. À la place, on dit qu'on ne cherche pas à savoir les orientations sexuelles des gens. Ce que n’entraîne pas de soupçon, vu qu'on répond souvent ça aux élèves quand ils nous disent qu'ils sont hétéro. Bref, dire aux gens comment faire un CO demanderait à ce qu'on dise officiellement: il y a peut-être des LGBT ici.

Enfin, admettons qu'on brise cette règle et qu'on leur dise comment faire un CO... ça resterait très dur sans savoir à qui on s'adresse. Le CO est assez différent en fonctions des familles, par exemples. Donc ça nécessiterait presque qu'on puisse interagir avec la personne qui pense à faire un CO. Et donc que la personne ait déjà fait son CO à la classe. Ce qui rend déjà la discussion moins utile. En fait, la seule solution que je vois serait une solution en tête à tête. C'est possible au local du MAG, avec les accueillants. Même qu'on leur dit comment nous trouver. Mais, pour l'instant, je ne vois pas mieux.

Pas de solution

Et puis, la deuxième raison pour laquelle je ne parle pas de la manière faire son CO, elle est encore plus bête que la première.

On ne dit pas comment faire son CO, parce que, malheureusement, on n'a pas de solution. Il n'y a pas de technique[1] pour que ça se passe bien. En particulier, si ça se passe déjà mal, on a pas de solution pour que ça s'améliore. Plus précisément, il y a peut-être des techniques qui, statistiquement, font que ça se passe mieux avec tel méthode que tel autre méthode, mais on ne les connaît pas. J'ignore même comment un scientifique, en science humaine, ferait pour quantifier ces techniques. Bon, on peut conseiller de dire au parent de voir Contact, une association de familles de LGBT. On peut leur dire que parfois, ça se passe bien. Mais ça va pas très loin.

On peut aussi dire que certain-e-s, même si ils/elles ont du couper les ponts avec (une partie de) leurs familles, déclarent s'être créé une nouvelle famille, au MAG ou ailleurs. Mais c'est assez négatif. Ou plutôt, c'est positif du point de vue de quelqu'un déjà dans une situation très négative. Mais de la part de quelqu'un qui ignore comment le CO se passera, c'est très négatif.

En fait, la réponse cohérente de quelqu'un qui veut/doit rester avec sa famille, s'il/elle suppose la famille homophobe, c'est de cacher la part de son identité qui serait rejeté. Sauf que c'est très dur d'être caché. Personnellement, il me serait contre-intuitif de conseiller ça à quelqu'un. Je dirai même que «tu dois rester cacher» est un ordre tellement mal vu que des gens pourraient probablement nous qualifier d'homophobe - pas forcément à tort - si on conseillait ça. Ce n'est que récemment que j'ai compris ce qui, selon moi, était la moins pire réponse à apporter. Je répète ce que j'ai déjà écrit, et que j'ai récemment dit à un-e élève. On n'a pas de réponse. On ne te dis pas que tu dois le dire ou le taire. On te dit juste qu'il y a des risques, et que c'est à toi de décider si, pour toi, ça vaut le coup de les prendre ou pas, par rapport à ce que ça peut t'apporter.

Certains élèves comprennent cette dernière phrase. Je ne suis pas sûr que tous les élèves à qui on s'adresse ait assez de maturité pour la comprendre. Malheureusement, c'est quand même à lui/elle de faire son choix, puisque maturité ou pas, c'est pas ce qui empêche un parent de mal traiter son enfant.

Alors, comment on fait

Malgré tout ce que j'ai dit plus haut, je pense que la question reste pertinente. Il faudrait probablement en discuter entre intervenants. Je propose ici quelques pistes de réflexions en vrac. Une liste des méthodes les plus classiques.

  • D'abord, déterminer quel est ton but. Est-ce simplement que tout le monde sache que tu es LGB ou T ? Indiquer aux autres homo/bi que tu l'es, et donc qu'ils peuvent te draguer ? Pouvoir tenir la main de ton/ta copain/ine en public sans surprendre les gens ? Demander aux gens de te parler avec le prénom/genre qui te conviens ?
  • En fonction du premier point, déterminer qui doit être au courant ? Et aussi à qui ces gens là le répéteront, car ça reste rarement un secret.
  • Déterminer aussi quels sont les conséquences probables. Histoire d'anticiper, prévoir un plan B si ça se passe mal.
  • Déterminer la manière de le dire ? Certain-e-s font une annonce à leur classes, d'autres portent un arc-en-ciel et attendent qu'on leur disent pourquoi. D'autres encore - c'est mon cas - en parlent comme si ce n'était pas un sujet important. Et vont directement agir comme si tout le monde savait qu'on était potentiellement LGBT[2]. Et directement dire que tel personne, de notre genre, nous plait. Ou parler de soit du genre désiré, même si ça va surprendre des gens.

Notes

[1] J'ai eu envie d'écrire: pas d'algorithme.

[2] Honnêtement, je connais très mal le sujet T, ou NB, donc je ne sais pas à quel point ce propos est pertinent.

lundi, avril 3 2017

Consentement et persuasion

Lors d'une discussion sur la notion de consentement, j'ai découvert qu'un point qui me semblait évident ne l'était pas tant que ça. Si tu as suivi des cours de commerce, de debating, si tu as lu le best seller qu'est le petit guide de manipulation à l'usage des honnêtes gens, etc... tu es sensé savoir persuadé des gens, les influencer. Où alors ces objets on mal fait leur boulot. Ça ne suffit pas pour controler leurs vies ou pousser ces gens à faire quelque chose avec lequel ils sont fondamentalement en désaccord. Mais ça peut être assez pour vaincre une hésitation.

ce qui pose un souci, si tu tiens à respecter le consentement de la personne avec qui tu es - En particulier le consentement enthousiaste. Quand tu demandes à quelqu'un s'il/elle est consentant-e pour une activité X, parmi toutes les manières de formuler ta phrase, tu ne peux plus prendre une formulation aléatoire. On pourrait imaginer que quelqu'un, sans ses formation, choisira une formulation ou une autre, et en moyenne on peut considérer que cette personne aura une réponse honnête. Mais la personne avec ses formation n'aura plus la possibilité de juste prendre une formulation quelconque, puisqu'elle sait automatiquement ce que tel ou telle formulation implique.

À ce problème, j'ai proposé une réponse qui me semble évidente[1]. Formule ta proposition de manière à pousser l'autre à refuser X. Et là, si la personne veut toujours, tu sais qu'il y avait un consentement enthousiaste.

Deux petites précisions. Je n'encourage pas à dire «je ne veux pas faire X», ou de manière générale à mentir. Si l'autre refuse juste parce qu'elle croit qu'on n'en a plus envie, ça ne répond pas à la question initiale. Et surtout, je ne dis pas d'utiliser de la psychologie inversée, de la provocation. Ni de lui dire «je vais te faire refuser X». Simplement, si on admet l'hypothèse qu'effectivement tu sais persuader, alors tente, en toute bonne foi, de persuader de refuser l'activité.

Note

[1] Et certains m'ont dit que ce n'était pas le cas.

lundi, mars 27 2017

Intolérance au mot tolérance.

