vendredi 14 septembre 2018

Témoignage: dojo rationaliste

Le week-end dernier, j'ai été au less-wrong community week-end. J'ai commencé à écrire un billet le résumant, puis je l'ai perdu. Comme j'ai la flemme de réécrire tout de suite, je vais plutot parler du lundi. Où j'ai revu des gens du week-end.

Lundi soir, les gens encore à Berlin étaient invité à participer au «rationalist dojo»[1]. Je ne sais pas comment ça se passe exactement d'habitude, mais il semble qu'on était exceptionnellement nombreux. Ce soir là, l’hôte proposait une activité précise qui occuperait la majorité du temps. J'ai cru comprendre que ce n'était pas tout le temps le cas, mais que les activités habituel étaient moins intéressante si on ne venait qu'une fois.

Voici ce que j'en ai vu et compris. Comme c'était assez chronométré en terme de temps, de façon à ce que ça tienne en deux heures pile, j'ai pas pu poser de question quand je comprenai pas, et mon anglais n'est pas assez bon pour tout comprendre. Je vais commencer par les activités hebdomadaire, et finir par l'activité principale du jour.

Activité hebdomadaire

Ça a commencé par 10 minutes de méditation. N'ayant aucune idée de ce qu'est la médititation[2], j'ai juste passé 10 minutes à me reposer.

Si ces 10 minutes ont apporté une idée, quelque chose qui peut se régler rapidement, les gens avaient 5 minutes pour régler, noter l'idée sur un papier/téléphone/ordi... J'ai partagé ma 4G à quelqu'un, car il y avait pas de wifi sur place. L'abonnement sosh français 50GO+la directive européenne sur le roaming, c'est vraiment fantastique ! Après une pause, un autre temps de 5 minute était proposé pour faire la meme chose, mais relativement à une autre idée.

Il y a eu 5 minutes de «bragging», où l'on peut partager des choses dont on est fier cette semaine. Beaucoup de bragging était liés au week-end less wrong. En ce qui me concerne, c'est vaincre ma flemme et etre venu en pays étranger (après tout, quand mon réveil à sonné à 5h30 du matin à Bruxelles, j'ai sincèrement hésité à abandonné mon billet et l'hotel tellement tout ce que j'avais prévu me semblait épuisant). Pour d'autre, ça a été d'avoir organisé le week-end.

Il y a eu un tour concernant les engagements de la semaine passées. Les habitué s'engagent auprès des autres à faire un certain nombre de truc, créer tous les jours (avec 2 jokers), par exemple. Ou bien aller courrir 3 fois dans la semaine, etc... Et certains, en plus, pour se forcer, s'engagent à donner une certaine somme à une association s'ils n'ont pas tenu leur engagement. Cette réunion permettant de faire le point de façon hebdomadaire. D'autres engagement de ce type sont ensuite pris en fin de séance - uniquement pour ceux qui seront là la semaine suivante.

Activité principale

L'activité se nomme Time Travel. Elle était organisé par son créateur. Elle est basée sur ce que nous faisions, 5 ans en arrière, jour pour jour. Donc le 10 septembre 2013. Personnellement, j'étais en 2ème année de thèse, j'avais commencé à co-écrire un scénario, et j'étais encore en très bon terme avec mon co-auteur. Je me préparais à aller parler à la conférence Highlight. Je pensais avoir fini d'écrire mon théorème sur les automates et FO(<,mod). Je n'avais pas accès à mes email de cette époque, puisque j'avais pas pris mon disque de back-up, donc j'ai du faire confiance à twitter et facebook pour me souvenir. Ça m'a permis de bien rire, parce que j'avais totalement oublié les blagues que j'ai écrite il y a 5 ans, et j'aime bien mon humour. Comme des gens ont oublié de faire cet exercice préparatoire, ils ont eu 5 minutes pour relire leurs logs de 2013.

Premiers conseils

Le tout début m'avait l'air assez classique. Il consiste à prendre 10 minutes pour faire une lettre à ton toi de 2013, lui donner des conseils. Certains conseils ont pu etre partagé au groupe, quand ils étaient très généraux, du style: achète des bitcoins, c'est un excellent investissement(Je suis pas entièrement convaincu d'etre capable de ne pas avoir perdu mes clefs privées entre 2013 et 2018 si j'avais acheté des bitcoins, donc je pense que se contenter d'acheter des actions qui ont le plus augmenté en valeur en 5 ans serait plus sur.). D'autres conseils étaient de faire plus attention à sa santé. Personnellement, si j'avais pu envoyer n'importe quel texte, je me serai envoyé la totalité de ce que j'ai écrit depuis 2013, ça m'aurait évité de le réécrire.

Mon souci, c'est que je suis incapable de savoir, aujourd'hui, quels conseils donner sur certains points. En effet, cet été, une productrice m'a signé un contrat pour pouvoir produire un texte que j'ai co-écrit avec mon co-auteur; peut-etre que finalement ça n'aura pas été une perte de temps; dans ce cas, 5 ans ne me permettent pas de juger du résultat de mon action. Par ailleurs, cette co-écriture fut quand meme instructive. Au plus, j'indiquerai de ne pas préter le moindre centime à ce type, mais j'étais pret à accepter de perdre l'argent préter si on devait en arriver là, donc l'un dans l'autre, ça peut valoir le coup.

Un autre souci, auquel j'aurai du penser, signalé par quelqu'un d'autre, c'est l'effet papillon. J'ai déjà indiqué à quel point un événement important dans ma vie avait dépendu de 44 événements, qui auraient tous facilement pu ne pas avoir lieu. Il est donc probable que me proposer un changement aurait supposé ne pas rencontrer certaines personnes que j'aime !

Généraliser

La seconde partie m'a plus intéressé. Il s'agissait de trouver des motifs récurrent dans les conseils qu'on s'est donné, et abstraire les conseils. Un pattern que je retrouve super souvent, c'est le manque d'agency. En effet, après le lycée, j'ai voulu faire une prépa (et j'ai échoué), car tel que présenté par mon école, c'était l'unique voix - à part peut-etre pour ceux qui veulent faire médecine. J'ai été à Montréal car on me l'a proposé. J'ai été à l'ENS de Paris car il y avait un lien sur le site de département de math de l'UPMC suggérant de faire ça. J'ai été en doctorat car c'est ce qui vient après le master, puis en post-doc car c'est ce qui vient après le doctorat. De meme, j'ai fait des Intervention en Milieu Scolaire parce que on nous avait proposé ça à la réunion de rentrée de l'association LGBT de normal sup'. Puis j'ai été à SOS homophobie car c'est, en gros, le mag, mais pour les moins jeunes. Meme le blog, par exemple, je sais pas si ça me viendrait à l'idée d'ouvrir un blog aujourd'hui; mais il y a 10 ans, je voyais plein de blog intéressant, et j'ai voulu imiter (non pas que ce que j'écrivis il y a 10 ans soit intéressant).

Appliquer ces conseils aujourd'hui

Retrouve t-on les meme motifs qu'il y a 5 ans ? Si oui, comment pourrai-je appliquer aujourd'hui le conseil que l'on s'est envoyé il y a 5 ans.

Ça m'a conforté dans une décision, qui attendra encore quelques mois pour etre rendue publique. Qui attendra aussi que je lise quelques autres textes qui me confirmeront ou m'infirmeront des idées que j'ai en tete depuis cet été.

Futur

Nous arrivons maintenant en 2023. Le but était alors d'écrire une lettre à notre nous de 2018. Tout comme nous, en 2018, avions écris en 2013.

Je crains manquer d'imagination, cet exercice m'a bloqué. Il faut dire aussi que j'avais compris qu'on écrirait une lettre au nous de 2023, donc que dès le départ, je n'aurai pas fait le bon exercice.

Petit groupe

Nous nous mettions ensuite en groupe de 4 ou 5, afin d'échanger nos idées sur cet exercice. Vu que j'ai commenté plus haut, je ne vais pas réécrire ici les idées que j'ai donné au groupe.

Gros groupe

Enfin, nous nous remettions tous en cercle. Et nous partagions aux autres les idées qu'on a entendu dans le petit groupe et trouvé intéressante (et qui ne sont pas notre idée). J'aime beaucoup ce concept d'avoir deux tailles de groupe. Si je ne suis pas capable de savoir ce qui est intéressant à partager, alors je le partage en petit groupe. Et c'est quelqu'un d'autre qui partagera au grand groupe s'il a trouvé mon idée pertinente. Si aucun membre du petit groupe ne veut partager mon idée, alors ce n'est pas la peine de l'envoyer au grand groupe.

Notes

[1] Je préfère le terme aspirant rationaliste. Car, meme si j'aimerai trouver comment améliorer mes méthodes de réflexion, je trouve le terme «rationaliste» bien trop prétentieux pour oser me l'appliquer à moi meme.

[2] À part les clichets de gens, assis en tailleurs et lévitant.

mercredi 12 septembre 2018

Se souvenir des gens à l'aide d'Anki

Anki a changé beaucoup de chose à ma vie. La principale étant que maintenant, je suis capable de retenir le nom et le visage des gens !

Par exemple, en septembre 2017, j'ai commencé un nouveau travail. En aout, j'ai été sur le site de mon nouveau laboratoire et j'ai commencé à regarder les pages personnelles de mes futurs collègues. Ceux qui avaient une photo, j'ai ajouté dans Anki leur nom, prénom et photo. En septembre, en commençant mon travail, je connaissais déjà leur nom[1]. La différence est d'autant plus visible pour moi que je peux comparer entre les gens ayant une photo et ceux n'en ayant pas. Ainsi, les secrétaires n'ont pas de pages pro, ni de photo d'elle. J'ai donc eu bien plus de mal à me souvenir du nom des secrétaires. D'autant que je ne me sentais pas de leur demander si je pouvais prendre une photo d'elles. Quand j'ai une photo, la question ressemble à 2018-09-12-180255_580x653_scrot.png et la réponse à 2018-09-12-180045_587x644_scrot.png

Il y a tout de même un effet de bord étrange. J'apprends la photo des gens, et pas leur visage. Donc en voyant quelqu'un je dois me demander à quel photo ils ressemblent avant de pouvoir retrouver le nom.

Plus tard, je me suis mis à ajouter des indications supplémentaire, les sujets de recherche d'une personne, où je l'ai rencontré, ses ouvrages, la raison de sa notoriété. Ce qui sera utile pour ajouter des notes dans anki relatifs à des stars, des auteurs, des pontes du domaine, etc...

Le souci, c'est que je rencontre des gens souvent. Et ce n'est pas toujours évident de penser à noter les noms, pour chercher des photos plus tard. Certaines conférences ont des listes de participants, donc c'est pratique. Mais, disons que j'aille à un événement lié au shibari (bondage japonais); il est assez crédible que les gens n'apprécient pas qu'une base de donnée contiennent l’information qu'ils s'y sont rendu. Quand bien même cette base de donnée est privée, elle passe par internet pour être synchronisé entre mon téléphone est mon ordi.

Célébrités

J'ai aussi beaucoup de mal avec les noms des célébrités. En général, je peux vaguement dire pourquoi quelqu'un est connu, mais sans pouvoir le dire précisément. Ainsi, je sais que Dider Leribon et Didier Lestrande ont écrit sur l'homosexualité. Mais je ne sais plus qui a écris quel livre. Je sais aussi que Eric S Raymond et Paul Graham ont écrit des textes célèbres sur la culture hacker, et que le nom de leur ouvrage contient deux mots. Mais je ne sais plus qui a écrit Hacker et Paintre, et qui a écrite la Cathédrale et le Bazar. Donc je tente d'utiliser Anki pour apprendre ce genre de chose. Et s'il devait arriver - ce qui ne me semble pas impossible - que je les croise, au moins, je saurai les reconnaître. J'imagine que j'updaterai ce billet, plus tard, avec le résultat de cette expérience.

Wikipédia a des listes de gens important en informatique. Cependant, ces listes contiennent Euclide, Turing, Torvalds, Knuth, Jobs... j'ai tenté de les ajouter en ordre chronologique; les premières cartes étaient simples. Euclide, Al-Khwarizmi, etc... Ils sont réellement célèbres. Mais maintenant, je réalise que même si je sais que Frances E. Allen est une pionnière de l'informatique, ma note à son sujet ne me dit pas vraiment pourquoi. Si je devais la rencontrer, je connaîtrait peut-être son nom. Je saurai qu'elle a été la 1ère femme à avoir le prix Turing. Mais ça ne me dirait pas réellement ce qu'elle a fait pour le mériter. Certes, je sais qu'elle a travailler sur les compilateurs, mais sans savoir ce qu'elle a apporté à ce domaine. Pire, puisque son travail a fondé la discipline, ses résultats sont probablement tellement standards que je n'imagine pas que quelqu'un a du les inventer. Que j'aurai du mal à imaginer à quel point, à son époque, ça a été révolutionnaire.

J'utilise anki pour les personnes réelles, mais aussi pour les gens imaginaire. Ainsi, ça me paraît pratique d'ajouter le noms des personnages du disque-monde, ils sont nombreux, et c'est plus pratique quand je (re)lis les livre de Pratchett, de me souvenir de quel membre du guet à quel particularité. Je suis en train de faire de même pour Tau Zéro, mais je crains que je ne finisse d'écouter le roman avant d'avoir fini d'apprendre la liste des personnages. J'ai songé à faire de même pour La terre du milieu, de Tolkien, avant de réaliser que ça serait une super mauvaise idée.

Oubli

Les visages me posent un souci que je n'ai habituellement pas avec Anki. J'oublie bien plus rapidement les visages que les autres cartes. En effet, l'écart entre deux révisions augmente à chaque révision successive(sauf en cas d'oubli). C'est le principe de base des systèmes de mémorisation par répétition. Si j'ai réussi à me souvenir du nom de quelqu'un après 4 jours, 16 jours, 2 mois, théoriquement, je devrai pouvoir attendre 8 mois avant de revoir cette information. En pratique, cette théorie fonctionne bien quand les différents savoir sont reliés entre eux. Même si je passe 1 an sans voir la définition de groupe, en pratique, j'aurai tellement réutilisé les groupes durant cette année que je n'aurai jamais vraiment pu oublier cette définition. Alors qu'il est totalement possible que je passe 1 an sans voir la personne, donc sans utiliser son nom. Et je finis par l'oublier.

Note

[1] En fait, c'était même bizarre. En effet, comme théoriquement, on ne se connaissait pas, quand ils se présentait à moi, je devai éviter de les appeller par leurs noms.

mercredi 5 septembre 2018

Using anki to learn names and people

Anki changed my life in a lot of way. But the most obvious one is that now, I do recall people's name[1] !