«C'est un hymne à la tolérance.» est une expression qui m'agace un peu. Et j'aimerai bien indiquer quelques règles, qui, selon moi, rendent ce mot hypocrite ou non. Je ne donnerai pas d'exemples précis, parce que j'ai pas envie de dire de mal de tel ou telle œuvre. D'autant que tous les exemples que j'ai cherche à défendre des idées que, en gros, je partage. Simplement, défendre n'a pas forcément grand chose à voir avec tolérer.

Tel que je comprend tolérance[1], cela se réfère à quelque chose qu'on n'apprécie pas. Ça n'aurait aucun sens de dire que je «tolère» l'homosexualité alors que j'ai utilisé cette étiquette pendant une décennie et que je participe encore à des actions visant à diminuer l'homophobie (entre autre).

Par contre, quand je lis des témoignages de LGBT dont les parents ont été à la manif contre tous, en particulier de jeunes qui ont du y aller avec leurs parents, je ressens l'envie que cette manif' soit interdite. Donc, je peux dire que, consciemment, je tolère l'idée que la manif soit autorisée. Par exemple, parce que je me dis qu'interdire une manif' serait une très mauvaise pente glissante, et que ça ne s'appliquerait pas qu'aux idées qui me déplaisent. Bref, je ne suis pas en train de défendre l'existence de cette manif, encore moins de prétendre qu'il est positif que cette manif' existe. Mais, là, on peut parler de tolérance.

Pour résumer, et si je comprend bien le sens de ce mot, «tolérer» signifie d'accepter quelque chose malgré qu'on soit contre cette chose.

À qui l'œuvre est-elle diffusée ?

Pour moi, c'est la première question à se poser. Si l'œuvre est diffusé uniquement dans un groupe de gens déjà convaincu par le message principal, alors il me semble que le mot «tolérance» n'a RIEN à faire dans la description de l'œuvre. Puisque, justement, les spectateurs/trices, auditeur/trice-s, vont déjà être en accord avec le message. Cela s'oppose donc à l'idée même de tolérance, puisqu'il n'est pas demandé à ce que la personne qui profite de l'œuvre accepte quelque chose qui lui déplaît.

Ou alors, à la limite, si l'œuvre en profite pour avoir un message qui est peu commun dans le milieu visé, pourquoi pas. Disons que le public est majoritairement gay, si l'œuvre encourage les gens à penser à inclure les problématique lesbiennes ou bi, le mot tolérance pourrait commencer à avoir du sens[2]. Ça serait encore plus vrai si l'œuvre encourage ces gays à arrêter de prétendre que ce sont les efféminés qui donnent une mauvaise image, par exemple.

Un dernier exemple, si l'œuvre disait de ne pas en vouloir aux parents qui ont rejetés leurs enfants, pourvu qu'ils aient changé d'avis après, qui tente d'expliquer ce qui se passe dans la tête des parents à ce moment là, qui les humanise, alors on pourrait vraiment parler de tolérance. Je ne suis pas du tout sûr d'avoir envie de voir ce genre d'histoire. Mais, c'est bien parce que c'est quelque chose qui me déplaît que le mot tolérance prendrait son sens. Et honnêtement, j'ai jamais vu d'œuvre décrite avec le mot tolérance et qui me demande vraiment d'accepter quelque chose qui me déplaît.

À qui s'adresse l'œuvre

C'est une question différente, de savoir à qui elle s'adresse et à qui elle est destinée. L'artiste ne choisit pas forcément son public, les visiteurs[3] de son site web, ses lecteur/trices. Pour moi, ce n'est pas une question importante. Si je créais une œuvre, même si je voulais l'adresser à la manif contre tous, j'aurai à peu près aucun moyen de le faire. À la limite, je pourrai m'adresser à quelques personnes individuellement par email, par mention twitter, mais c'est tout. Et pourtant, le docu-fiction sur les interventions en milieu scolaire, ça pourrait montrer à certain-e-s que, contrairement à l'idée qui avait été rependue, on n'est pas là pour apprendre aux enfants comment avoir du sexe[4].

D'ailleurs, je connais des œuvres qui disent «vous» à un auditeurs (imaginaire), en supposant que ce «vous» est homophobe. En fait, «vous» représente la société, dans ce cas là. Sauf que ça ne représente pas le public de l'artiste disant ça. C'est donc assez ridicule quand on y réfléchit. Même si, quand on y réfléchit pas, on peut se dire «je suis avec l'artiste, du bon côté de l'Histoire, et je le soutiens, moi aussi je Vous parle...» Sauf qu'à la fin, le «Vous» est vide, puisque tout le monde sera soit avec l'artiste, soit l'aura ignoré.

Ça a du sens d'un point de vue communication. Et si ça marche, que l'œuvre a du succès, ça augmente aussi les chance que ça soit diffusé à la télé, mentionné dans des grands médias, et donc que ça touche enfin les gens qui sont contre avec l'idée principale du message.

Pour conclure cette partie, prenons une œuvre. Disons qu'elle tente de montrer comment l'homophobie ravage la vie de certains jeunes en questionnement. Selon qu'elle soit projeté dans un festival LGBT ou selon qu'elle soit diffusée sur une chaîne nationale, c'est ça, selon moi, qui permettra d'utiliser de façon non hypocrite le mot tolérance. Ce n'est pas l'œuvre qui est un hymne à la tolérance, c'est bien le choix de la diffuser ou non à un très large public.

Est-ce que l'œuvre explique ?

Selon moi, c'est la seconde question à se poser.

Je vois beaucoup d'œuvres qui partent du principe qu'on est d'accord avec certaines idées et qu'on est déjà un peu au courant d'un certains nombres de faits. Cette dernière phrase est d'une grande platitude[5]. C'est indispensable de partir de ce genre de principe. On partage une culture commune, une langue commune, elles ont avec elles leurs bagages, leurs histoires, leurs sous-entendu clair mais non explicités.

Mais il y a ces idées partagées par, disons, 95% de la population adulte. Et puis il y a des idées partagée par moins de 10% de la population, mais par 95% des gens qui fréquentent régulièrement certains milieux. Ces idées sont répétées, travaillé, reprises, dans ce groupe. Tournent peut-être d'un groupe à un autre, avec des affinités. Mais n'atteignent jamais la notoriété nationale, avec les médias de masses, que ce soit la télé ou l'école.

Idées cachés.

Faire référence à ces idées partagée par peu de gens n'est pas grave en soit. En particulier, si cette référence n'est pas indispensable à la compréhension de l'œuvre. Ça créera un lien plus fort avec le public qui a compris le message, et sera ignoré par le reste des gens. Ça montre aussi aux gens partageant l'idée qu'ils ne sont pas seuls, qu'il y a une communauté, ça peut donner du courage. D'autant plus que ces gens vont voir que des gens peuvent communiquer publiquement à ce sujet.

Mais encore une fois, le mot tolérance n'aura rien à faire là. C'est peut-être une œuvre engagée, politiquement incorrecte, donneuse d'espoir/de leçon, moralisatrice... mais si le message est caché, incompréhensible, on ne peut même pas imaginer que ça pousse quelqu'un à tolérer quelque chose.

Idées non expliquées.

Et parfois, l'artiste est tellement sûr que tout le public est avec iel qu'aucune explication n'est donné pour introduire un long passage. Par exemple, une humoriste se moquait de l'hypocrisies des bourgeois-e-s blanc-he-s défendant Exhibit B. En fait, elle parlait de pleins de choses, mais il se trouve que cette fois, j'avais la référence et je savais quelle était la problématique.

C'est une humoriste engagé, je ne lui retirerai pas ça. À priori, je n'ai pas de raison de supposer que le public soit entièrement acquis à la cause anti-raciste. Enfin, si. Probablement que personne ne se décrira comme raciste; ce n'est pas pour autant qu'iels sauront quels sont les dernières actions (anti-)racistes qui ont lieux en France. Donc, clairement, la réponse a ma première question est «les gens entendant ce sketch ne sont pas tous déjà convaincus». Par contre, puisqu'en pratique, rien n'est fait pour convaincre les spectateur/trice-s de ces idées. Ni même pour les convaincre d'entendre ces idées. Donc selon moi, le mot tolérance ne s'appliquerait toujours pas.

Conclusion

Si un jour, je créé quelque chose pour rendre les gens tolérants, hésitez pas à ressortir ce billet. Je doute que je l'ai oublié. Par contre, je serai peut-être devenu hypocrite.

Notes

[1] Mettons de côté le sens biologique comme celui de la tolérance au gluten

[2] Il y a un bon nombre de gay qui pensent que les questions autours de la PMA ne sont pas importantes, parce que bon, tomber enceinte, ça peut toujours se faire comme on l'a toujours fait. Et les bis sont juste des gens qui assument pas... Je fréquente pas beaucoup de gens ayant ces propos, mais ça m'arrive d'entendre ça.

[3] J'ai voulu dégenrer ce mot... je me suis fait bugger tout seul.

[4] Ce tweet arrive peu avant que je veuille publier ce billet, j'ai une chance pas possible.

[5] Pour le reste du blog, du billet, j'en sais rien. Mais cette phrase, c'est évident.

vendredi, mars 24 2017

Faut-il être formé pour participer à une action

En général, quand j'écris un billet de blog, j'ai soit une question, soit une opinion. Là, j'ai deux avis contradictoires sur le même sujet. Est-ce qu'il faut être formé-e pour participer à une action ? Bien su, je parle de mon expérience de faire des interventions contre des discriminations, mais je pense que certaines réflexion se généralise. Je vais parler de LGBTphobie et sexisme, mais je suppose que ça se généralise facilement à d'autres sujets. Je précise aussi que je parle uniquement de formations théoriques ici, se renseigner sur les sujets dont on va parler, ainsi que sur les sujets liés. Il me semble aller de soit que des formations pratiques restent indispensable. Qu'on ne met pas un intervenant-e devant une classe sans qu'il ait observé des interventions, et sans qu'ils ne soit déjà intervenu avec un intervenant-e confirmé. L'échange entre intervenant-e-s, qui constitue aussi de la formation, est rapidement indispensable.

La formation théorique est une question vraiment importante, parce que un certains nombre de gens nous rejoignent en en pensant, plus ou moins, qu'il suffit de bonne volonté, de temps libre, de savoir que être *-phobe c'est mal. Et parfois aussi qu'il faut accepter de témoigner de son vécu... En tout cas, c'est ce que je pensais en commençant. Il devrait vous sembler clair que j'ai changé d'avis depuis.

Ça peut être dispensable

Je vais d'abord expliquer pourquoi la formation peut être parfois omise. Je vais séparer les gens en deux catégories, mon argument étant assez différent dans ces deux cas.

D'abord, il y a des gens qui n'aiment pas se former. Qui n'aiment pas lire, qui ne sont pas intéressé par les propos abstraits et théoriques. Je ne crois pas que ça les empêcheraient d'êtres de bons intervenant-e-s. Après tout, nous ne faisons pas un débat académique. Rendre certaines formation obligatoires nous priverait de ces intervenants. Si on leur laisse le choix: formez vous ou partez, il va de soit qu'ils sont libre de partir. D'ailleurs, j'ai vu beaucoup de gens venir au mag et jamais observer, ou bien observer et jamais intervenir, ou encore intervenir quelques mois puis partir.

Ensuite, il y a les gens qui aiment se former. Encore plus pour eux, être formé-e n'est pas indispensable. Pour une raison toute simple, c'est que plus on est formé-e, plus on se rend compte qu'on est ignorant-e. Le mieux est l'ennemi du bien, si seul les perfectionnistes pourraient agir, peut-être que les interventions seraient mieux. Mais elles seraient moins nombreuses.

Dans les deux cas, mon argument se résume a: Vu le nombre d'intervenant-e et le nombre de gens à former, j'estime que la quantité prime sur la qualité. Jusqu'à un certain point, ça s'entend, il faudrait pas d'une personne qui se mette à expliquer aux élèves que le terme de pédé n'est pas vraiment insultant, ou à expliquer aux enseignants qu'il est normal que cette classe soit homophobe quand on voit que les élèves sont insérer ici un mot raciste. (Inutile de vous dire que le type qui nous a fait ce coup là n'intervient plus avec nous !)

Pour l'anecdote, je ne me place moi même dans aucune des deux catégories. J'aime la théorie en général. J'adore lire. Mais quand je vais dans une librairie, je n'éprouve pas d’attirance pour les livres traitant de théorie sur les humains. Je préfère soit les théories mathématico-informatique, soit les histoires avec des humains.

C'est indispensable

Et maintenant, je vais expliquer pourquoi il est indispensable de se former.

D'abord, même en étant deux intervenants, nos vécus ne couvriront jamais tout ce dont il y a à parler. Il est extrêmement rare qu'on se retrouve avec homme et femme, trans et cis, pan, homo et a[1], racisé et non racisé.

D'ailleurs, on pourrait se demander ce que le dernier adjectif fiche ici, puisque le racisme n'est pas un sujet qu'on aborde en profondeur. Sauf qu'il arrive souvent que des élèves nous disent que «chez eux», dans «telle catégorie de population», il n'y a aucun homo. On a certes l'argument qu'on connait des homos de cette catégorie, mais c'est un peu court, comme réponse. Là vidéo de témoignage peut nous aider, vu que des gens concernés parlent d'eux-même, mais ça reste court comme réponse. La formation théorique commence à devenir indispensable pour avoir des choses pertinentes à dire. Par exemple, connaître Aboû Nouwâs, qui montre bien qu'il y a des siècles il y avait déjà au moyen orient des hommes parlant d'amour des hommes. Il peut aussi être utile de savoir qu'on trouve, en France entre autre, des gens qui ont décidé de quitter leur pays, entre autre pour ne pas avoir l'obligation de se cacher[2]. Quoi que ce ne soit pas trop de la théorie, vu qu'on a connu des gens concerné dans l'association. Et ensuite, on peut demander aux élèves d'imaginer ce qui serait arrivé si la personne avait révélé être homo avant de partir.