I'm really bad at remembering faces and names. With anki, it did change a lot. I started a new job in september. In august, I went on the website of the laboratory I was joining, and I red the list of my future colleagues. I then created a card with their picture, first-name, last name. If the picture were not on their professionnal webpage, I did try to find them on the web and in social media. In september, when I started my job, I already knew their name[2]. I see the difference very strongly, because the people whose name I forget are the ones without pictures on internet. In particular, the administrative staff are not listed on the web pages, and it was harder for me to learn their names (And I didn't want to ask them if I could take a picture to add in my database, I believe it would have sound strange).

One problem with this is that I do have new colleagues, people I meet in conferences, etc.. so I should do new cards often, and I don't necessarily think about it immediatly, and finally I never do them.

Similarly, outside of works, when I meet friend of friend, I can't necessarily ask to take a picture of them. And if I met them at a queer event, a polyamory event, or a bdsm event, I think adding this information in a database would be a bad idea, even if its only a private database.

Using anki to learn name has a strange side-effect. When I see the face of a colleague, I need to recall to which picture of anki he looks like, and then I can recall his[3] name. So, it's still a costly process in my head, since using anki created an unusual indirection.

Famous people

Another thing which confused me a lot is the name of famous people. Usually, I can tell more or less why they are famous. For example, I do know Didier Leribon and Didier Lestrade wrote about homosexuality. I do know that Eric S Raymond and Paul Graham wrote texts which are considered to be important in hacker's culture, and the name of their texts use two words (Hacker and Painter, Bazar and Cathedral), while I never remembered which one is which one. So I currently try to use anki to learn the name, figure and achievement of a few great name of computer science. I may write a day about the result of this experience. Right now, my biggest problem is that I do not know who I must add.

Wikipedia has list of person important in computer science. However, this list contains Euclide, Turing, Torvalds, Knuth, Jobs... I tried to add them in chronological order. The first cards were easy, I already knew about Euclide, Al-Khwarizmi, etc... they are famous. But now I do realize that even if Frances E. Allen is a pionner in CS, the note I have about her does not really help me in any way. Ok, nowaday, if I meet her, I may recall her name. But I would not really know why she is famous. Well, I'd know she is famous for being the first woman to have a Turing prize, but it would not tell me what she did to deserve it. Or more exactly, I may know she worked on compiler, but I don't know what she did about them. Worse, I believe that the early work is CS is now so basic that it would not be clear to me that it was an important work in her time.

Note that I don't only consider real people. I'm currently also using anki to learn the name and principal description of characters of long books. I usually get lost in Discworld, for example. I now have a discworld deck with the name of the most important characters, and a short description of things which happenned to them. I did the same thing with Atlas Shrugged's character. I also thought about doing the same thing with Tolkien's mythology, I then realized it would probably be far too much work. Especially since I don't yet know how successfull this kind of deck will be.

Forgetting

I have a trouble with faces and names I do not usually have with anki. I forgot quicker than usual. Anki waits more and more before two successive occurence of the same question. The main idea of anki is that, if you did remember successfully after 4 days, 16 days, 2 months, then you can wait 8 months before the next time anki ask you to recall this information. This is certainly true when knowledges are interrelated. For example, imagine I have just seen a mathematical concept. Imagine that anki tells me that I won't see it again for a full year. It's not really a problem, because I'll still use my knowledge to learn and work with more complicated concepts.

However, if I did not see the face of a colleague of my old laboratory during 6 months, I may totally have forgotten the name of this colleague. I never had any occasion to remember his name. It follows that I often fail the cards asking me the name of people I do not see anymore.

Notes

[1] Actually, it's still a little bit complicated because of my trans friend who change their first name. But appart from this case, I actually do remember names now.

[2] In fact, it wast strange. Because, when I was introduced to them, they told me their name. I wanted to answer that I already knew. I didn't answer this, however, since I feared it would seems strange, and it was my first day at my new job.

[3] I have a single female colleague, whose name is Mary. Let's say that, in her case, I do not have any trouble recalling her name

Anki and learning which require practice (origami, knot, instrument...)

I use anki to learn things which require practice. Origami, drawing, music, rope (nodes and shibari). Music will be considered in another text.

I consider two kinds of practical knowledge, the one requiring making choices (like drawing, or music) and the one requiring knowing by earth some technics you'll repeat many time (ropes, music, origami). I don' have any idea how to deal with the first kind of knowledge, thus I'll only consider the second kind.

I don't know what is the best way to learn either one practical thing I must repeat. I use different techniques for knots and for origami. I'm not yet sure which one works best.

A single field with the informations

For knot, I have 4 fields. The french name, the english name, the purpose of the knot, and the actual way to do the knot. A card show the knot and ask its/their name. Another card show the names and ask for the knot. Then I have to actually do the knot on some ropes. If I suceed, I click on "good", otherwise on "again". This mean I need to have ropes with me when I see those cards. Thus, they are separated from my main set of cards. This allows me to see all of those cards together when I have a rope, and I know anki does not ask any knot while I'm in the subway, for example.

I first tried to answer "good" if I kind of remember the knot, without actually doing it. Most knots seems easy, so I thought it was okay. Until I realized that actually it's quite harder, and I failed when I actually wanted to tie the knot. Thus I add to start from zero and learn the knot while actually doing them.

A list of fields

For shibari, origami, and music pieces, my note have 16 fields. I never use all of them. In each field, I enter a step of the process/piece. Anki will aski me the first part of the process. Then the second on another card, and so on. Finally, it will ask me to recall the whole process. I only practice when anki asks me to recall the whole process. It seems that recalling a single step of the process is too easy, I never really «forget» a step. So it makes no sens to practice it. Furthermore, the 3rd step can't be practiced without doing the 2 first steps[1], so practicing step 3 would take too much time.

I can't tell right now whether it works better using a single question, as for rope, or using one question by step, as with origami. Mostly because I've not see a lot of complicated things, so I use anki to remember things I have known for years, or easy things, and not to learn new things. This will change when I'll be further in the origami/shibari book.

Note

[1] Try to start an origami omitting the creation of its base. Try closing a knot you did not tie.

How I failed learning lyrics with anki

I tried to learn lyrics of song I love[1] using anki. This is one of my biggest failure.

I begin by explaining the technical reason of the failure, then the human one. And finally, the problem that is specific to learning songs.

Technical failure

Problems related to the set of cards to see one day

Let me consider a song wich 60 verses, for my example. A length which is not unusual (e.g. Every body knows, of L. Cohen). Then a note in anki (a set of information, i.e., a song), will generate at least 60 cards. One by verse. May be more, if you also decide to see every pair of verses. And/or every distique.

By default, in anki, if you see one card (i.e. when anki ask you to recall one verse), every other cards (verses) are buried. It means that you will not see any other verse the same day. If for some reason, the planning software believe there are 4 verses you should be seeing today, then you'll see a single verse. The other one will be seen, in the best case, the three following days. This delay is a really bad things and defeat the purpose of spaced repetition software.

This get even worse. May be anki will believe that there is also some other card you should see tomorrow. It will also be delayed for at least 4 days. And so on. Cards to see get more and more delayed, which ruin anki's purpose. I.e. you'll recall those card badly.

Of course, you can choose not to bury cards. In this case, what happens is that anki will ask you to recall a verse. A few minutes after, it will asks for the preceding verse. You will recall this preceding verse, but only because you just saw it, not because you really know it.

Note type

Another problem, which I have not yet solved, is: what kind of cards you should create. I first created cloze deletion cards. That means that card number n asks for verse number n and shows every other verses. Showing the verses after the current is a nonsens, but that's the easiest thing to do with anki. The manual of Space repetition software's state that the best way to learn a list is overlap. You ask verses n and n+1, and on another card, you ask verses n+1 and n+2. This is hard to do in anki, because cloze can not overlap. It means that you have two remaining choices: either you have note type with at least 60 fields (let's say a hundred, to be safe.) or you have one note by verse.

One note by verse is a very bad idea, for at least two reasons. I can tell you, I tried it, using an add-on doing exactly this. First, imagine that one made a typo, let's say on verse 40. Then you'd need to correct the typo on the 20 last cards. If it's a small typo, a search/replace may work. If it concerns a newline, you are screwed. Secondly, because it means that you do not have anymore the notion of «related cards». When you see question about one song, you may see another question about the same song the same day. As I explained above, it is a bad idea.

Doing a note type with a hundred fields is not such a good idea. Anki is not made for this, and it may makes anki really slow when adding a new note (I know, I alrdeady have a note with a hundred fields). This problem is due to the implementation of anki. I think I could solve it and create a more efficient implementation. I also know that the lead developper would not accept this, so I don't want to waste time doing it.

One thing is sure, it becomes impossible to enter a song by hand. At least not if you want to have one verse by field. Thus, the import process should be done using an add-on. I may want to give a try one-day, but right now, I don't know how to create a graphical interface. At least, I don't know how to do more than just adding a field in a menu, or a ok/cancel popup. Which is not enough to deal with songs. So, right now, I'm not trying to do it.

Human failure

The main problem is that, as soon as I want to add some lyrics in anki, I want to add hundreds of songs from dozens of artists I love. This takes time, deciding what to add, finding the lyrics on the web, or sometime typing them if the song's lyric is not already online(Which happens quite often when you love singers which are not famous). But mostly, it take a lot of time reviewing them.

Another problem comes from the fact that (I think) I already know most of the lyrics of the songs I add in anki.I'll want to see the hundred of songs immediatly. I can do it if I have a free hour. The trouble is that, a few day later, it will create a hundred of new card to review. Which led to the technical problem of having a lot of verses to review simultaneously.

On the other hand, if, in a day, I see only 10 new verses, it will be frustrating that I don't consider the hundred of other song I want to learn. Furthermore, I'll always see the same songs, which means that the last songs, either by alphabetical order, or by order in which I add them, will not be seen before monthes. Which is frustrating, because if I just added a song, it means I would love to see it right now.

Failure related to songs

One last problem is that song may be very repetitive. When a few verses repeat themselves multiple times in the song, e.g. in a chorus, you need a lot of context to know which is the next verses which is missing. You can't just read the 3 last lines. You need to know whether its the first, second, third chorus...

Furthermore, the cards created to learn the second chorus are a waste of time, since you already knew the first chorus.

In fact, when the repetition is only a chorus, it's kind of ok. You may write {chorus} instead of rewriting the chorus. It will save you time, since {chorus} is shorter.

The problem mostly is when the chorus change a little bit each occurrence. I don't have english example, but in French, it's quite usual to have chorus were one or two words are sometime changed. Either you write {Chorus (the current change)} to state that this time, the chorus has (the current change) (which is really strange to read when you learn your card), or you write the chorus entirely, and then you have the same problem as above.

This means that, essentially, what you really want to know is to learn which part of the song comes after which part, to see the big picture. This would let you know what goes after each chorus, since you'd essentially ignore the chorus. But doing the «big picture» seems to be complicated, how can you tell Anki how to process it ?

Note

[1] Sometime song I hate too. At least song with which I have a love-hate relation.

dimanche 22 juillet 2018

Atlas Shrugged, mon avis, que je n'ai lu nul part ailleurs

Atlas Shrugged.

Ce billet divulgâche allégrement Atlas Shrugged, en VF: La Grève.

“If you saw Atlas, the giant who holds the world on his shoulders, if you saw that he stood, blood running down his chest, his knees buckling, his arms trembling but still trying to hold the world aloft with the last of his strength, and the greater his effort the heavier the world bore down upon his shoulders - What would you tell him?" I…don't know. What…could he do? What would you tell him?" To shrug.”

“John Galt is Prometheus who changed his mind. After centuries of being torn by vultures in payment for having brought to men the fire of the gods, he broke his chains—and he withdrew his fire—until the day when men withdraw their vultures.”

Personnellement, Atlas Shrugged m'évoque énormément des noms historiques. Mais pas spécialement celle d'Atlas, peut-être que je le connais trop peu. Je pense d'abord au procès de Kafka. Mais un procès où tu verrais les deux côtés. Où l'individu poursuivi n'a pas plus de chance de gagner son procès que chez Kafka, mais où au moins, on connaît la motivation des juges. Je pense aussi à Cassandre. Mais une Cassandre qui aurait décidé de tenir compte du fait que personne ne l'écoute, et de fuir de Troie, seule. Si personne ne l'écoute, j'aurai du mal à la condamner si elle décide de garder ses pouvoirs pour elles-mêmes. Enfin, un résumé extrème d'Atlas Shrugged - de ce que moi j'ai tiré d'Atlas Shrugged, en tout cas - pourrait se trouver dans ce célèbre sketch sur l'expert en traits verts, à qui l'on demande de dessiner 7 traits tous perpendiculaires les uns aux autres. Enfin, Atlas Shrugged m'évoque une notice technique. Qui, de temps en temps, va regarder des détails techniques, l'agencement de ces détails, et comment un grain de sable fini par faire dérouiller tout une mécanique. Je fais parti de ces gens qui aiment les modes d'emplois, je passe parfois des heures entières à les lire la documentations de programme, de langages de programmations, et prendre des notes des points importants dans Anki. Donc pour moi, cette comparaison n'est pas un mauvais signe. Mais je conçois que ce livre n'est pas pour tout le monde, ne serait-ce que parce qu'il est parfois très aride. Dernier paradoxe, si ce livre me fait penser à un activiste de la vie réelle, je penserai à Richard M Stallman. Aux textes où il explique les dérives qui pourraient arriver quand on ne peut pas analyser et modifier le code, dérive qui souvent se produisent, et dont on peut parfois voir des conséquences[1].

Écrire sur Atlas Shrugged est très complexe. Peut-être car je ne sais pas trop pourquoi j'ai envie d'en parler. Et aussi parce que tous mes proches qui connaissent Atlas Shrugged le détestent. Ou plutôt, ils détestent la fan base d'Atlas Shrugged, et imaginent donc qu'il est étrange que j'en fasse parti. Je me sens donc forcer de me distancier très fort de cette fanbase avant d'oser dire quoi que ce soit de bien sur Atlas Shrugged, et ça rend les discussions très longues. Je vais donc commencer par expliquer pourquoi je tiens à me distancier de la fanbase.

En commentaire d'un récent billet le créateur fou m'a passé le lien d'une très longue critique d'Atlas Shrugged. Critique qui détaille le livre, chapitre par chapitre, en prenant bien du temps à expliquer tout ce qui ne va pas. Je suis attiré par cette critique, car je la trouve passionnante, mais j'ai l'impression que l'auteur de la critique et moi avons lu des livres différents[2]. Je reviendrai de temps en temps sur la critique ou sur le film, mais ce n'est pas mon intérêt principal ici. Mon plus gros problème avec cette critique, c'est qu'il répond au roman comme s'il parlait de la vraie vie. Si le même critique devait commenter superman, j'imagine qu'il signalerait que, dans la vraie vie, hurler «au secours, Superman» n'aide pas. Qu'en plus, Superman n'aurait pas le temps de répondre à tous les crimes de la terre, même sans prendre de pause. Et qu'au pire, il suffirait que les bandits s'organisent pour commettre leurs crimes au même moment sur toute la terre pour l'empêcher d'être efficace. Tout ça serait vrai, mais serait absolument non pertinent pour analyser une œuvre de fiction.

Le souci, c'est que ni l'auteur, ni sa fan base, ne considèrent Atlas Shrugged comme une œuvre de fiction. Pour reprendre un unique exemple, un patron d'une boîte de notre vrai monde est même temps ouvertement un grand fan du livre et appelle à autoriser le travail des enfants. Forcément, ce n'est pas le genre de personnes à qui j'ai envie d'être associé. Et ce n'est pas incohérent avec l'œuvre, puisque tous les héros ont, volontairement, commencé à travailler enfant, quitte à le cacher à leur parent, juste pour le plaisir d'être productif. J'imagine qu'il est donc pertinent que des blogueurs, comme le critique que je citais plus haut, prennent du temps à expliquer en quoi Atlas Shrugged ne doit pas être appliquée. Qu'ils expliquent en quoi suivre la philosophie d'Ayn Rand, l'auteure, serait désastreux. Je crains aussi que la tâche de ce critique ne soit vaine, car je ne m'attend pas à ce que des fans lisent une critique aussi dévastatrice de l'œuvre phare de Rand. D'autant que, cette critique passe parfois à côté de point important - et si moi, - qui suit d'accord sur le fond avec la critique, les voit, j'imagine que les fans inconditionnels de Rands seront totalement bloqués par ces détails.

Toute proportion gardée, j'ai apprécié mes stages de secondes (j'en ai fait deux, car j'ai redoublé). J'ai eu la chance d'avoir le droit à autre chose que des «stages-photocopies». J'ai pu toucher au site web de la première boîte où j'ai fait mon stage (qui n'avait pas de back-up, et a du faire refaire le site web après mon passage, tellement je l'avais cassé.) Et j'étais chez un «consultant en informatique» (i.e. réparateur, mais qui avait plus de prestigue.) Le boss de la première boîte est un ami de ma mère, le second a eu un contrat pour de nouveaux ordinateurs là où mon père travail. Autant dire que, aujourd'hui, je réalise que les stages intéressant ne sont pas du que à la chance où à mes qualités (et dans le second cas, que les 100€/semaine+le déjeuner que j'avais reçu était investissement largement rentable pour mon encadrant). N'empêche que ça me permet, légèrement, de m'identifier aux héros. De comprendre l'envie, dès l'adolescence, de créer des choses, d'aider des gens, et de montrer qu'on est capable d'autre chose que de s'asseoir dans une salle de classe. Cependant, entre apprécier un mois de stage en seconde, et vouloir rétablir le travail des enfants, il y a un pas que je ne sauterai pas. À 15 ans, j'aimais voir les adultes ébahis que je sache ouvrir un ordinateur et changer des pièces. Mais ça a duré un mois, je me serai probablement ennuyé à la longue. Je peux donc imaginer que les héros puisse aimer travailler sur des chemins de fers, permettre à des gens de se rendre où ils le désirent, et être récompensé pour cela. Mais si j'accepte d'ignorer les problèmes de sécurités ou de pollutions dans un roman, je trouverai ça monstrueux dans la vraie vie(Je vous avais dit, je ne peux pas m'empêcher de signaler que je suis différent des fans qui prennent Rand au premier degré !). Certes, en bon égoiste, les héros devrait se ficher de la raison pour laquelle le train roule, tant qu'ils sont payés. Pourtant, on voit souvent les héros penser à la raison pour laquelle les trains doivent rouler. Pour que les récoltes aillent des fermes aux villes, pour que les matières premières aillent des puits/mines aux usines où ils seront transformés. Et c'est l'une des choses que je trouve beau dans ce roman, quand l'auteure montre les causes de tant de petites étapes. L'exemple canonique, pour moi, étant une suite d'incidents menant à ce que des boutiques n'aient plus de grille-pains à vendre. On dirait qu'il n'y a aucun rapport entre faire rouler des trains, et acheter un grille pain neuf. Pourtant, il y a énormément d'étapes entre le moment où les différents matérieux sont extraits de la nature, et celui où l'on peut faire griller son pain. Aucune de ses étapes ne fait vraiment rêver; si quelqu'un me dit qu'il construit des grilles-pains, je ne m'imaginerai pas qu'il a une grande influence sur la marche du monde. Mais pourtant, il aidera énormément de gens, qui n'auront jamais entendu parler de lui, et qui ne penseront même pas à lui tellement il est naturel d'avoir un grille-pain. Plus précisément, tellement il est naturel d'avoir un grille pain en échange d'un peu d'argent, qui lui-même s'obtient avec un effort bien moindre que l'effort demandé pour créer soit même son propre grille-pain à partir de morceaux de méteaux et de résistances. Bien sûr, dans la vraie vie, il y a la pollution, qui est lié au transport, qui est lié à l'extraction de matière premières. Et la pollution a un coût humain énorme. Donc ce côté béat de «l'industrialisation rend service à énormément de gens qui ne le voient pas» n'est pas réaliste[3]. Accessoirement, étant chercheur, et un peu développeur, j'ai encore du mal avec l'idée des tâches répétitives. Une fois que le code est écrit, tout le monde peut l'executer. Une fois que le grille pain est fini, il faut en faire un autre, c'est étrange pour moi. Je dois à ce roman de me faire réaliser cette idée.

Les héros ne se sont pas contenté d'aller être faire du travail manuel dès leurs 12 ans. Dans le bon rêve américain, ils se sont élevé jusqu'à la tête de leur propre boîtes. Dans le cas d'Hank Rearden, être le patron de ses multiples compagnies. Il est décrit comme travaillant 18 heures par jours, tous les jours, et ne s'intéressant à rien d'autre qu'au métal. Il a acheté ses mines pour superviser l'extractions, il a ses propres fonderies, et ses forges. Mais surtout, il a réussit à créer un nouveau métal, le «Rearden Metal». Ce métal est plus légèr, plus résistant et donc moins cher, que l'acier. Créer ce métal lui a pris 10 ans de sa vie. Les méchants du livre (Catégoriser en gentil et méchant ne sera pas insultant pour Rand) prennent alors deux positions quand ils parlent de ce métal. D'une part, les méchants profiteurs (looter) voudront s'accaparer le métal pour se faire plein de sous sans devoir payer Rearden pour son travail. D'autres parts, les proches de Rearden trouvent ridicule de s’enthousiasmer autant, ce n'est qu'un nouveau métal, ça va changer un peu la productions de ceux qui créent des rails, des tanks, des camions, mais si on ne travaille pas soi-même le métal, ça n'a aucune importance. Tout du moins, c'est ce qu'ils croient, puisque dans une période de pénurie de matière première, pouvoir faire refondre les vieux rails, pour obtenir des rails plus longs et plus solide, c'est la différence entre avoir des trains qui roulent, et ne pas en avoir. Donc, la différence entre avoir des grilles pains ou non. Sauf que, forcément, la personne voyant qu'elle ne peut se procurer un grille-pain, ou un jus de grenade, ne verra pas toute la chaîne de causalité qui a ammené à cette pénurie. Seul le narrateur, et peut-être quelques personnages haut placés, voient tout le schéma.

La première choses qu'Hank Rearden fait, avec ce nouveau métal, c'est un bracelet pour sa femme Lilian. Sa femme ne l'apprécie pas. Elle aurait préféré un collier de diamant, plutôt que de porter un morceau de chemin de fer. C'est là où le critique d'Atlas Shrugged cité plus haut, et moi-même, différons entièrement. Le critique ne comprend pas comment l'auteur peut espérer que le lecteur sympathise avec Hank Rearder. Personnellement, j'ai du mal à sympathiser avec Lilian. Il s'agit là d'une journée exceptionnel, du résultat de 10 ans de travails. Je peux comprendre qu'elle ne partage pas sa passion, je ne peux pas comprendre qu'elle la rabaisse. Plus généralement, être excité par un travail intellectuel, et n'avoir personne avec qui partager sa passion est un sentiment que je comprend entièrement. Par chance, je n'ai plus tellement ressenti ça depuis 2008, les départements d'informatiques de l'Université de Montréal, puis de l'École normale supérieure. Mais je pense qu'énormément de geek, et de passionnés en général, pourront se voir dans Hank. Demander à Hank de laisser un peu c'est fourneau me fait penser à cet amoureux, qui demandait à Barbara (Lily Passion) d'abandonner son piano. Un amour qui demande d'abandonner une part de sa vie, je suis incapable de comprendre.

La comparaison entre l'art et la science est assez textuellement dans le livre. Un compositeur et un romancier rejoignent la grève lancé par les héros. La grève de ceux qui produisent. Le compositeur a mis plusieurs décennies à être reconnus. Il a fini par être apprécié de son vivant, et à voir la gloire qu'usuellement on ne réserve qu'aux défunts. Il aurait accepté des excuses du public, qu'ils expliquent qu'ils n'étaient pas prêt à accepter sa musique. À la place, tous les médias parlant de lui expliquent que si ses concertos sont tellement poignants, c'est parce que l'auteur a vécu 20 ans de souffrances, mais que cette souffrance est justifié puisqu'elle permet au public de recevoir cet extraordinaire talent ! Cette explication est bien montré comme étant hypocrite, son succès est arrivé quand son opéra de jeunesse a été rejoué, 20 ans après la première prestation, celle que les critiques avaient jugé désastreuses. Ce passage me parait particulièrement réaliste. Que l'artiste doive travailler beaucoup pour s'améliorer et développer un talent particulier, c'est une chose. Qu'il doive souffrir pour le plaisir du public en est une autre[4]. Je trouve la grève de ce compositeur belle, même si elle est aussi bête, puisque personne n'est au courant de la raison de sa grève (qui n'est donc pas une grève, mais une démission)[5]. Remarquez que ce n'est pas la première fois que je parle du rapport entre les passions pour l'art et pour la science. C'est le premier exemple que j'ai où l'on voit la différence fondamentale, où le discours tenu sur la science ne se transposerait pas à l'art.

Je disais que Lilian ne s'intéressait pas à la passion de son mari. À sa décharge de Lilian, il faut dire qu'Hank ne s'intéresse absolument pas à sa vie non plus. La situation est symmétrique, et elle n'est pas plus coupable que lui. La différence étant qu'elle refuse de divorcer, car sa position de femme d'Hank lui donne du prestige et une place dans la société. Et selon moi, c'est la principale faute morale d'Hank[6], ne pas prévoir en avance la séparation si le couple devait ne plus pouvoir durer. N'avoir pas prévu que l'amour ne durerait pas toujours, et agi comme s'il pensait que ça serait le cas. En dehors de l'argent pour vivre, la seule chose que Lilian exige de son mari, c'est qu'il l'accompagne, rarement, à des soirées. On en voit deux sur plusieurs années de mariages, et la première étant l'anniversaire des 10 ans de mariages. Soirée où Hank s’ennuie prodigieusement, où il est incapable de trouver des gens avec qui parler. J'ignore si ça fera de moi un égoïste, mais s'il y a bien un point sur lequel Atlas Shrugged m'aura changé, c'est celui là. J'ai refusé d'aller à un événement, où je m'attendai à m'ennuyer comme pas possible, malgré que ça soit théoriquement une obligation familiale. Réalisant que ça ne m'apportait absolument rien (et que je ne m'attend pas à ce ma présence apporte grand chose à la personne célébrée.)

La raison qui fait qu'Hank et moi-même détestons ces soirées, c'est qu'il nous semblent que rien n'y est dit. Je n'ai pas vraiment de souvenir d'échange d'idée, à part des banalités. À la limites, certaines personnes balancent des convictions, mais elles sont rarement assez étayée pour être convaincantes. À noter que je suis souvent coupable de ça aussi, j'ai des convictions, mais connaît rarement assez de chiffres et de faits pour convaincre quelqu'un de rationnel qui pense que je me trompe. C'est bien pour ça que je préfère souvent lire que discuter. C'est aussi pour ça que j'adore mon métier de chercheur, quand bien même mon domaine me permet de parler concrètement que d'un nombre très limité de sujets. Selon moi, cette possibilité de discuter concrètement est ce qui différencie les héros des méchants. Même si Atlas Shrugged est décrit comme une guerre entre les bons capitalistes et les méchants profiteurs, personnellement, j'y lis surtout une guerre entre ceux qui pensent qu'il est possible de savoir quelque chose, et ceux qui pensent que le monde est ce qu'il est par hasard. Il y a deux illustrations fortes dans le roman. Rearden Metal, fruit de 10 ans de recherche par Rearden, est renommé «métal miraculeux» par l'administration. Il est traité comme une nouvelle ressource naturelle, et tout le monde refusent d'accepter le fait qu'Hank Rearden ait sa part dans son arrivée sur le monde. Personellement, je suis loin d'apprécier le système de brevet actuel, mais je continue de penser qu'il est juste que, pour sa création, il soit récompensé, et non puni. Encore que tous les chercheurs, chimistes, métallurgistes, qui ont créé les outils et concepts dont il se sert devraient avoir leurs parts de récompense aussi. Le second exemple, négatif cette fois, c'est les «cas de forces majeures». Tout accident est traité comme «an act of god», au désespoir de ceux qui savaient que les rails étaient usés, que les machines étaient en fin de vie, et qu'il fallait remplacer tout ça, sans ça l'accident deviendrait inévitable. Mais puisque tout accident est «an act of god», personne ne peut être blamé, et il n'y a donc aucune raison d'entretenir quoi que ce soit. Pire, comme les retards sont punis, il vaut mieux avoir un accident que d'être en retard.