Mais revenons sur les sujets qui concernent directement nos interventions. Prenons la notion d'a-(romantisme/sexualité). Pourvu que l'intervenant-e ne soit pas a lui/elle même dans cette catégorie, et que son/sa co-intervenant-e ne soit pas non-plus a(romantique/sexuel). Que peut-iel dire ? Répéter ce qu'iel a observé dans d'autre IMS. Sans forcément bien comprendre, en déformant ? Pour avoir une chance de ne pas dire de bêtise, une formation plus théorique commence à devenir indispensable. En particulier, parce qu'il est utile de se rendre compte qu'il y a plein de cas différents. Déjà, des gens asexuel sans être aromantique, ou le contraire. Et puis des gens asexuels qui détestent l'acte, et d'autres qui n'ont pas envie mais qui n'ont rien contre non plus. Je dirai même plus, même si on connait une personne a, on peut parler de cette personne, mais ça ne sera qu'un cas particulier. Et même une personne a qui aurait pas lu des témoignages d'autres gens ne sauraient pas forcément que son cas n'est pas une généralité. Je suppose qu'il vaut mieux généraliser un peu trop que de ne pas en parler. Dire que ce mot existe permettra aux gens potentiellement concernés d'aller se renseigner, savoir quel mot taper dans son moteur de recherche favori. Mais si on peut éviter de dire que «Les asexuels sont ceci/cela», ça peut être bien aussi.

Certain-e-s lecteur/trice[3] auront peut-être remarqué que tout le paragraphe précédent s'applique aussi aux homos, aux bis... Par exemple, pour ces groupes là aussi, on peut faire la différence entre orientation romantique et orientation sexuelle. Pourtant, tout le monde ne se fait pas cette réflexion par ellui même. En effet, il y a des gens pour qui les orientations sexuelles et romantiques correspondent, et qui n'ont pas besoin de se poser cette question. De même, ça peut être utile de savoir que le mot homo ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour certain-e-s, c'est une identité, quelque chose de fondamental pour elleux. Pour d'autres, c'est juste la constatation qu'iels ont surtout été attiré par des gens de leur genre.

La théorie est aussi indispensable dès qu'on nous pose des questions non personnelles. Par exemple, pourquoi telle célébrité à décidé de dire qu'iel est homo ? Sans forcément connaitre la réponse pour tous les homos célèbres, ont peut se rendre compte qu'un petit nombre de raisons reviennent. Et ce n'est pas forcément évident si on ne les a jamais lues. Disons qu'on nous demande si on peut «redevenir hétéro». L'idée peut nous sembler absurde, à première écoute. Ou bien quelconque, puisque les gens évoluent avec le temps. Il peut être pratique d'avoir un peu lu sur les «gay camp», et autres traitement médicaux, pour montrer à quel point l'idée peut aussi être dangereuse.

Parlant d'idée dangereuse, il y a des règles qui ont des exceptions. Sans théorie, c'est dur de les justifier. Par exemple, dire «pédé» est considéré comme quelque chose de négatif, à ne pas faire. Mais quand quelqu'un nous dit qu'un pote se décrit lui-même comme pédé, il me semblerait impensable de lui dire que son pote à tort. Il faut donc pouvoir parler de la notion de réappropriation de l'insulte, expliquer pourquoi, dans certains cas, la règle habituelle ne s'applique pas, mais qu'il faut y faire attention. En général, ça leur parle si on parle avec des termes que les gens racisés peuvent employé entre eux, mais qui seraient raciste si des nons-racisés l'employaient. De même, si on parle de cliché. Certain-e-s intervenant-e-s tiennent à dire qu'en général, les clichés sont faux. Qu'il y a plein de lesbiennes non butchs et de gay non efféminés. C'est quelque chose de très naturel à faire, puisque beaucoup de jeunes en questionnement se disent «je ne peux pas être homo, je ne ressemble pas à ce que la télé me montre des homos. Je refuse d'être ça, ils/elles sont ridicules !» Donc, il est indispensable de rassurer ces jeunes et de leur dire «si t'es gay, ça veut pas dire que tu seras comme ces candidats de télé réalité», qui d'ailleurs sont des comédiens à qui on a demandé d'exagérer. Mais il faut de la réflexion pour réaliser qu'il faut aller au delà. Aider des gens en rejetant d'autre n'est pas acceptable. Il est rare que dans une classe, quelqu'un revendique le droit de ne pas se conformer aux normes de genres attendus. Mais si quelqu'un souhaite ou souhaitera le faire, c'est important qu'il n'entendu pas que même des gens LGBT sous-entendent que c'est quelque chose de mal. Et que ça serait une raison de moquerie légitime. Important qu'iels sachent que l'association est un lieu où, s'iels on pourront être de la manière qu'iel considère être vraiment elleux-même sans se cacher. Donc, très important, quand on dit que la plupart des homos ne respectent pas les clichés, de rajouter que certains homos respectent les clichés - tout comme certain-e-s hétéro respectent les cliché homo - et que ça n'est pas moins acceptable. Que si on leur dit ça, ce n'est pas pour leur dire qu'ils ne doivent pas l'être, juste pour leur dire qu'ils ne se transformeront pas en ce cliché s'ils assument être homo.

Notes

[1] Aromantique/asexué. Sans attirance.

[2] Vous pouvez lire le dernier tétu, qui parle de ce sujet. Disclaimer, je suis «ami facebook» avec le nouveau rédacteur en chef de Tétu.

[3] En supposant votre existence

jeudi, mars 23 2017

Les définitions (ne) sont (pas) importantes

Le point qui m'est le plus contre-intuitif le plus régulièrement dans les textes sur les questions de société, c'est les questions relatives aux mots et à leurs définitions. Et j'arrive à être surpris par les gens qui n'ont pas de définition unique et par les gens qui ont une définition absolue et indiscutable.

Pas de définition unique

Quand j'ai participé à une étude d'un géographe sur le polyamour à Paris, j'ai été étonné que sa première question soit: «comment tu définis le polyamour ?» Il fait de la recherche à ce sujet, naïvement, je m'attende à ce qu'il sache ce qu'est le polyamour. Tout comme il ne me viendrait jamais à l'idée de demander à qui que ce soit: «comment tu définis un automate ?»[1].

Quand j'ai lu un texte d'introduction à la philosophie des sciences, je me souviens avoir eu énormément de mal à considérer sérieusement un texte qui dit «la causalité selon Tel auteur». Parce que, dans les maths que je connais, si un objet est central, il a en général une définition précise et universellement accepté. Ou alors, il a plusieurs définitions, qui sont équivalentes, et un des premiers résultat de chaque livre est de montrer que les définitions sont équivalentes. Ce qui fait qu'une fois qu'on connaît toutes les définitions, on n'a jamais besoin de préciser laquelle on utilise, puisque ça ne change absolument rien. Étant donné que la notion de causalité est indubitablement centrale en philo des sciences, je m'attendais à ce qu'il y ait UNE définition. Potentiellement d'autres définitions secondaires appartenant à l'histoire de la discipline, plus utilisé aujourd'hui. D'autres définitions anecdotiques, histoire de montrer le côté vivant, l'évolution qu'à eu le domaine autrefois. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait des polémiques actuelles, puisque je ne compte pas travailler dans le sujet, je voulais une définition clef en main.

Bon, bien sûr, même les mathématiciens peuvent souvent considérer des variations sur une définition. Dans mon domaine, on a pleins de types d'automates. Mais en général, on dira automate de Büchi, de Muller, fini, à pile... Mais quand on dit automate de Büchi ou machine de Turing, c'est pas en opposition à une autre définition. C'est juste que, intuitivement, c'est similair à un automate, donc on garde le même nom de base pour aider l'intuition. Mais on rajoute un nom histoire d'indiquer qu'en aucun cas il ne faut confondre les deux, ce sont deux objets différents.

Pour continuer sur mon habitude de mathématicien, il arrive aussi qu'un même mot ait plein de sens différents. L'exemple classique est le mot «normal», qui aura un sens totalement différent s'il qualifie une distribution de probabilité ou un sous-groupe - par exemple. Mais comme c'est des objets totalement distinct, sans aucun rapport, il n'y a aucune ambiguïté possible. On n'a même plus besoin de préciser de quel définition on parle, puisqu'il est impossible[2] de parler d'un sous-groupe normal d'une probabilité.

Tout ça pour dire, si: superficiellement, on est habitué à avoir plusieurs définitions pour un mot. En réalité, la définition est toujours unique.

LA définition indiscutable

Bon, supposons maintenant qu'on soit dans un des rares cas mathématiques où il y a une ambiguïté. Où un même mot pourrait avoir légitimement deux sens différents. Je ne connais aucun-e mathématicien-ne qui refusera de remplacer le mot par sa définition. En Coq, ça s’appelle la delta-reduction[3]. Si le mot disparaît, plus d’ambiguïté. Il ne faut pas faire disparaître plein de mots, et en particulier pas faire disparaitre des mots qui sont apparus lors d'une autre disparition, sans ça, le texte deviendra incompréhensible. Mais une seule étape de remplacement, ça reste acceptable, n'encombre pas trop la lisibilité et permet d'éviter toute ambiguïté.

Yudkowsky prend un exemple, qui m'a définitivement convaincu de ne pas argumenter sur les définitions. «Est-ce que un arbre qui tombe dans une forêt, isolé, et loin de tout humain, fait du bruit ?» Exemple classique de paradoxe, de problème sur lequel on peut se disputer longtemps. Si on remplace bruit par «onde se propageant dans l'air» alors il ne fait aucun doute que oui[4]. Si on définit bruit comme «quelque chose d'entendu par un humain» alors la réponse est non par hypothèse. Le problème disparaît. Ou alors on se réduit au problème de «quel est la bonne définition du mot "bruit" ?», mais au moins on a définit clairement le problème. Et ça me ramène au sujet de mon billet, les définitions.

Il est assez énervant, pour moi, que la même règle ne soit pas autorisé en dehors de sciences non humaines[5]. Pour prendre un exemple, le mot «homophobe» est extrêmement vague. Il est à peu près certains que frapper des homos, c'est homophobe. Est-ce que refuser aux couples de personnes de même genre (selon la société) de se marier est homophobe ? Selon Act-Up, oui. Selon la cour d'appel de Paris, non. Est-ce que demander à un garçon «t'as une copine» sans rajouter «ou un copain» est homophobe ? Je connais peu de gens qui défendrait cette affirmation. Mais certain-e-s arguerait que le simple fait de supposer l'hétérosexualité par défaut suffit à rentrer dans le cadre de l'homophobie.

Il me semble qu'on a clairement à faire à tout un tas de gens ayant des définitions différentes du mot «homophobe». Alors que si on remplaçait, un coup par «personne voulant un traitement différent selon le genre des membres du couple», un coup par «personne frappant les homos, ou voulant leur interdire de faire état de leur couple en public», alors le procès n'aurait pas eu de raison d'être.


Bien sûr, rationnellement, je comprend que «les mots sont importants». Par exemple, parce qu'un mot à un poid émotionnel, des connotations. Pire, tout ce qui entoure le mot est attaché au mot lui même - au signifiant[6] - et pas à sa définition - le signifié. Autrement dit, l'important publiquement, aujourd'hui, c'est «ne pas être homophobe», la définition de «homophobe» n'ayant aucune importance. Et réciproquement, il peut-être efficace pour faire évoluer la société que «homophobe» inclus «être contre le mariage des couples de même genre», puisque ça amalgamera ceux qui s'opposent à ces mariages et ceux qui commentent des actes violent. Et donc, rendra le refus du mariage inacceptable.

Bien sûr le dernier paragraphe caricature. Je ne connais personne ayant écrit explicitement une telle refléxion. Personne qui dit «je veux changer la définition du mot homophobie pour que la manif pour tous ne puisse même plus être en mesure de parlerq». En général, j'entend simplement «Ce que je donne est LA définition, et dire le contraire est homophobe». Il s'ensuit que le MOT est important en lui même. Changer le MOT aurait un coup élevé. Et pas uniquement parce que ça compliquerait le dialogue, au moins le temps qu'un ou deux nouveau mots s'imposent.

Pire, je suis forcé d'admettre que les mots sont importants pour des raisons légales et administratives. SOS homophobie, après tout, a pour but de lutter contre l'homophobie[7]. Tant qu'on est dans les actions de préventions, d'écoute, la définition exacte de l'homophobie n'est pas très importantes. Mais on peut imaginer que dans un procès, la définition de l'homophobie sera indispensable pour savoir si SOS homophobie -ou d'autres associations- est légitime à se porter partie civile ou non.

Remplacer la définition par les conséquences.

Quand j'interviens en classe, il arrive qu'on me demande si quelque chose est homophobie. Par exemple, est-ce que «ne pas vouloir qu'un ami soit homo» est homophobe. Je ne répond jamais oui ou non. «Oui» légitimerait cette volonté; ce n'est pas mon intention. «Non» fermerait le dialogue, puisque celui/celle qui me pose la question, en général, va entendre «oui, je considère que tu es homophobe» et se sentir vexé. Remplacer le mot homophobe par une définition quelconque n'aurait pas le moindre intérêt. Si je dis à l'élève qu'il «veut faire une différence en fonction de l'orientation des gens», je ne lui dis rien qu'il ne sait déjà. À la place, la vraie question importante, sera la question des conséquences. «Si un de vos amis se mettait à avoir la moitié de vos amis qui refuse de lui parler, vous pensez qu'il se sentirait comment ? Vous imaginez si la moitié des gens qui vous entourent décidaient tout d'un coup de s'éloigner de vous ? »

Notes

[1] Je précise que la majorité de mes résultats de recherches portent sur la théorie des automates

[2] Je suppose que on peut construire artificiellement des contres exemples, si on étend la définition de normal aux monoïdes, et qu'on considère le monoïde des distribution de probabilité, muni du produit cartésien. Je ne peux même pas imaginer pourquoi quelqu'un aurait besoin de faire ça.

[3] Et probablement plus généralement en lambda calcul, voir en théorie des langages, mais google semble vraiment pas clair.

[4] À moins que vous ne supposiez que les lois de la physique changent lors qu’aucun humain ne les observe. Ce qui est rarement défendu.

[5] inhumaine ?

[6] J'espère bien avoir compris la définition(sans commentaire) de ce mot... , vu que je sais avoir un linguiste dans mes lecteurs réguliers. J'espère qu'il ne verra pas trop de bêtise dans ce billet.

[7] Les LGBTphobies en vrai.

lundi, mars 6 2017

Explication de sketch - Privilège blanc

J'ai écrit un stand-up, j'en suis assez fier, et j'ai envie d'expliquer pourquoi. Bien sûr, le texte doit pouvoir être compris sans l'explication, et je pense que c'était le cas.