S'il y a bien un passage que les fans de Rand devraient appliquer, selon moi (à part se mettre en grève s'ils sont assez naïf pour penser que le roman doit être suivi à la lettre), c'est d'ailleurs la façon dont elle traite les accidents. Les cheminots étaient responsable de la sécurité du train. Ils pouvait arriver qu'ils doivent mettre leurs vies en jeux pour assurer la sécurité des passagers, si quelque chose se passait très mal. Mais en échange, la compagnie de chemin de faire avait l'obligation de faire tout son possible pour éviter les accidents. Une des méthodes pour éviter les accident, c'était d'engager des gens qui savent ce qui font, et leur faire confiance. Rearden a déclaré deux choses à ce sujet: il refuse de payer un homme plus que ce que cet homme lui rapporte. Et il a décidé de payer ces hommes bien plus le salaire payé par ses concurrents, pour avoir le loisir d'engager les employés les plus compétents. Hank Rearden a aussi déclaré qu'il ne demandait jamais à quelqu'un de prendre un risque qu'il n'était pas prêt à prendre lui même. Et, vu qu'il a monté la totalité de l'échelle, dans son cas, c'est vrai. Quand un train a roulé pour la première fois sur des rails et un pont en Rearden Métal, il était à bord, afin de prouver du mieux qu'il puisse sa confiance qu'il avait en son métal. Que quand il demandait à des ingénieurs de conduire ce train, il savait ne pas leur faire prendre de risque, puisqu'il savait que lui même en sortirait vivant. Un journaliste a demandé aux héros comment ils savaient que ce nouveau pont ne s'effondrerait pas, alors que l'opinion majoritaire disait que ce pont était un grand risque. Il explique alors qu'il a mené des test, fait des calculs, et tiré ses conclusions à partir d'expériences. Le journaliste répond donc que, ses conclusions, ça ne reste que son opinion propre, ça n'explique pas pourquoi il ose s'opposer à l'opinion du reste du public. J'ai trouvé cette discussion bien trop réaliste. Ça me rappelle beaucoup trop des discussions que j'ai eu, sur le sujet de la science, avec des gens n'en ayant jamais fait[7].

Un des passages les plus marquant du livre, pour moi, concerne ses questions de sécurités. Si un employé refuse de suivre un ordre car cela mettrait son train en danger, il avait le droit de désobéir et savait qu'il pourrait s'expliquer honnêtement, et ne serait pas blamé pour le retard. Enfin, ça, c'était dans le passé, à l'époque où les voie de chemins de fers avaient été construites, et non pas aujourd'hui, en temps de crise. Aujourd'hui, où les politiciens se mirent à remplacer les gens compétent à la tête de la compagnie, chaque personne savait qu'elle pourrait être blamé si cela sauvait son patron. Donc les accident augmentèrent. En particulier, le passage le plus poignant pour moi, c'était exactement ça. Un passager du train était un homme politique important. La locomotive a déraillé et est devenu inutilisable. L'homme politique n'en ayant rien à faire, il a ordonné au voyage de continuer. On leur dit que la seule locomotive disponible dans l'état fonctionne au charbon. Le mécano a prétendu qu'il ne pouvait pas passer dans le long tunnel avec (la ventilation n'était pas adapté a la fumée du charbon). Le politicien réplique que, même si c'est ilégal, il a tous les pouvoir pour rendre ce trajet légal, pour donner des ordres et être obéit. Il s'ensuit des pages et des pages de description. On suit toutes la chaînes hiérarchiques, depuis le politique qui téléphone au patron de la compagnie, puis de subalternes en subalternes, jusqu'au mécano. Tout le monde, sauf l'homme politique, sait qu'il est impossible d'obéir à cet ordre. Le haut de la hiérarchie refuse toute responsabilité, prétend qu'ils sont partis en vacances, et n'ont jamais reçu ce coup de fil. Tous refusent de donner des ordres écrit, jusqu'à un type en milieu de hiérarchie, qui exige un ordre écrit. Comme on lui refuse cet ordre, mais qu'on exige qu'il fasse passer l'ordre plus bas dans la hiérarchie, ce type démissionne - ce qui, dans cette crise, signifie, la garantie de ne jamais réavoir de travail légal, au mieux de vivre dans l'illégalité, au pire de mourir de faim. On voit un autre employé finir par envoyer des ordres écrits. Deux ordres, le premier de faire venir la locomotive à charbon là où le train à déraillé. Le second ordre étant de faire parvenir ce train jusqu'à la prochaine gare, de l'autre côté du tunnel. De façon a pouvoir prétendre qu'il n'a jamais ordonné de faire passer le train sous le tunnel avec la locomotive à charbon, et que ces ordres sont mal compris. Finalement, on voit le dilemme du machino. S'il refuse, il n'a aucun doute qu'il se fera virer, pour insubordination. S'il y va, il mourra. S'il déserte son poste, on s'en prendra à sa famille. Sa seule solution égoïste, pour ne pas être puni, et de lancer le train, tuer ses 300 passagers, sauter une fois que le train est en marche, et feindre sa propre mort. D'ailleurs, s'il prévient les passagers qu'ils feraient mieux de quitter le train, certains pourront témoigner qu'il a conduit des gens à leurs morts. Avec un peu de chance, le train ira assez vite pour sortir du tunnel et ne pas étouffer tous les passager, mais c'est loin d'être certain. [8] Cet homme, autrefois, était pres à risquer sa vie pour les passagers, tant qu'il savait que le chemin de fer était assez sûr pour qu'il soit presque impossible que sa vie soit risqué. Il n'était plus près à risquer sa vie pour sauver ses supérieurs d'une décision d'un politicien capricieux. J'ignore si je résume bien[9], mais Rand à réussit à peindre une situation réaliste, où je comprend pourquoi un type a accepté de condamner a mort 300 personnes, et où je ne suis pas sûr de le considérer comme coupable. Pour moi, ça fait de Rand une grande auteur. Mais pour faire ça, il lui a fallu des dizaines de pages, et des suites d'actions s'enchaînant les unes les autres, dans une partie tellement technique que, pour moi, ça relevait autant de la notice technique que du roman. Comme tout long passage, le film a résumé ces dizaines de pages à quelques minutes. Et je hais le film pour ça. Dans le film, personne ne sait qu'il condamne les passagers à la mort, et tout le personnel fait son possible pour que le train arrive réellement à destination. Retirant tout ce passage précédant, où Rand montre que l’égoïsme peut justifier de tuer ces 300 personnes !

Selon moi, la phrase qui résume le mieux l'idée dont je suis en train de parler, centrale dans le livre, c'est: «When a man declares: ‘Who am I to know?’- he is declaring: ‘Who am I to live?”»[10]. Je ne pense pas que ça soit de la grande philosophie, une vérité profonde révélée au monde par Rand. Mais c'en est une illustration poignante. Et pour une fois, je suppose que le concept s'applique à notre monde réel. Je donnerai un unique exemple: les vaccins (où les traitement de n'importe quel maladie), c'est finalement ta propre vie qui est en jeux. Si tu dois choisir de ne pas faire confiance à l'état, d'être convaincu que l'on tente de t'empoisonner, alors tu sauves ta vie. Sinon, tu contribues à augmenter les risques de ta mort. À augmenter les risques des gens que tu peux contaminer aussi, ainsi que celle de tes enfants, donc tu ne demandes pas seulement qui tu es pour vivre toi, tu engages les autres avec toi, et cette raison, selon moi, justifie à elle seule les obligations imposées par l'état aux parents (ce qui serait insupportable à Rand). Mais je suppose que ça justifie aussi la lutte des anti-vaccins contre l'état, s'ils sont persuadé qu'on tente d’empoisonner leurs enfants. Je pense que cet œuvre est la meilleure illustration que j'ai jamais vu de l'idée qu'il est d'une extrême importance de savoir distinguer le vrai du faux, de savoir se faire un avis par soit même, et d'être dans une position où l'on peut collaborer en confiance avec d'autres gens. J'ai connu quelques œuvres qui montrait comment la science a amélioré le monde, je trouve bien plus parlant de voir ce que l'abandon de la science au profit de la sagesse populaire et de l'intuition peut faire comme mal au monde.

Je pense que je ne peux pas le dire assez, la grande différence entre la majorité des fans d'Atlas Shrugged, et moi, c'est qu'ils voient les héros comme des hommes d'affaires, et je les vois comme des scientifiques ou des ingénieurs. Dans le monde de Rand, ce sont les même gens - ce qui en fait un monde très différent de celui dans lequel je vis. Peut-être parce qu'aucun de ces gens n'a de syndrome de l'imposteur. Seule l'héroïne n'a rien inventée, elle se contente de deux qualités: être extrémement compétente à son travail de direction éxécutive, et être la fille de l'ancien patron. J'ai vu plusieurs gens reprocher à Rand de choisir comme héros des héritiers. Montrant ainsi que l’ascension au mérite ne marche pas, même dans son monde imaginaire. Je trouve cette critique raté, puisqu'elle décrit un monde en déliquescence, et pas un monde selon son idéal. Si l'on croit Atlas Shrugged, le monde s'arrête car les gens compétents partent en grèves. Mais il n'y a pas que les patrons qui partent en grève. Pour être crédible, elle a du aussi décider que des ingénieurs, des techniciens, et même des gens compétents pour un travail totalement moins qualifié, aient aussi décidé de partir en grève. On remarque plus le départ des grands patrons, parce qu'ils sont capable de créer plus de remous. Mais tous les patrons ne partent pas en gréve. Les patrons incapables, qui survivaient car ils avaient des amis à Washington, des connaissance qui pouvaient leur faire obtenir des prêts de l'état, qui pouvait obtenir des exceptions évitant d'appliquer à leur entreprise des décrets pénalisant leurs concurrents. D'ailleurs, ceux-là étaient ceux qui gagnaient le plus d'argent (quoi qu'ils pouvaient de moins en moins acheter avec cet argent, puisqu'avec la crise, peu était produit, et ça se vendait très cher.) Et je pense que les patrons adorant Rand se rangent plutôt dans cette deuxième catégorie, j'ignore s'ils s'en rendent compte.

Finalement, le paradis de Rand, c'est un lieu peuplé de Sheldon Cooper (le héros super intelligent, de Big Bang Theory. Et totalement inadapté aux conventions humaines). Mais c'est un lieu rempli de Sheldon Cooper qui réussit mystérieusement à survivre. Et quelque part, c'est un lieu qui me fait un peu envie. Pour la même raison que celle pour laquelle j'étais fan de The Big Bang theory. Je déteste beaucoup d'obligations sociales (d'ailleurs, je ne sais pas qui les aiment.) Je déteste l'obligation d'être hypocrite. L'idée qu'il soit possible de dire honnêtement ce qu'on pense, de dire «vous dites des conneries même pas cohérentes, et vos actions ne font qu'empirer des choses», ça a un côté extrêmement attirant. D'ailleurs, ces questions d'apparences m'ont énormément surpris dans le film. Puisque les héros sont sensé être jugé uniquement sur leurs compétences, je me demande pourquoi tous portaient un costume-cravate, et pas un vêtement plus confortable. Après tout, ils n'ont rien à prouver, et ils se fichent des gens qui jugent sur autre chose que du concret. Les tests fait sur le nouveau métal sont concrets, la cravate du métallurgiste non. D'ailleurs, cette différence semble avoir échappé au critique cité plus haut. L'héroïne déclare que ce nouveau métal est bon, car elle a vu les tests et expériences fait dessus, donc demande à son frère et patron de la croire quand elle dit qu'elle utilisera ce métal pour ses chemins de fers. Ce frère et patron déclare avoir beaucoup investit dans une mine car il avait toute confiance en Dan Cognio, qui est un type sûr. Le critique ne voit pas pourquoi, selon Rand, le frère devrait croire la sœur et pas l'inverse. Personnellement, ça me parait assez évident, croire un homme et croire des expériences, c'est différent.

Je suis un chercheur, donc un scientifique. Je ne créé rien de concret, mes résultats pourront servir à d'autres à implémenter des programmes qui eux même pourraient servir à des gens ayant des buts plus concrets, et encore, c'est pas certain. Donc je suis loin d'être un héros Randien. Dans son monde, je serai un méchant de la State Science Institute, je ne me méprend pas à ce sujet[11]. Mais, paradoxalement, il y a un point que j'adore dans mon métier, qui n'est absolument pas concret, et que Rand montre bien. La science a des limites. En informatique, on peut prouver certaines limites mathématiques. En physique, il y a des lois fondamentales limitant ce qui est possible. Ayn Rand montre aussi des limites, même s'il s'agit de limite économiques, et que je suis moins certains que ces limites soient réelles. Elle montre un système économique poussé à la limite. Les méchants ne croient pas les gentils qui alarment que la limite approche, parce que jusqu'à présent, la limite n'avait jamais réellement été atteinte. Certes, il n'y avait plus de grilles-pains neufs, et il devenait difficile de se chauffer en hiver. Mais si on avait assez de sous, ça allait encore. Mais Rand ne tombe pas dans le cliché de «quand on veut, on peut», de «il suffira de travailler plus fort». Ce dont les profiteurs sont persuadés que c'est possible, que les héros n'ont qu'à travailler un peu plus pour continuer de produire plus. D'ailleurs, ils avaient raison de le croire, puisque plus ils exigeiant, plus ils obtenaient (tant que la limite n'était pas atteinte, je veux dire). Selon Rand, c'était la grande erreur de son héroïne; elle aussi avait envie de croire qu'elle pourrait tenir le système à elle seule[12]. Je donne un unique exemple. Taggaert Transcontinental était la plus grosse compagnie de train, avec des voie partout dans l'amérique. Un concurrent est venu, et a principalement une voie. Suite à une série d'accident, cette unique voie est la dernière disponible pour relier les deux océans. Dans le cadre de l'état d'urgence, il a été décidé que l'état recevrait tous les profits des compagnies de chemins de fers, et les reverseraient proportionnellement au nombre de kilomètres de voies possédé par chaque entreprise. Il se trouve qu'un des lobbyiste influent de cette loi est le patron de Taggaert Transcontinental. Sa sœur, l'héroine, dit donc à haute voix à quel point il est un profiteur, que ce n'est pas un hasard si ça lui rapportera énormément d'argent. Qu'il sera payé pour toute ses voie à l'abandon, plus utilisé par aucun train. Et que ça ruinera son principal concurrent, qui a une seule voie, qui est énormément utilisé, et nécessite donc un entretien important et couteux. Elle signale aussi que, une fois que le concurrent sera ruiné, ce morceau de voie indispensable ne sera plus utilisable, et puisqu'avec la crise, ils ne pourront pas le reconstruire eux-même, Taggaert ne sera plus transcontinental. Ça me parait assez cohérent d'imaginer que si, plus tu as du succès, plus tu perds d'argent, le système est intenable. (À noter que, contrairement aux fan d'Ayn Rand, je n'en tire pas comme conclusion que les impots ne doivent pas augmenter en pourcentage. Simplement que le pourcentage ne doit pas dépasser 100%.) Cette idée que la science à des limites était d'ailleurs assez bien illustré dès le début, par le fait qu'une révolution importante était une amélioration de métal. En 10 ans de travail, le héros, qui est sensé être un des grands génie, a juste créé un métal plus solide et plus léger. On est loin de la SF où l'on a des vaisseaux spatiaux, de la téléportation, ou des moyens d'échanger des images instanténement avec des amis.