Avant de le jouer sur scène, j'ai présenté le texte à un-e ami-e engagé dans les luttes contres le racisme, histoire de vérifier un peu que je ne disais rien de problématique. Bien sûr, son approbation ne valide pas le texte, on peut tout à fait me signaler plus tard un truc qu'on a tous les deux pas vu. Mais ça évite des fautes les plus évidentes.

J'avais envie de tenter de parler de choses plus engagé qu'avant. Et puis, j'ai vu un humoriste se faire applaudir en disant «le racisme, c'est mal», et me disait que je devais pouvoir faire un peu plus constructif. Le problème que je vois avec sa phrase, c'est que tant qu'il ne définit pas ce qu'est le racisme, ce qui est mal, à peu près tout le monde va être d'accord. Il me semble que peu de gens se définissent ouvertement comme raciste, en particulier au milieu d'une foule d'inconnu qu'est le public d'un stand-upper. Donc, j'avais envie d'être un peu plus précis que ça...

Après, je n'avais pas non plus envie de dire ce qu'était de vivre le racisme, se serait juste absurde, et c'est un trope bien trop courant de voir un blanc avoir du succès pour répéter ce que des gens subissant les discriminations racistes ont dit. Donc je devais prendre l'angle de celui qui ne subit pas le racisme. Guy Bedos l'a déjà fait, en incarnant des personnages racistes et en montrant à quel point ils sont cons. Le problème étant que son personnage était indistinguable du raciste, au point que certains, parait-il, ont même cru que le texte était au premier degré... Je soupçonne que si ce ne sont pas les racistes qui se sentent insulté par ton texte anti-raciste, y a un truc qui a raté.

Dans les deux exemples donnés ci dessous, on peut voir une dichotomie très fortes entre racistes et non-racistes. De ce que je lis, cette dichotomie est un vrai problème. Parce que ça semble indiquer que seuls les gens racistes profitent du racisme. Qu'on ne peut pas dire à quelqu'un que ça lui a accordé des avantages sans qu'il entende qu'on le considère comme raciste. D'ailleurs, c'est pour ça que dans le sketch, je dis «moi» et pas «nous», pour éviter de brusquer. Et je trouvai potentiellement intéressant qu'une personne ne subissant pas le racisme dise publiquement qu'elle en profite, histoire d'entendre autre chose que ce que la majorité dit.

Sauf que, si je parlais réellement des avantages que j'ai, ça ne serait plus drôle, ce qui arrive à la famille Traoré, ou à Théo, me donne pas vraiment envie de rire. Et puis, je risquais de faire se refermer le public sur lui même, vu la violence du propos. Donc j'ai préféré prendre le choix de la location d'appartement. Je me disais qu'avec un peu de chance, même des gens qui disent «on est tous égaux, je ne profite pas du racisme, c'est vous qui êtes racistes de dire ça juste parce que je suis blanc» seraient d'accord avec cette première étape de raisonnement...

Le souci à parler de détails, de petites choses comme la recherche d'appartement, c'est que ça ne montre pas l'effet d'accumulation. Ni des plus gros actes marquant à vie. C'est pour ça que, sur la conclusion, quitte à ne pas être drôle, j'ai mentionné deux problèmes récents. Deux problèmes suffisamment médiatisés pour que je puisse supposer que le public ait la référence sans que je doive leur expliquer de quoi je parle... Mon malheur étant que le rapport entre le sketch est la conclusion n'est pas forcément évidente.

Sur la conclusion, je me serai senti hypocrite de juste redire les slogans. Quand je vois les vidéos de manifestations, ça me fait vraiment peur, donc je n'y vais pas. Et pourtant, c'est potentiellement plus utile de les dire là que sur une scène... Mais comme j'avais pas envie de pas en parler alors que, sur le thème que j'abordais, c'est des sujets bien plus marquant que ceux dont je parlais, j'avais envie de les dire sur scène. Finalement, après hésitation, j'ai choisi l’honnêteté, quitte à faire une prétérition.

Parlant d'hypocrisie, la seconde, que je vois et n'arrive pas à corriger. Un autre truc que j'avais envie de dire était «écouter les gens concernés». C'est pour ça que dans le commentaire sous la vidéo, j'ai demandé aux gens qui partagerait ma vidéo d'aussi partager des paroles de gens directement concernés, avec l'exemple de cases rebelles, un podcast très instructif. Donc j'ai placé le fait que c'est une personne directement concerné qui m'a dit que j'étais con. Mais je trouve la transition un peu forcée. D'autant qu'elle est fausse, j'ai pas mal lu des témoignages et textes de gens concerner. Mais dans le cas précis de cet exemple de privilège, j'ai pu en arriver à la conclusion sans qu'on m'en parle en particulier.

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J'ai eu quelques retours après la scène. Le premier retour, le plus cool, et c'est la première fois que ça m'arrivait, c'est qu'une autre stand-uppeuse, plus tard, a fait référence à mon passage pour parler de discrimination qu'elle avait subie. Ça semble montrer que ça lui parlait, que le propos était pertinent, et qu'il est assez bon pour qu'elle puisse s'y associer sans honte.

Après le spectacle, certains des retours étaient positifs, me disant que je devais repasser sur cette scène[1], et que c'est bien que des gens en parlent. Et puis, y a deux remarques qui m'ont un peu marquées. Davy Mourier, qui était dans la salle, est un humoriste/youtuber/... qui est très doué pour installer des mal-aise. Il m'a dit «bravo pour ton raciste». Ce qui est assez magnifique, parce qu'il y a plein de manière d'interpréter cette phrase. Et que, vu la personnalité de Davy, il est probable que cette phrase ne veuille rien dire, mais réussisse à me mettre le doute quand même.

Et puis, j'ai fait par de mes doutes à quelqu'un d'autre. Parce que je ne savais vraiment pas s'il n'y aurait pas une bêtise dans le texte. Il m'a dit que j'ai l'air tellement gentil, même si je disais (exemple de phrase cliché raciste), on verrait que je pense pas, ça passerait... Et en fait, c'est la phrase qui m'a le plus attristé de la soirée, parce que, SI c'est vrai, alors ce sketch ne sert à rien. Si ce sketch est indistinguable d'un sketch «pas raciste, mais» à la Michel Leeb, alors c'est que toutes les belles pensées que j'avais au dessus, c'est juste moi qui flatte mon égo. Il ne reste plus que quelques vannes sur Sardou ou la longueur d'un texte de loi.

Note

[1] Hélas, la liste d'attente fait que j'y serai pas avant juin, au minimum

samedi, février 4 2017

De la comparaison de groupe d'humains

Je crois que je vais de méta en méta. D'abord je parle de trucs qui ne m'intéressent pas. Maintenant je vais parler de la manière de parler de ces trucs qui ne m'intéressent pas. Plus spécifiquement, de l'usage correcte des comparaisons dans une argumentation. Pas correcte au sens où la comparaison compare des trucs comparable. Correcte dans le sens que la comparaison ne fasse pas de dégâts. Qu'elle amène le débat dans le sens voulu par celui qui l'utilise. Ce n'est pas une réflexion finie, je serai donc particulièrement avide d'avis en commentaire, venant de gens ayant réfléchi à ces question; la comparaison a l'air très dangereux comme outil, et que je ne le maîtrise pas vraiment. Mes exemples ici vont être des comparaison de discrimination. Et comme je ne suis pas concerné par beaucoup de discrimination, je prendre des groupes auxquels je n'appartiens pas en exemple, j'espère néanmoins le faire de manière correcte et ne rien mettre de vexant pour les groupes mentionnés. Sinon, au minimum, j'aurai montré par l'exemple pourquoi l'outil est dangereux.

Comparer deux groupes dont on voit une similarité

L'exemple que je vois le plus souvent de comparaison dangereuse consiste à attaquer la consommation de viande pour des raisons éthiques. Plus précisément, comparer les éleveurs aux propriétaires d'esclaves[1]. Le souci c'est qu'une comparaison, ça se file, et la suite logique est de comparer les populations victimes de l'esclavagisme aux animaux. Et vous savez qui comparait les esclaves aux animaux ? Les esclavagistes.
Certes, dire qu'un esclavagiste a fait dit quelque chose ne rend pas la chose mauvaise. Peut-être que des esclavagistes ont dit à leurs enfants de se brosser les dents après les repas après tout. N'empêche, tenir un discours similaire[2] à celui des esclavagiste, à priori, ça ne semble pas être une bonne idée. Pour dire ça autrement, les animaux étant considéré en général comme inférieur à l'homme, la comparaison est néfaste pour ceux comparés aux animaux. On pourrait comparer ça à la loi de conservation du mouvement, si ça monte le groupe le moins bien considéré, ça descend le groupe le mieux considéré.

Cependant, ce n'est pas toujours aussi simple que ça d'argumenter contre cette comparaison. Elle est parfois faites par des anti-spécistes, qui disent ne pas faire de différence entre les animaux non-humains et les humains. Et dans ce cas l'argument précédent ne marche plus tel quel. En supposant l'anti-spéciste de bonne foi, alors dans sa tête, cet argument n'a pas vraiment de raison de poser problème. Ce à quoi ma réponse serait que, s'il cherche à convaincre, alors l'auditeur n'est pas déjà convaincu. Donc l'auditeur entendra quand même une comparaison avec un groupe que l'auditeur pense inférieur. Et une fois que l'orateur sait que l'auditeur entend ça, ça peut commencer à avoir l'air d'être une très mauvaise idée.

Pour dire ça autrement, pour un anti-spéciste convaincu, accepter l'idée que la comparaison soit problématique suppose de se mettre à la place de son interlocuteur pas encore convaincu. Ce qui ne se fait pas toujours naturellement. Ce qui peut être dur à faire quand l'autre a une opinion qui nous est totalement incompréhensible. Et de toute façon, une fois l'interlocuteur convaincu, que toute la terre sera convaincu, l'argument ne devrai plus être problématique... Par contraposée, et c'est là que le problème arrive, si l'orateur accepte que cette comparaison est problématique. S'il accepte que cette comparaison restera problématique. Il accepte implicitement que l'interlocuteur ne sera peut-être pas convaincu.


Pour résumer user de la métaphore entre deux groupes opprimés[3], si un des groupes considère que l'autre lui est inférieur - Ou juste considère que les oppresseurs pense que l'autre groupe est inférieur - alors la comparaison fera des dommages[4]. Et donc, la seule solution pour pouvoir faire cette comparaison, c'est d'accepter de faire que les personnes qui ne partagent pas ton avis - ici l'anti-spéciste - soient insultées.

Réfuter une comparaison avec un groupe qu'on n'aime pas

Le problème du paragraphe différent, qui dit de ne pas comparer, c'est que cet argument va à double sens. Si un groupe refuse d'être comparé à un autre, ça montre justement qu'un groupe considère que l'autre lui est inférieur. Ainsi, il y a bien des années, j'avais été choqué quand j'ai vu que GayLib, ex-cercle de réflexion LGBT[5] de l'ex-UMP, expliquait tout ce que l'UMP faisait pour, les homos, ... les handicapé, .... À l'époque, je trouvais ça intolérable, car je comprenais qu'ils disent qu'être homo et être handicapé c'est la même chose ! Aujourd'hui, je réalise que, d'une part, ça peut effectivement être un handicap pour certaines carrière - mais ce n'est pas dans ce sens qu'ils employant ce mot. D'autre part que cette réaction montre que j'avais internalisé que, être handicapé, c'est quelque chose d'honteux. Si ce n'était pas honteux, je ne devrai pas avoir de problème à ce qu'ils fassent cette comparaison. Je pourrai avoir des problèmes à croire à la véracité de l'affirmation de Gay Lib, mais ce n'est pas vraiment le problème que j'avais à l'époque.

Aujourd'hui, où je ne crois plus qu'il y ait quoi que ce soit d'honteux à être handicapés, je n'apprécie pas ce que j'ai pensé à l'époque. J'en conclue donc qu'il est aussi dangereux de vouloir faire des comparaisons que de les refuser.

Comparaison et intersection

Une autre raison pour laquelle les comparaisons semblent évitée en milieu militant, c'est que les discriminations se mélangent. Le principe de l'intersectionalité, c'est de dire que le sexisme/racisme/homophobie/handiphobie/polyphobie... ne sont pas vécue indépendamment les uns des autres. Les remarques polyphobes ne seront pas les mêmes pour un homme - le tombeur - que pour une femme - la salope, mot que se sont justement rapproprié les auteures de la salope éthique. Ça ne sera pas vécu pareil pour un homo - infidèles par nature - que pour un hétéro - un fantasme classique. Ou encore pas les même pour un blanc - le fameux ménage à trois français - que pour un noir ou arabe[6] - qui n'aura pas su s'intégrer. Or, en général, la comparaison nécessite de s'intéresser à deux groupes totalement distincts. En effet, comment comparer quelque chose qui se trouve dans l'intersection des groupes, faudrait-il le considérer en tant que membre d'un groupe, ou de l'autre ?

Pire: les phrases du style «X est le nouvel Y» ! Ça indique que la discrimination envers Y a disparu. Or, c'est pas le cas[7]. Et, c'est une chose de dire qu'une cause nouvelle est importante, c'est une chose beaucoup plus égoïste d'essayer, pour ça, de prendre la place d'une autre cause, qui est déjà reconnu, même si elle ne nous intéresse pas.

De manière générale, une remarque que j'ai régulièrement lu, c'est de ne pas prioritariser. On peut choisir de s'engager pour une cause que pour une autre, ça ne signifie pas que l'autre cause est moins importante. Il me semble que c'est du bon sens. Et même si ça n'en était pas, ça évite qu'on nous dise que notre cause n'est pas importante, et donc qu'on se mette les bâtons dans les roue les uns des autres. Il y a déjà assez de monde qui nous en met comme ça éviter les guerres intestines aux activistes[8].


Un gros souci que je vois, lié au fait qu'ils soit mal vu de comparer des groupes opprimés, c'est que parfois, ça interdit de questionner pourquoi, dans des situations similaires, des groupes sont traités différemment. Il peut y avoir des raisons totalement légitimes, venant de détails tellement infime qu'il n'est, en général, pas pertinent de les mentionner.