Bref, pour moi, Atlas Shrugged est le plus bel hommage aux gens compétents que j'ai lu. Et ça le reste, même si l'auteur confond les mots compétent et capitaliste. Je finirai par un dernier point, il y a une chose où les détracteur anticapitaliste d'Atlas Shrugged devrait quand même être d'accord avec les fans. Les capitalistes qui pensent que toute action du gouvernement est une atteinte à la liberté, qui croient qu'Atlas Shrugged doit être suivi au premier degré, devraient se mettre en gréve. Peut-être que les fans et les détracteur espèrent et prédisent des conséquence différentes à cette grève potentielle, mais je ne pense pas qu'aucun des deux camps n'imagine que la gréve ne lui soit pas bénéfique.

Notes

[1] doute sur les machines à voter, objets connectés non patchable, impossibilité de savoir quel données sont volées par les programmes.

[2] Par contre, je partage à 100% son avis sur le film. Il est d'une nullité prodigieuse. Comme s'ils avaient voulu retirer tout ce qui est bien du livre, et ne garder que les incohérences.

[3] Vraiment, c'est dur pour moi. Je n'ose pas supprimer cette phrase où j'explique que je sais que la réalité est différente de l'œuvre !

[4] À part si on est dans une performance dans un cadre SM, mais auquel cas la souffrance ne porte pas sur toute la vie, juste sur le temps de la prestation, dans une ambiance précise. Et vu la description des relations entre l'héroïne et ses amants, parler de SM n'est même pas déplacé - à part que dans le SM, il y a une notion de consentement, qui semble absente dans le roman.

[5] À noter que le film est encore pire, puisqu'aucune explication n'est donnée du tout.

[6] Il semble que ça soit aussi un problème de beaucoup de gens qui se marient

[7] Ce qui ne veut pas dire que les tests d'Hank Rearden permettait vraiment d'obtenir les conclusions qu'il annonce. Mais puisque Rand ne décrit pas les expériences menés sur le métal, je m'abstiens de me prononcer à ce sujet. Contrairement au critique cité plus haut.

[8] Il faut rajouter deux autre problème quand bien même ça aurait pu réussir, il se trouve qu'un passager a tirer le bouton d'urgence, pour stopper le train au milieu du tunnel. Rendant la mort certaine. Et pour couronner le tout, un train transportant des explosifs pour l'armée allait sur les mêmes rails, à contre sens (le tunnel n'a qu'une seul voie). Ce qui a entraîné l'exlposion du tunnel.

[9] Sinon, essayez ici, puis .

[10] «Quand un homme déclare: "Qui suis-je pour savoir", il déclare "Qui suis-je pour vivre ?"»

[11] Une autre preuve de ce fait, si l'on me menaçait de me torturer, je suis sûr que je serai prêt à dire du bien des instruments de tortures, plutôt que me sacrifier au profit de la vérité.

[12] devenant par là même une dictatrice éclairée, choisissant quel industries était assez indispensable pour autorisé qu'on leur envoie les quelques trains qui reste, et quel industries elle laissait périr. Ce que je trouve assez ironique.

samedi 21 juillet 2018

Que peut bien gagner quelqu'un sans pouvoir à m'insulter ?

Dès fois, je me demande un truc tout bête. J'essaye de comprendre l'insulte.

Une personne de mon entourage m'a traité de cafard, rat, cancrelat, m'a souhaité de mourir rapidement et douloureusement, expliquer que je ne m'intéresse qu'à l'argent, que je l'ai volé et que je contribue à l'extermination des juifs en général. Et ce n'est pas une exagération. Je crois aussi qu'elle a déclaré que je n'ai aucune morale. Comme quelqu'un m'a pertinemment fait remarquer, l'avantage si nous mourrons rapidement, c'est qu'on ne souffrira pas longtemps.

Je me pose alors la question suivante: et alors ?

Pour l'expérience de pensée, admettons que tout cela soit vrai[1]. Déjà, il faudra admettre que je suis un imbécile, car s'intéresser qu'à l'argent, et être chercheur dans une université, c'est pas bien malin. Mais je ne tenterai pas de raisonner avec cette personne. Je doute qu'il soit possible de la faire changer d'avis. N'empêche, n'ayant aucune morale, je suppose qu'elle ne s'attend pas à ce que j'ai honte simplement car elle vient de découvrir la vérité. Surtout que, selon elle, le vol est déjà commis, sa réalisation arrive trop tard.

Supposons maintenant qu'elle ait tort. Je ne vous cacherai pas que c'est l'hypothèse qui m'arrange le plus. Supposons, par exemple, que j'ai une morale. Par exemple, même si aujourd'hui je regrette de lui avoir passé un mouchoir lorsqu'on descendait le cercueil de son père sous terre, j'ai assez de morale pour réaliser que ce regret est gratuitement méchant. Est-ce qu'elle pense que j'en ai quoi que ce soit à fiche de son avis ?

Je comprend qu'elle ait tenté de me donner une baffe. Au pire, elle me fait un peu mal. Au mieux, je répond à sa baffe, et s'il y a des traces c'est moi qui ait des complications, puisque je ne pouvais pas prétendre à la légitime défense vu la disprortion entre nos physiques (qu'elle ne peut pas manquer d'avoir remarqué, vu les remarques qu'elle a faite dessus.) Mais dans tous les cas, les accusations semblaient ne pas pouvoir être dans son intérêt. Ce qui me laisse perplexe.

Si encore c'était ma supérieure hiérarchique, et que ma carrière dépende d'elle, ou bien si elle m'hébergeait, alors son avis m'importe, et je sais que je risque gros.


Dans certaines œuvres, pour comprendre l'intérêt d'un personnage, il faut voir le but obtenu. Ici, le but obtenu est que je tente à comprendre, et que de temps en temps, cette question me trotte en tête. Puisqu'elle a admis en face qu'elle avait pour but de nous pourrir la vie, ça serait même relativement cohérent. Et dans ce cas, je suis forcé d'admettre que je l'admire quand même un peu.

Cependant, l'intérêt de l'insulte n'est pas totalement résolu pour moi. Car cet intérêt: pousser quelqu'un à se questionner, ça ne marche pas 10 fois non plus. Au bout d'un moment, c'est trop répétitif, le coût mental diminue.

Note

[1] Je précise: c'est une expérience de pensée uniquement. Mon fursonna est un hamster, qui n'était pas dans la liste d’animaux cité. Et la seule chose que j'ai volé, ce sont des barquettes de lu. Je me suis fait totalement avoir par Endemol, en 2006. Ils m'ont fait poireauté une journée dans les coulisses de 1 contre 100. J'étais le candidat 102, j'étais là en remplacement si quelqu'un devait quitter le plateau durant l'enregistrement. Et finalement, ils m'ont dit que je ne participerai pas à leur jeu télé. En guise de revanche, à un moment, je me suis servi sur le plateau de catering, qui n'était pas sensé être celui des candidats. Puisque c'est prescrit depuis, je peux le dire dans ces notes de bas de pages.

jeudi 12 juillet 2018

Merci de ne pas m'offrir de thé comme cadeau

En général, je partage entièrement l'avis de Ruxor concernant ce que doit être un cadeau. Mais j'ai envie de compléter plus particulièrement ce que je pense de ceux qui, pour me faire un cadeau, m'apportent du thé aujourd'hui[1].

Je bois souvent du thé. En général, deux fois par jour. Et je fais ré-infuser. Cela peut donner l'impression à ceux qui me fréquente que j'en consomme encore plus que ce que je consomme actuellement en matière de théine. Par ailleurs, j'ai chez moi un assortiment de thé bien plus grand que la majorité des gens. Quand je vivais dans un studio, c'était relativement voyant, puisque j'avais plusieurs dizaines de boites en métal empilée les unes sur les autres contre un mur. J'ai aussi un plus petit assortiment de mes thés préférés chez mes parents, pour quand je rentre chez eux. Tout ça pour dire, je pense que la majorité des gens qui me fréquentent savent assez rapidement que je suis un buveur de thé. Et ceux qui sont venus chez moi savent que j'ai beaucoup trop de thés qui s'accumulent, ce qui est une première raison pour ne pas rajouter du thé au tas.

Il est dur de savoir quoi offrir comme cadeau. On peut se donner l'idée d'offrir un cadeau lié à une passion du récipiendaire. Personnellement, je suis mathématicien, mais offrir un livre de mathématique au hasard est assez compliqué. Même d'un matheux à l'autre, on ne sait pas toujours quel prérequis le récipiendaire a, ou n'a pas. Je comprend bien qu'offrir du thé est une solution simple, et en plus, un buveur de thé aura surement un usage à faire de ce thé. Ce n'est pas comme si on m'offrait un livre de photo, qui fera joli dans ma bibliothèque puis sera plus jamais touché.

Je peux imaginer deux raisons d'offrir un aliment. Soit remplir une obligation sociale. Par exemple apporter un gateau, ou une bouteille de vin, quand on est invité à manger quelque part. Autre exemple: apporter des chips à un pic-nic/pot. Je n'ai jamais vu quelqu'un apporter du thé pour remplir ces obligations[2]. Si on est chez quelqu'un, cette personne a déjà du thé sur place. Et si c'est un buffet institutionnel, il y a parfois des sachets de lipton fourni avec le grand thermos de café et les bouteilles d'eau. Mais le thé n'a pas spécialement été apporté.


Un cadeau pour faire plaisir. Je vais me limiter à la seconde raison que je peux imaginer pour apporter un aliment. Avoir envie de faire plaisir au récipiendaire.

Si je veux vraiment faire plaisir à quelqu'un, je n'apporterai pas un paquet de chocolat milka ou une bouteille de vin trouvé au hasard dans un super marché. Quand je reçois un «thé vert», ou un «Darjeeling» sans nom de jardin, ni de récolte, c'est exactement la même chose. Quoi que le thé est un cadeau encore pire que mes exemples. Un sachet de thé fais environ 100 grammes en général, et il y a environ 5 grammes par tasses. Donc un paquet de thé, c'est une vingtaine de tasse. Vous me laissez donc le choix entre 20 tasses (i.e. 10 jours) de thés sans intérêt, au lieu d'apprécier quelque chose qui me plait vraiment. Ou alors offrir votre thé à quelqu'un d'autre (ce que je ne ferai pas, si j'offre du thé, j'en offrirai un que je sais être bon). Ou bien jeter ce thé, ce qui est du gâchis.

Les deux dernières personnes à m'avoir offert du thé revenaient d'Indes. Leurs cadeaux avait quand même l'avantage d'être un produit local, en rapport avec leurs parcours[3]. Mais ma comparaison reste valide. Personnellement, si je reviens de Belgique, et que je veux faire plaisir à quelqu'un, en lui apportant un cadeau d'anniversaire, par exemple. Je ne lui rapporterait pas une tablette de chocolat côte d'or, ni un pack de Jupyler. Non pas que ça soit mauvais, mais ce n'est pas quelque chose digne d'être un cadeau. Quand bien même je l'ai acheté en Belgique, et que c'est une denrée pour laquelle la Belgique est célèbre, ce n'est pas réellement ce qu'on a envie d'appeler «de la bière/du chocolat Belge».

Bon, les thés qu'on m'a offert récemment ont un gros avantage sur le pack de jupyler. Ils avaient un bel emballage. Un truc bien joli, vendu dans les coins à touriste, je suppose. Et j'admet que j'ai pu faire pareil. Je suis déjà rentré à Paris, en prenant avec moi des boites de chocolat, toutes faites, trouvé à la gare de Bruxelles. Pour les avoir goûte, ils sont bons, sans avoir d'intérêt particulier. Mais j'imagine que ça peut faire plaisir à quelques personnes qui ont reçus mes cadeaux. Simplement, je n'aurai pas fait ce cadeau à quelqu'un que je sais être amateur de chocolat. À quelqu'un qui, chez lui, m'aurait proposé de me faire découvrir des «bons» chocolats. Ou plutôt, puisque «bon» est mal défini, je n'aurai pas fait ce cadeau à quelqu'un qui choisit son chocolat avec attention. Parce que cette personne sait déjà ce qu'elle achète, et avec mon ignorance, je n'ai aucune raison de penser pouvoir faire mieux. Ou alors, si je veux faire mieux, soit je me renseigne auprès d'une personne de confiance (i.e. pas un vendeur), pour savoir quel sont les vrais chocolatiers belges d'exception. Ou bien je demande au récipiendaire ce qui lui fait plaisir. Et même si la surprise disparaît, celui-ci pourra recevoir un cadeau qui a le double avantage d'être: bon, et où mon aide était effectivement utile[4].


La découverte Le titre de ce billet est mensonger. En réalité, je ne veux pas que le thé soit un cadeau. Mais je veux bien qu'on m'offre du thé. Si je vais chez un-e ami-e et qu'iel m'offre un bon thé, j'en serai ravi. Mais dans ce cas, ce que j'ai, c'est une tasse ou deux. On partage une théière. Ce qui est un contexte extrêmement différent de celui que j'évoque plus haut. Il arrive que je prenne note du nom du thé, et de la boutique, pour me le procurer moi même. C'est ce que j'ai fait récemment avec de l'hojicha cookie, par exemple.

En généralisant, si vous avez un thé, que vous savez être bon, alors je peux imaginer que ça me ferait plaisir d'en recevoir. Pour l'instant, cette situation n'est jamais arrivée. Et je ne souhaite pas spécialement qu'elle arrive, puisque, comme je l'ai dit plus haut, j'ai déjà trop de thé chez moi.

D'ailleurs, pour l'instant, j'ai déjà tous les thés que j'ai envie d'avoir, à part certains qui sont vraiment hors de prix. Je pense en particulier à un thé blanc fumé, qui sentait vraiment bon, et que j'ai découvert à San Pancras. Mais qui valait 200 livres les 100 grammes[5]. Et même dans ce cas là, je ne souhaite pas que vous m'en offriez. Parce que, si vous êtes prêt à mettre une telle somme pour moi, je suis certain qu'il y a plein de truc à ce prix qui me feraient immensément plus plaisir. Après tout, si rien ne pouvait me faire plus plaisir pour 100 livres, alors j'aurai eu les moyens de m'acheter ce thé moi-même. Je possède plus de 100 livres d'économies sur mon compte en banque.

Notes

[1] Je précise la date car ce billet ne s'appliquent absolument pas aux cadeaux que j'ai pu recevoir quand j'étais béotien, et que j'avais tout à découvrir.

[2] À part moi, qui me déplace parfois avec un thermos de thé. Et encore, il est rare qu'on m'en prenne.

[3] Avec en prime, le fait qu'on évite tous les contrôles sanitaires exigé par l'Union Européenne. Ou encore les contrôles que des boutiques comme le Palais des Thés disent faire régulièrement pour vérifier l'absence de travail des enfants dans les plantations partenaires. (Bon, je n'ai rien qui me permette de vérifier que Palais des Thés vérifie sérieusement ce qu'ils avancent. Mais le fait qu'il s'y engagent est déjà légèrement plus rassurant qu'un thé pour touriste vendu dans un aéroport)

[4] Si des parisiens que je fréquente me lisent, hésitez pas à me demander des chocolats bruxellois que vous aimeriez.

[5] Mon cerveau avait rajouté une virgule. J'avais lu 2,00 livres les 100 grammes, tellement le prix était incroyable. Ce qui faisait vraiment pas cher pour du thé blanc. C'est quand le vendeur m'a demandé de confirmer que j'en voulais 100 grammes que la virgule à disparu de mon imagination.

lundi 28 mai 2018

Cheminement de pensée: Personne introvertie et pas toujours certains des bienséances

Situation

Je suis mentalement épuisé après avoir parlé à des tas de dizaines d'inconnus, plusieurs jours d'affilés.

Une amie A me propose de venir la voir chez elle. Pas plus de 2 heures longtemps, car elle a un rdv après avec B et qu'elle voudra être seul avec son autre rdv. A me propose du thé, ainsi qu'à C, un autre ami à elle, qui était sur place.

B arrive plus tôt que prévu. Alors que le thé infuse mais n'est pas servi. On nous présente, et A demande à l'autre invitée si elle veut une tasse. A précise qu'on se retrouvera avec des tasses moins remplies. Mais c'est pas grave.

Panique

J'ai alors un petit moment de panique intérieur. Dois-je partir où non ? Plusieurs arguments se déroulent en même temps. Il serait probablement malpolie de montrer à l'autre invité qu'elle nous chasse, surtout si elle savait pas qu'on serait là et qu'elle venait ignorant cette conséquence. D'un autre côté, si elles veulent être seul, je la gênera à être là.

C aussi empêcherait la solitude. Et pourtant il ne semble pas chercher à partir. Même si A rappelle plusieurs fois à C que celui-ci avait déclaré devoir partir. Il me semble que A est assez directe normalement, et que si elle voulait être seule, elle l'aurait directement dit à C. Mais peut-être que son comportement avec C est différent de son comportement avec moi, pour des raisons que j'ignore.

Donc peut-être que A tente de faire partir C, qui ne remarque pas ces encouragement au départ. Et, puisque je suis pas forcément plus à l'aise socialement que C, il y a peut-être des encouragement à ce que je parte que moi non plus je ne remarque pas.

Par exemple, quand A déclare que les tasses de thés seraient moins remplis, peut-être que cela m'indique que cela rendrait la situation moins confortable pour nous tous. Mais je doute que A me fasse ça, il me semble qu'elle est plus franche que ça. Ou au moins qu'elle l'est quand on est que tous les deux.

D'un autre côté, si A dit que j'aurai une tasse plus petite, c'est probablement qu'elle me propose toujours du thé. Donc qu'elle veut encore bien que je sois présent. Et dans ce cas, partir après avoir fait infusé du thé pour moi serait un gâchis, ça serait malpoli. Puis-je réalise que cette pensée est bête, si B prend mon thé, finalement, ça serait pas gâché. Ce qui ne retire rien à l'impolitesse.

À la limite, si j'étais avec A seul, je pourrai lui demander directement tout ça. Mais, ne connaissant ni B ni C, je ne suis pas capable de savoir comment ils prendraient les questionnements que j'évoque plus haut. Et je voudrais pas insulter les invités de A. Ce qui implique donc que je ne sais pas si je peux demander à lui parler en privé, à lui parler sans que B écoute. Je pourrai à la limite envoyer un texto à A. Mais si A demande à haute voix pourquoi je lui envoie un texto, je reviens au problème précédent.

Je reste

Finalement, je reste. Je bois le thé, qui est d'ailleurs excellent (de l'hojicha cookie). Et là je réalise que, dans l'état de fatigue où je suis, rencontrer deux nouvelles personnes, c'est bien trop épuisant pour moi. D'ailleurs, un moment, je le dis explicitement que l'arrivée de B ne m'aide pas à me reposer. Je ne doute pas que A comprend la différence entre «rencontrer quelqu'un me fatigue et je suis déjà crevé» et «j'en veux à B d'être là.» Sauf que un problème similaire au précédent ce repose, je ne connais pas B, et ignore donc si la nuance est claire pour elle.

Il y avait une raison pour laquelle je parlais de mon incapacité à me reposer. J'ai dit à A que la présence de B et C me fatiguait pour expliquer pourquoi j'allais partir alors que ça ne faisait même pas une heure que j'étais chez elle. Après avoir dit que B et C me fatiguaient, je réalise que je serai en train de littéralement dire à B: je pars à cause de toi. Finalement, je décide de rester un peu. Quand bien même B comprendrait que j'ai dit ça, il serait moins évident de me le reprocher.

Je reste encore

Je trouve que je suis un peu ridicule. Après tout:

B est l'ami de A. Je doute donc que ça soit une personne qui attendent de voir des gens tenant à respecter les conventions sociales.

Si A et B voulaient être seul, elles ont moins pu profiter de leur solitude si je reste.

Et je pouvais dire que, finalement, j'étais fatigué, sans avoir à justifier la cause de ma fatigue. Quand bien même je trouve contre-intuitif d'imaginer que cette fatigue arrive sans que je puisse l'anticiper.

Je pars donc.

Conclusion

J'ai envoyé un texto pour m'excuser de mon comportement à A. Elle a déclaré que, à part avoir parlé fort, je n'ai rien fait de mal. Le plus ridicule dans cet histoire, c'est que toutes ses pensées ci-dessus étaient finalement entièrement inutile. Sauf qu'il m'était impossible de le savoir, par manque de connaissance sur B.

jeudi 26 avril 2018

Cas concret de questionnement sur l'action pertinente en milieu féministe

Petit exemple de réflexion qui me trotte dans la tête, pour savoir quel conduite tenir en milieu que je suppose féministe.

Une autrice que j'apprécie particulièrement à fait une conférence, puis dédicasse, dans la librairie féministe indépendante parisienne[1]. Chose exceptionnelle pour moi, je suis dans un milieu où, à première vue, les hommes sont en minorité.

Le début de la conférence consiste en un échange entre la libraire et l'autrice. Puis une lecture d'un extrait de l'œuvre. Enfin, vient le moment des questions du public. Il y eu quelques petites questions, puis s'en vint un grand moment de silence. La libraire nous pousse à parler. Après tout, l'autrice est venu à Paris pour cet échange. Avoir peu de question, c'est assez courant dans les conférences scientifiques. À ma connaissance, c'est bien plus rare quand un groupe de fan se déplace. Et je doute que des gens soient monté à l'étage de la librairie par hasard, donc nous devions bien être plusieurs dizaines de fans sur place. La libraire demande alors si, en tout cas, on avait des remarques, des choses auxquels nous ont fait penser les textes qu'on a déjà lu d'elle.

J'ai bien une remarque qui me vient en tête. Qui me semble un peu drôle, sans forcément être l'anecdote du siècle. Mais qui donne un exemple de comment ce texte se relie à une expérience que j'ai vécue. Je songe à la partager, parce que parler, ça peut pousser d'autres à parler, des gens qui auraient eu peur de briser le silence. Et parce que j'imaginais que, si je me déplaçais dans une autre ville dans un événement qui m'est consacré, je prendrai assez mal que personne n'intéragisse. Bref, qu'il valait mieux cette anecdote plutôt que rien du tout. Au moins pour l'autrice et l'organisatrice.

D'un autre côté, j'avais déjà posé la première question. Et j'avais aucun doute sur le fait que, si la personne demandant le plus la parole est un des rares hommes présents, ça ne pourrait pas manquer d'être remarqué comme un exemple du fait qu'on monopolise la parole. Indépendament de mon genre, j'ai tendance à parler beaucoup, donc c'est quelque chose auquel je dois faire attention. Qui plus est, dans une librairie féministe, je m'attend à ce que certaines personnes prennent mal le fait que, malgré qu'ils soient en minorité, les rares hommes prennent une part importante de la parole. C'est déjà ce qu'il y a partout ailleurs, ça serait agaçant de le voir dans ce lieu qui serait théoriquement plus safe.

Ou peut-être que personne ne se disait ça, et que je projetais sur ces fans des discours que j'ai entendu dans des milieux plus militants. Finalement, j'ai donné mon anecdote. Ça a relancé la discussion un peu. Personne ne m'a fait de remarque. Puis l'autrice est passé aux dédicaces. J'ignore si c'est bien fait, ou une erreur, ou autre. Non pas que ça soit bien important. Je doute qu'à part moi, grand monde s'en souvienne, et j'irai pas faire perdre du temps à l'autrice pour lui demander.

Note

[1] J'aime pas donner des noms, mais franchement, ici, ça va pas être dure de trouver de qui je parle.

mercredi 4 avril 2018

Ma plus grande fierté récente: je n'ai pas rit

Voici ma plus grande fiertée récente. Je me suis retenu de rire. Et ceux qui connaissent mon rire savent que ce n'est pas rien.

Récemment, j'ai été à un enterrement religieux, avec prêche par un rabbin. Je ne suis moi-même pas croyant, ni très intéressé par les cérémonies. Mais ça faisait plaisir à une personne vivante que je sois là, et j'étais prêt à faire un effort pour faire plaisir à cette personne en deuil.

Pour une raison que je n'explique pas exactement, j'ai un peu d'affection pour les officiants qui font un effort pour parler aux gens ne partageant pas sa religion. J'ai déjà eu l'occasion d'en voir un aux mariage d'un couple d'ami. Je crois que j'apprécie quelqu'un qui a un pouvoir et ne l'exploite pas. Il a été chargé par les organisateurs d'animer une partie de la cérémonie. La cérémonie est importante aux yeux des organisateurs. Je n'ai rien contre les cérémonies. L'officiant pourrait en profiter pour tenter de convertir/culpabiliser les non-croyants présent dans l'assistance captives, qui sont justement rarement là. Où alors décidé de les ignorer, puisque ni lui, ni ses confrères n'ont grand chose à gagner ou a perdre de nous avoir plu ou non.

Il se trouve que le rabbin a beaucoup chanté - il chantait admirablement bien d'ailleurs - en hébreu. Puis, en français, il a commencé une phrase par «il y a une vérité avec laquelle nous serons tous d'accord, quelque soit nos croyances». Le «quelque soit nos croyances» m'a un peu rassuré, je n'aurai pas à subir je ne sais combien de dizaines de minutes de trucs sans rien comprendre, ni même pouvoir signaler quand je ne comprend pas[1] comme j'aurai pu faire dans un cours ou une conférence. Puis il a continué sa phrase avec «une fois que la lumière de l'âme s'est allumée, elle brillera pour toujours au pied de Dieu.» Et là j'ai eu envie d'éclater de rire. Je trouve la blague hilarante - à part que ce n'est probablement pas une blague. La tension est forte en ce lieu, ce qui exacerbe les émotions. La prémisse est crédible: faire un discours pour tous. La chute n'en est que plus génial, sortir une des phrases les plus clichés possible sur la religion. Le tout dans un contexte totalement sérieux où il n'était absolument pas attendu qu'il y ait d'humour.

J'ai failli éclater de rire. Je ne l'ai pas fait. Je suis fier de moi.

Note

[1] En fait, je suppose que j'aurai pu répondre. Un invité a signalé au rabbin qu'il ne faisait pas la prière de la bonne façon.

mercredi 21 mars 2018

Ton théorème préféré

Je lance actuellement un podcast mathématiques, «Ton théorème préféré» adaptation française libre du podcast «My favorite theorem». Voici une présentation à destination des invités. Merci de me contacter si vous voulez participer. Le temps que ça devrait prendre aux invités, serait, dans l'idéal, entre 20 minutes (le temps d'enregistrer) et une heure (si tu décides de te préparer, ce qui n'est pas obligatoire).

Le principe est simple: aller voir des gens qui aiment les maths et leur poser cette question: quel est ton théorème préféré ?

  • Donner son nom s'il en a un
  • Donner son énoncé (et introduire quelques notions autours)
  • Pourquoi c'est ton théorème préféré
  • (rarement) Une idée très rapide de la preuve si elle n'est pas trop complexe.
  • Pour partir un peu plus dans l'imaginaire, essayer de trouver comment ce théorème pourrait être une métaphore de notre société, de la vie, etc...

Le tout se faisant sur le ton de la discussion, ce qui me permettra d'obtenir des précisions, ou de reformuler histoire de voir si j'ai bien compris.