L'exemple le plus flagrant que j'ai, c'est Rachel Dolezal, une femme blanche qui s'est fait passé pour noire et a eu une position importante dans une association de défense des gens de couleurs. Durant 9 ans, elle s'est fait passer pour noir, il ne s'agit donc à priori pas d'une passade, c'est pas exactement un black face de halloween. C'était, si je comprend bien, sa manière de se présenter en société. Selon les sites avec lesquels je suis en général en accord, il est totalement inadmissible de comparer la situation de Mme Dolezal avec celle d'une femme trans. Ainsi, dans Why Rachel Dolezal’s Fake ‘Transracial’ Identity Is Nothing Like Being Transgender – Take It From a Black Trans Woman Who Knows, Mme Dolezal se fait traiter de menteuse, et l'auteur, une femme trans noire, écrit: «As a trans woman, I don’t like being compared to someone who’s a liar. I am not being dishonest by being who I am today.» Dans l'article attaquant[9] Dolezal, si les mots races sont remplacé par les mots genre, on obtient les attaques transphobe les plus classiques. L'auteur en est consciente[10], mais ne répond pas vraiment à cette remarque, puisque, encore une fois, en remplaçant race par genre dans sa réponse, on retombe sur une attaque transphobe classique.

Je tiens à répéter, je ne dis pas que Dolezal avait raison de faire ce qu'elle a fait, que c'est acceptable etc... je dis juste que j'aimerai comprendre pourquoi ça ne l'est pas, à partir de raisonnement qui ne sont pas auto-référentiel. Et de préférence qui ne soient pas non plus des référence à l'appropriation culturelle - qui est l'autre défense que j'ai vu - et qui, en filant la comparaison, seraient comme faire référence aux privilèges masculin d'une femme trans.

Comparaison et opposé

Le dernier type de comparaison qui me pose problème, est la comparaison entre un groupe et son «opposé». Entre un couple hétéro et un couple homo. Entre une relation mono ou une relation poly.

Par exemple, j'ai parfois entendu parler de la complémentarité du couple hétéro. On m'a demandé si ça ne me manquait pas quand j'étais avec un homme. Plus récemment, au café poly, quelqu'un a dit qu'après des années de vies commune les couples atteignaient une complicité. En se dispersant, en pouvant accorder considérablement moins de temps aux relations puisqu'il y en a plusieurs, est-ce que, par comparaison, on ne regrette pas cette complicité. En général, la question est de la forme «Ne regrettes tu pas tel avantage qu'à le groupe majoritaire». Et j'ai du mal car j'ai l'impression que, la question sous-entendu est: pourquoi ne rejoints-tu pas le groupe majoritaire ?[11]$

Supposons que mon interprétation soit, au moins en partie, valide. Dans ce cas, ce que me gène, c'est que ça sous-entend qu'on a le choix. Le choix d'être homo ou pas. D'être poly ou pas. On a des choix, on peut choisir de l'assumer, de le dire, de le vivre, ou de le cacher, de l'ignorer, etc... mais il semble assez couramment admis qu'on ne choisit pas de qui on tombe amoureux, qui nous attire. Et même si certains se posent explicitement la question, je ne crois pas avoir entendu de gens dire qu'ils ont choisis le fait de vouloir être mono. En tout cas, je peux affirmer que je n'ai pas choisi d'être poly. C'était simplement, soit ça, soit être aromantique.

De mon point de vue, dans tous les cas, la réponse correcte aux questions «tu es Y, ne regrettes tu pas d'être Y parce que ça implique P, qui est une chose regrettable», n'est pas de nier en bloc la pertinence de la question. Même si, par simplicité, pour se rassurer entre nous, on peut se dire que c'est plus simple d'ignorer la question, qu'elle est absurde et qu'il ne sait pas de quoi il parle[12]. Je doute qu'il y ait en vrai UNE complémentarité, je doute encore plus qu'il y ait statistiquement plus de complicité chez les monos que chez les polys. Mais je ne sais pas. Je me prétend scientifique, je n'ai pas envie de dire que quelque chose est faux car ça ne me plaît pas, sans avoir sérieusement réfléchi à la question. Et, outre que le travail de sociologie est ardu, je ne peux pas tester moi même 20 ans de couple mono puis 20 ans de polygamie pour comparer scientifiquement.

Bref, pour moi, la seule réponse que je conçois, c'est: quand bien même ces différences seraient vrai, elles ne sont pas importantes. J'accepte temporairement l'hypothèse que être uniquement en relation avec A pourrait encore augmenter notre complicité. Mais même sous cette hypothèse, rompre avec B, C et autre me parait un prix beaucoup trop grand à payer pour gagner cette complicité. Parce que si je suis honnête, c'est quand même le mode de fonctionnement qui me va le mieux, et que me prétendre mono serait autant mentir que me prétendre hétéro.

Et, ensuite, seulement ensuite, je pourrai rajouter un détail sur sa question. J'ai encore plus de mal à croire à l'existence d'une potentielle complicité basé sur un mensonge. Pourtant, se renier, refuser d'accepter et de vivre ce qui nous convient pour ressembler à la norme, j'appelle ça un mensonge. On continue d'admettre l'hypothèse qu'il y aurait en moyenne moins de complicité chez les poly que chez les monos[13]. Il n'empêche que je ne suis pas une population générale. À titre personnelle, je pense que j'aurai beaucoup plus de complicité dans une relation poly que dans une mono.

Notes

[1] Cf, par exemple, Making a 3ème spectacle, épisode 3, de l'humoriste Dan Gagnon.

[2] C'est curieux le hasard, je suis justement en train de faire une comparaison.

[3] je dis bien deux groupes, et pas un. Car implicitement, l'orateur prend le parti que «l'esclavage, c'est mal».

[4] C'est ce que je tentais d'expliquer dans Trois étapes de la déconstruction. Quand on pense une chose peu courante, même si notre interlocuteur le pense aussi, il faut réaliser qu'il pensera probablement qu'on ne le pense pas.

[5] Gay=LGBT c'est bien connu. Bon, je peux rien dire, je suis membre de SOS Homophobie

[6] j'ai jamais vu de témoignage de gens d'autres couleurs à ce sujet, donc j'éviterai d'inventer ce qu'ils entendent

[7] Pendant des années, pour Y=gaucher, j'avais cru que c'était le cas. J'ai malheureusement désenchanté.

[8] Sauf bien sûr si les militants sont en oppositions fondamentale, comme celle qu'il y a entre les défenseurs du mariage pour tous et de la PMA, et les membres de la manif contre tous, qui sont, après tout, eux aussi des activistes.

[9] Je parle d'attaque, parce que mentionner une procédure contre Dolezal dans ce billet semble être totalement hors sujet, et ne je vois pas ce à quoi ça peut servir pour appuyer le propos de l'auteur, à part en affaiblissant le parti de Dolezal.

[10] To be honest, this accusation really doesn’t surprise me, because a lot of people seem to think, that trans people transition to fool the people around them.

[11] Remarquez qu'il y a un test simple qui infirmerait mon hypothèse. Si la question est posé aux gens ayant un handicap physique visible, alors j'interprète mal. Car j'imagine mal quelqu'un suggérant à une personne qu'elle devrait abandonner son handicap vu que ça semble physiquement impossible. Remarquez la précision «physique visible», précision malheureusement rendu nécessaire par ceux qui accusent les gens ayant des handicaps invisible ou mentaux d'exagérer, de bluffer, de profiter...

[12] ce qui est pourtant le cas, il faut bien le reconnaître.

[13] Comment on mesure ça ?

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