Puisque, par hypothèse, c'est ton théorème préféré, il y a des chances que tu connaisses déjà bien les trois premiers points, et peut-être même le quatrième (pour rappel, on parle d'une idée de preuve, pas d'une démonstration complète). Le but est réellement qu'il y ait peu de préparation en amont pour l'invité-e. Ce théorème peut être un théorème qui t'as donné envie de faire des mathématiques, un théorème que tu aimes particulièrement enseigner, un théorème que tu as prouvé toi-même, un théorème fondamentale de ton domaine de recherche... Voir ça peut ne pas être un théorème au sens strict (e^{ip}+1=0 est plus une équation qu'un théorème, mais serait acceptable. Puisqu'on peut prouver des algorithmes, un algorithme pourrait aussi être envisagé. )

Pour donner deux exemples tiré de la VO:

  • Si tu prends 4 points dans l'espaces, ABCD, et relie les milieux de AB BC CD et DB, tu obtiens un parallélograme. Via 4 applications de Thalès.
  • Il existe une borne supérieur explicite au nombre de mouvement à faire sur un nœud avec n croisements pour le transformer en unknot. (ici, aucune idée de preuve n'a été donnée, par contre, l'invité à expliqué ce qu'était un nœud mathématiques)

J'espère varier les niveaux, avoir des contenus accessible à des lycéens scientifiques, et d'autres contenus accessible aux gens ayant fait des mathématiques en étude supérieure. Donc, ne vous en faites pas si vous trouvez que le théorème est trop simple/basique. Ou au contraire si le théorème doit utiliser des notions d'algèbres/d'analyse de licence/prépa. Nous devrons donc décider avant l'enregistrement les notions qui sont supposées acquises, celles qui seront rapidement rappellé, et celles qu'on prendra le temps de bien introduire. Cette information sera communiqué au public via la description de l'épisode. Par exemple, si vous voulez aborder le théorème d'Euclide, on passera du temps sur les nombres premiers. Si vous voulez parlez de théorème plus poussé de théorie des nombres, on pourra supposer les nombres premiers connus pour se concentrer sur des notions plus compliquées

Toi

Par ailleurs, je présente l'invité, donc j'aurai besoin de savoir quel nom/pseudo tu veux donner, s'il y a des réseaux sociaux, podcasts, blogs, livres, dont tu t'occupes et que tu veux voir présenté (pas nécessairement relié aux mathématiques). Et ce que je peux dire de ton parcours mathématiques. (doctorant-e/docteur/doctoresse en mathématiques, informatique, physique..., ATER, prof de math au lycée, amateur sans qualification universitaire)

Techniques

Pour l'instant, c'est encore en phase de rodage, un pilote a déjà été tourné, mais je ne suis pas encore en mesure de garantir que toutes les prises seront exploitables. Je préfère prévenir en avance par transparance.

L'enregistrement se fait d'une des deux façons suivante:

  • De préfèrence: en face à face. Je m'occupe de la technique. Il me suffit d'avoir une table où je peux fixer un bras de micro, dans une pièce qui n'est pas très bruyante/qui n'ait pas énormément de reverberation, et je peux me déplacer enregistrer là où ça te conviendrait.
  • Sinon: via le web, mais uniquement si tu sais enregistrer un son de bonne qualité de ton côté. Je tiens fortement à éviter les grésillements typiques d'un certains nombre de podcast via skype.

N'hésite pas à me recontacter si tu as des questions, si tu veux plus de précision, si tu veux vérifier que ton idée collerait avec le podcast.

samedi 17 mars 2018

Penser à contre-attaquer

Deux fois en un an, j'ai été attaqué, de manière que je trouve particulièrement injuste. Par deux personnes avec qui j'avais passer un temps pas totalement négligeable auparavant. Une attaque par derrière, en disant du mal de moi[1] à pas mal de connaissance commune, et l'autre était une attaque physique.

J'ai eu deux fois des pensées similaires. Que j'apprécie pas forcément beaucoup. À défaut d'en tirer une conclusion, je me les note.

La première reflexion est de savoir si j'utilise les armes à ma dispositions pour contrattaquer. Je connais un secret de la première que quelques gens apprécieraient de connaître, histoire de l'ennuyer. Et je suis clairement plus fort que la seconde personne.

Ensuite, je réalise que, finalement, c'est quelque part une belle preuve de confiance de la part des attaquantes. C'est assez flatteur de se dire que j'ai une assez bonne image pour que ces gens sachent que je n'utiliserai pas d'attaque déloyale pour me venger. Je ne trahirai pas de secret, et n'utiliserai pas de force une fois que je n'ai plus besoin de me défendre. Image pas totalement fausse, parce que j'ai presque eu de la peine pour mon attaquante, en réalisant ce qu'elle risquerait si elle faisait la même chose à quelqu'un de violent.

Ensuite, je réalise que c'est probablement mon intérêt. Plusieurs de mes connaissances actuels prendrait très mal le fait que je trahisse un secret.Ou en tout cas se confierait moins à moi. Quant à attaquer quelqu'un, si mon imagination est bonne et que j'ai raison, c'est un coup à se prendre un procès. Et j'aurai du mal à prétendre la légitime défense quand je suis clairement plus costaud que la personne qui m'a attaqué.

Puis, quelque part, je me demande si cette confiance est bien placée. Après tout, dans l'idéal, ces idées n'auraient même pas du me traverser la tête. Enfin, je pense. J'ai du mal à savoir pourquoi je me dis que ça ne devrait pas me traverser la tête. Peut-être parce que si ça se répète trop souvent, je finirai par penser à me venger. Et ce n'est pas quelques chose que je veux me mettre à faire en craquant. Je crois que je suis gêné par ces idées surtout parce que je les trouve injuste: Je serai privilégié par rapport à des gens ne pouvant pas se défendre. Je trouve cette idée moche.

Enfin, je réalise surtout que, dans tous les cas, je n'ai pas besoin de contre attaquer parce que le risque est probablement ridiculement faible. Je n'ai plus de connaissance en commun avec la personne qui dit du mal de moi. Et puisque la majorité de nos connaissances en communs étaient des bénévoles de l'association où j'étais, le risque majeur que j'avais, dans le pire des cas, était de ne plus pouvoir être bénévole. Ce qui est quand même assez négligeable comme risque. Quant à la personne qui m'a attaqué physiquement, elle a dans les 70 ans, n'a jamais été très costaude. Je ne m'attend qu'à des attaques sous le coup de la colère, donc sans arme, et donc je ne pense pas que je risquerai plus que lors de sa première attaque. Ergo, contre-attaquer ne m'aurait rien apporté que je n'ai déjà, à part un mesquin plaisir de vengeance.


P.S.: À une personne hypothétique qui en conclurait qu'il n'y a aucun risque à m'attaquer: je promet pas de pas changer de réaction plus tard. Je ne fais que constater ce qui s'est passé cette année.

Note

[1] Sans que je sache précisément quoi exactement

mercredi 21 février 2018

Problème du Trolley, ce que vous devez faire si je suis sur la voie

TW: mort, suicide et meurtre. Problème du Trolley.

Un problème super classique d'éthique est le suivant: tu es devant une voie de chemin de fer. Un train arrive. Il va rouler sur 4 personnes qui sont attachés aux rails de la voie principale. Mais tu peux le faire changer de voie pour qu'il roule seulement sur le seul type attaché à la voie secondaire. Doit tu le faire changer de voie ?

Je pense que la manière la plus intéressante de poser cette question est: que choisis tu si tu es sur une des voie ? En particulier, si tu es sur la voie secondaire, celle vers laquelle le train ne se dirige pas encore. Dans mon cas, la réponse est simple, je souhaite que la personne au levier n'ait aucun doute sur le fait qu'elle doit détourner le train ! Parce que, n'ayant aucune autre information, je suppose que les 4 autres personnes sont aussi des copies de moi. Grosso modo. Pas des clones moi, mais indistinguable pour toutes questions pratiques. Autrement dit, je suppose que j'ai une chance sur 5 d'être seul, et 4 chances sur 5 d'être dans le groupe de 4. Et je préfère mourir avec 20% de chance, à cause d'une action d'un autre, que de mourir avec 80% de chances parce que personnes n'a voulu prendre de responsabilités.

Je sais que des gens auraient du mal à faire changer le train de voie. C'est pour ça que j'écris ce billet, que je dis publiquement mon opinion à ce sujet. Et surtout, c'est pour ça que j'aimerai qu'énormément de gens déclarent aussi partager cette opinion. Parce qu'alors, la personne qui se trouve effectivement en charge du changement de voie saura qu'elle peut effectuer ce changement la conscience tranquille. Et ne subira pas de conséquences négatives de la société pour son action. Ce qui, in fine, augmente ma chance de survie de 60 points !

Et si ça arrive ?

À noter que je ne dis rien de plus que ce qui est littéralement écrit dessus. Je me réserve pleinement le droit de l'incohérence, que le jour où je serai sur la voix seul, je plaiderai autant que possible pour dire de ne pas tourner le bouton, pour faire croire que les 4 autres personnes sont pire qu'Hitler, pour tenter de faire croire à celui qui va changer la voie qu'elle aura ma mort sur la conscience. Bref, une fois que je sais que c'est 100%, et non pas 20%, je soupçonne fortement que je tenterai de survivre. En particulier, si je suis sur la voie seul et que c'est moi qui peut détourner le train, je ne m'engage en aucun cas à appuyer sur le bouton.

Ou alors je réussirai à être cohérent. Dans la chaleur de mon appartement, là où le pire danger que je peux prévoir est que mon contrat de travail ne soit pas renouvelé l'an prochain, c'est impossible d'imaginer ce que je ferai vraiment. Je peux juste dire que j'espère réussir à être cohérent. Parce que donner ma mort sur la conscience à la personne qui a fait changer la voie, ça serait excessivement injuste et n'aurait aucune utilitée.

Paradoxalement, je ne vois qu'un seul vrai problème lié à la politique que je défend ici. S'il devait arriver que cette situation se répète suffisament souvent pour que ce choix ait une influence sur la survie d'une population entière, alors les populations altruistes finiraient par disparaître au profits des populations égoïstes. Je vais donc tenter de faire preuve d'optimisme, et, dans ce billet, rester dans l'hypothèse que le problème du trolley ne se pose que de façon exceptionnelle.

Préalable

Comme beaucoup de problèmes de ce genre, il me semble qu'un des souci principal est tout ce qui n'a pas été dit. Tout ce qui fait le problème en pratique, qui est ignoré dans le cadre tellement théorique qu'il est impossible.

Ainsi, si le super vilain à attendu de connaître l'opinion des gens, et qu'il a décidé de mettre, sur la voie principale, que des gens préférant qu'on ne change pas le train de voie. Et sur la voie secondaire quelqu'un préférant qu'on change le train de voie, alors je serai sur la voie secondaire, et m'écouter me tuerait alors que je survivrai si on écoutait la majorité. En écrivant la phrase précédente, je remarque qu'il y a un côté assez paradoxale. Mais ce qui m'intéresse à la base, c'est que sous cette hypothèse, on détruit l'hypothèse 20/80 %. Et c'est un peu ce qui me fait peur en écrivant ce billet, que ça serve d'argument pour sacrifier ce qui tiennent le même propos que moi, plutôt que d'en sacrifier d'autres. Dans un cas où je n'ai rien dit, puisqu'ici, l'hypothèse implicite «on est placé au hasard» ne tient plus.

Un autre préalable que j'ai ignoré est: qui sont les autres personnes attachées ? Si le train me tue, alors que les 4 autres sont pire qu'Hitler, ça m'ennuierait un peu. Enfin non, puisque je serai mort. Mais disons que, théoriquement, si on mettait Hitler et quelques autres tyransd en face, je préfèrerai quand même avoir la vie sauve. Je suis contre la peine de mort, sans exception, et plutôt pour le droit à un procès équitable, toujours sans exception. Mais ici, ce n'est pas la question qui m'intéresse. Dans ce cas là, j'ignore encore quel serait la réponse que je préfère. Je n'ai aucune envie que ma vie soit sacrifié pour sauver des tyrans. Mais je n'ai pas non plus envie d'être le genre de personne qui considère que sa vie vaut mieux que celle de 4 autres personnes, a fortiori que ça peut se décider en quelques secondes.

Le dernier préalable qui a été ignoré, c'est comment on en est arrivé là. C'est quand même pas anodin comme question. Surtout si on veut éviter que ça se reproduise. L'hypothèse d'un super vilain est assez fantaisiste. Par contre, il semble que des problèmes de ce genre arrivent, pour de vrai, dans des cas techniques où des décisions doivent être prises rapidement. La question peut alors se poser entre un piéton et une voiture remplie de passager. Ou bien 4 piétons et une voiture avec une seule personne. Ou bien des employé à un poste solitaire VS des employés à des postes où ils sont en groupes, etc...

Pour être encore plus cynique, 4 personnes ayant le pouvoir face à une personne n'en ayant pas. Alors ma demande d'action ne pousse pas ces 4 personnes à éviter la reproduction de l'incident, puisque chaque fois elles sont sauves. Et que chaque fois, une unique personne est tée, même si à long terme, ça aurait été moins mortel de les forcer à changer les conditions qui créent ce dilemne. Dans ce cas, encore une fois, je ne demande plus nécessairement que la personne effectue une action pour changer la voie.

Conclusion

Bref, tout ça pour dire, je prend un engagement très fort, pour des conditions tellement fortes que je n'envisage pas qu'elles se produissent. N'empêche, avant d'écrire un billet sur Atlas Shrugged (Spoiler alert), je sentais que je devais expliquer pourquoi je n'aurai pas prêté le serment “I swear, by my life and my love of it, that I will never live for the sake of another man, nor ask another man to live for mine.” Ou alors je l'aurai prêté de façon cynique, non par choix, mais parce que, même si ce serment me semble néfaste à long terme, il m'aurait permis une survie à court terme.

lundi 19 février 2018

Post-mortem de Trajectoires

Trajectoires s'est arrêté. Au moins temporairement. Au moins dans sa forme actuelle. Trajectoires est, ou était, «Le podcast de la culture mathématiques». Chaque émission dure autour de deux heures.

Ce n'est pas un manque de succès. Nous avions quelques milliers d'auditeurs par mois - je n'ai pas les chiffres exacte, puisque je n'ai pas accès à toutes les plateformes d'écoutes. C'est clairement bien plus que ce que nous pensions pouvoir atteindre en commençant. Une notoriété suffisante, au moins autour de moi, pour qu'il arrive qu'en sortant de scène[1], des spectateurs me disent qu'ils ont écoutés trajectoires. Ce qui est fort sympathique.

J'ai plusieurs fois songé à quitter Trajectoires. C'est donc un sentiment assez mitigé que j'ai en voyant qu'à la place, ce soit Trajectoires qui s'arrête.

Pourquoi je participe à Trajectoires

Plusieurs personnes m'ont demandé pourquoi je faisais ça, pourquoi je continuais.

La première raison concernant la forme est que ça me fait participer à un projet. Potentiellement intéressant comme ligne de CV, participé à de la vulgarisation touchant des milliers de gens, dans un projet ayant été aidé par l'IHP et l'institut Blaise Pascal, donc avec un minimum de reconnaissance. Et puis, comme quelqu'un disait récemment «La vulgarisation d'aujourd'hui ce sont les étudiants mais aussi les crédits de demain...».

La première raison concernant le fond, c'est que j'aimerai créer quelque chose qui, si je l'avais écouté étant ado, m'aurait conforté que faire des maths peut-être vraiment plaisant. N'ayant aucune statistiques sur nos auditeur/trice-s, j'ignore entièrement si ce but a pu être atteint ne serait-ce qu'un petit peu.

J'aime beaucoup entendre les gens penser. André Sauvé, humoriste, fait ça super bien. Je suivais aussi quelques blogs persos, où des gens tentaient de dérouler leur pensées tels quels venaient. C'est un style qui s'est un peu perdu, ou alors je ne sais plus le reconnaître. En tout cas, je trouve que, avec la discussion après chronique, on s'approchait de ça. Quand les chroniqueurs non-spécialistes reprenaient le spécialiste pour demander des précisions, pour tenter de donner leur intuition. Ça montre l'évolution de l'idée dans le/la mathématicien-ne qui la découvre et je trouve ça très joli.

Et puis, Trajectoires me poussait à me plonger à fond, une fois un thème choisi, dans des livres intéressant, mais que j'aurai probablement procrastiné. C'était particulièrement vrai dans l'émission sur les géométries non-standards, qui est un sujet que, comme beaucoup de monde, je connais mal.

Enfin, c'était marrant d'expérimenter. De tester la forme. Avec l'émission sur Pi, où l'on s'interdisait de parler de cercle. Ou encore l'émission de Noël où l'on donnait des résultats qui nous plaisent, juste pour eux.

Pourquoi je pensais arrêter

Théoriquement, nous deviens faire un débrieffing à la fin de chaque émission. Je pense que ceci a duré environ trois émissions. 2 heures d'enregistrement, plus une heure pour se mettre en place, régler les micros, discuter du déroulé une dernière fois... ça faisait déjà long, à la fin, on était tous crevé. Finalement, j'ai peu eu l'occasion de parler de ce qui me gênait, on prévoyait vaguement de débriefer après, en ligne. Et quand je posais des questions sur slack, ou avait des remarques, finalement, c'était assez souvent ignoré. C'est un fonctionnement qui n'est pas très plaisant, mais après tout, on est tous très occupé.

Bien sûr, je ne prétend pas savoir comment le podcast doit être. Par contre, j'apprécie de savoir pourquoi il est comme il est. Parfois, j'avais des échos d'amis qui ont écouté un épisode puis arrêté, et souvent je partageai leurs points de vues. Mais après tout, ce n'est pas étonnant que mes amis pensent de manière similaire à moi. J'ai beaucoup d'amis qui ont au moins une licence de maths, qui viennent de normal sup'... bref, qui n'est pas représentatif de grand monde. Et même si j'aurai aimé que l'émission leur plaise, perdre une part importante du public pour gagner des gens déjà passionné par les maths, ça n'aurait pas vraiment eu d'intérêt.

Pour prendre un unique exemple de chose qui me gênait un peu: les chroniques vagues. Fibre a réussi à trouver des chroniqueurs ayant des visions très différentes des mathématiques. Sur le principe je trouve ça cool, parce qu'il y a des gens qui disent des choses que je n'aurai jamais pensé à dire, quand bien même j'aurai connu leurs domaines des mathématiques. Ça montre des approches différentes, entre le pure théoricien, et ceux qui veulent atteindre un but. Le souci, c'est qu'après certaines chroniques, je n'avais absolument rien à dire. Je ne pouvais pas réagir. Parce que je n'avais pas l'impression d'avoir compris ou entendu quoi que ce soit de précis. Aussi bien pour les chroniques d'introduction que pour les chroniques difficiles.

Enfin, parce qu'on avait du mal à renouveler les gens. On a passé pas mal de temps à contacter des gens qu'on connaît pour leur proposer de nous rejoindre, juste pour une émission. On a plutôt été contacté des gens qu'au moins un des chroniqueur-se-s actuel connaît, je n'aurai pas su aborder un-e chercheur/se qui m'est inconnu-e. Mais peu de gens étaient intéressée, ils avaient peur que ça prenne trop de temps, il fallait venir à Paris, ou bien l'épisode qu'ils ont écouté pour se faire une idée leur a pas plu. De manière paradoxale, Denise a eu l'occasion de parler de son domaine, l'informatique quantique, alors que moi, je n'en ai jamais eu l'occasion. La majorité des autres chroniqueur-se n'avaient rien à dire sur l'informatique fondamentale, ni sur la logique.

Pourquoi on s'arrête

Nous nous arrêtons (au moins temporairement, et dans la forme actuelle) par décision de Fibre. C'est le présentateur, mais c'est surtout l'organisateur. Nous autres, chroniqueurs, écrivions nos chroniques, discutions à l'antenne. Mais il se chargeait de trouver le lieu, la date, de relancer les chroniqueurs, de faire le fil de fer. Et il est aussi le comptable de Qualiter, notre production. Il se chargeait aussi de décider, parmi nos idées, quel sera le sujet des émission classique. Et d'imaginer le thème et l’exécution des émissions exceptionnelle. Il se chargeait aussi de discuter avec les nouveaux chroniqueurs de l'émission. Bref, il faisait le plus gros du boulot. Il a ses raisons, qu'il communiquera ou non quand et comment bon lui semblera.

Quelque part, c'est assez triste, parce que je m'étais pas mal investi dans Trajectoires, me l'était approprié. Et je réalise après coup que c'était principalement une création de Fibre, sur lequel je n'étais qu'un intervenant, pas un décideur.

Pourquoi je ne reprend pas

J'ai indiqué précédemment tout ce que faisait Fibre. Tout cela fait qu'il serait très difficile de continuer sans Fibre. En premier lieu, ça serait difficile techniquement. Parce que j'ignore si on pourrait toujours avoir accès au matériel. Et même si j'imagine qu'on peut prétendre à y avoir accès, au moins pour ce qui a été obtenu[2] grâce à l'aide de la fondation Blaise Pascal pour la médiation en mathématiques et l'informatique, nous aurions toujours besoin d'être formé quant à l'utilisation de ce matériel.

Ça serait difficile de continuer avec la même équipe, parce qu'il faudrait qu'on prenne des décisions en groupe. Ce qui est loin d'être évident quand des gens mettent longtemps à répondre et qu'il faut les relancer. Un des talents de Fibre, c'est qu'il arrive à mener des projets à bien. Il nous a présenté un projet déjà monté, on avait plu qu'à écrire nos chroniques et venir. Je ne serai pas capable de faire ça pour l'instant. Et, si le passé est signe de quoi que ce soit, personne dans l'équipe n'est assez investi pour remplacer Fibre non plus.

Enfin, si je reprenais, je n'aurai pas envie de faire trajectoires comme on faisait avant juste sous prétexte qu'on faisait comme ça. Que c'est l'idée qu'en a eu Fibre Tigre, et que je suis par inertie. Comme je l'ai dit plus haut, j'avais pas mal d'insatisfaction, de questions restées sans réponses. Bref, si je reprenais, ça ne serait juste plus Trajectoires. Ça signifie que, outre les questions matériels, il faudrait imaginer un tout nouveau podcast. Ça peut être envisageable, mon expériences Trajectoires me donnerait d'ailleurs de la crédibilité pour lancer le projet. Mais je ne suis pas persuadé que c'est ce que j'ai envie de faire, alors que ça prend un temps assez énorme à préparer, et que je n'ai même pas de certitude quant à savoir si j'aurai encore un boulot en septembre. Ce qui, en terme de priorité, est quand même plus important à préparer.

Notes

[1] Je suppose que les gens qui font l'effort de chercher les podcast sont positivement corrélés aux gens prêt à faire l'effort de découvrir des artistes.

[2] Et encore, difficile de dire ce qui a été obtenu comment. Les fonds sont fongibles. J'ignore si la demande de subvention précisait explicitement ce qui serait acheté avec cet argent.

dimanche 18 février 2018

Tentative de compréhension d'une couverture de magasine télé

«Exclusif:
Franck Dubosc
"La comédie se porte bien en France"»

C'est ce que j'ai lu sur un magasine télé trouvé chez mes parents.

Je suis resté perplexe devant cette accroche. Plusieurs minutes. Je n'ai pas réussi à comprendre.

Pas concernant l'affirmation que la comédie se porte bien. Je sais qu'il est de bon ton de cracher sur le cinéma français, et la comédie en particulier. Je veux bien croire qu'elle se porte bien financièrement, en terme de place vendue, de nombre de film produit. Quant à la qualité, je veux éviter de juger sans avoir vu. Et j'ai pas spécialement envie d'aller voir.

Exclusif

Par contre, que peut bien signifier le mot «Exclusif» ici ? Ce qui est exclusif, c'est l'«information» "La Comédie se porte bien en France" ? J'espère bien que c'est pas une exclusivité. Ça voudrait dire que les gens étaient pas au courant. Ça serait très inquiétant pour le domaine de la comédie, si c'était quelque chose de totalement nouveau au point que c'est une exclusivité de dire qu'elle se porte bien. Pire, ils en seraient au point où ça va tellement mal qu'ils savent que les lecteurs d'un magasine télé savent que ça va mal, et qui faut leur dire que ça a changé.

Ou alors, ce qui est exclusif, c'est que Dubosc pense que la comédie va bien ? Dubosc n'est pas la personne la plus critique qui soit quand à son métier. Pour autant que je le connaisse, c'est un bon client des médias, pas contrariant, plutôt consensuel. J'espère bien qu'il pense que la comédie va bien. Ça fait des décennies qu'il gagne sa vie et sa notoriété avec ça ! Et quand bien même ça irait un peu moins bien en ce moment, je doute que ça soit lui qui tire le signal d'alarme quant à l'état de la comédie, ça ne collerait pas trop à son personnage.

Ou alors, ce qui est exclusif, c'est qu'ils aient une interview de Dubosc contenant la phrase "La comédie se porte bien en France". Mais dans ce cas, pourquoi nous dire que c'est une exclusivité ? Je veux dire, c'est un peu le principe des interviews qu'une personne donne à un journal en particulier. Le fait que le verbatim de l'interview soit exclusif à ce journal.

Conclusion

Comme m'a dit le membre de la famille à qui j'ai fait ces réflexion à haute voix, étant bloqué devant le journal télé: ça ne sert à rien de réflechir autant à ces trois lignes. En supposant que la couverture n'ait pas été créé par un générateur de texte aléatoire, je me demande encore ce qui est passé par la tête de la personne rédigeant ce morceau de couverture là.

dimanche 11 février 2018

Quitter un groupe, selon le réseau social utilisé

Parmi les quelques modes de communications que je connais, twitter a une particularité assez étranges. Il est particulièrement difficile de s'éloigner d'un groupe.

AFK

Le premier mode de communication est celui AFK. Avec des gens qu'on voit physiquement. À part mes grands-parents, il n'y a personne avec qui c'est le canal privilégié. C'est aussi celui qu'il est le plus jouissif de quitter. Ne jamais retourné au lycée - sauf pour voter, c'est cool.

Quitter un lieu qui a eu de l'importance pour moi, c'est un peu étrange. Souvent, ça me met un moment avant d'avoir envie de revenir devant l'adresse exacte où a eu lieu ce qui était important. Comme ça, pour voir si je croise quelqu'un par hasard. C'est assez libérateur quand ce sentiment disparait. Sauf que justement, s'il disparait, je ne réalise pas qu'il disparait. D'autant que, souvent, c'est parce que ce lieu devient attaché à autre chose. Par exemple, j'ai eu une petite peine de cœur à Chatelet. À une époque où je sortais peu. Depuis que j'ai fait mes études au centre de Paris, forcément, chatelêt à été détaché de tout attachement émotionnel, c'est juste devenu un point quotidien.

Le seul problème de l'AFK, c'est que parfois, on croise effectivement des gens par hasard. Ainsi, j'ai été prendre un déjeuner dans un commerce aléatoire qui servait un plat végétarien. Puis je découvre que j'avais connu, autre fois, la personne qui me sert. Qu'il fait parti d'un groupe que j'avais laissé derrière moi. Poli, il demande comment je vas, mais s'excuse de pas avoir le temps de discuter, puisqu'il y a beaucoup de clients. Ce qui me fait bizarre, vu que je venais pour me substanter, et pas spécialement pour parler. Donc il s'excuse d'un truc que je cherchais même pas à la base. Il avait mon numéro de téléphone, s'il avait un truc qu'il devait me dire, il pouvait toujours au pire. À la limite, j'ai bien songé à partir, si ça avait simplifié les choses. Sauf que ça aurait été étrange aussi d'entrer, puis partir sans rien prendre.

Bref, le problème de l'AFK, c'est que, dans les situations non voulues, c'est encore plus difficile de s'ignorer.

Discussions

Les premiers modes de communications en ligne auxquels je peux penser sont MSN, AIM, Skype. C'est majoritairement des conversations privés, donc j'ignorerai ce cas ici, puisque je parlais de groupe.

Ensuite, il y a les chats, que ça soit IRC, slacks, ou des conversations groupées. Et les mailings listes. Là, il y a rarement des traces, et même si quelqu'un conserve les logs, c'est pas en ligne. Dans les deux exemples ci-dessous, si je m'en vais, je quitte un groupe, et hop. Ou alors une personne décide de venir me contacter en privée pour une raison précise. En tout cas, ce groupe ne me revient pas par hasard dessus.

Forum

Concernant les conversations publics, il y a les forums. La majorité de ceux que j'ai connus ont fermés. Et en tout cas, si je quittais un forum, j'en rentendai rarement parlé. Ou alors d'un membre, à la limite, que je recroisai ailleurs, s'il avait pas changé de pseudo.

Facebook

Facebook est différent. Ici, les amitiés sont de pairs à pairs mais les conversations sont groupée. Chaque membre de différents groupes que je fréquente, je peux choisir de les ajouter ou retirer séparémment. Mais les gens peuvent se répondre les uns-les autres. Régulièrement, je fais la liste des «amis» facebook et j'en retire un paquet. Il y a eu les gens qui m'ont rajoutés à cause d'ONDAR. Il y a eu les intervenants en milieu scolaire, que je retire dès qu'ils arrêtent d'intervenir. Il y a des humoristes que j'apprécie moyennement ou peu, croisé sur des scènes ouvertes, certains devenus célèbres depuis. Ensuite, il y a eu les gens du café poly. Il y a eu les créateurs de sagas mp3, que j'avais ajouté en masse. J'aurai bien retiré les camarades de lycées, mais je les ai jamais rajouté de base. Bien sûr, dans chaque cas, il y a des exceptions, j'ai gardé quelques gens que j'apprécie vraiment parmi les intervenants, des gens qui m'ont connu à ondar et avec qui j'ai eu des discussions intéressantes. Des gens du café poly qui appartiennent à un milieu dont je n'ai pas cherché à me séparer. Dans tous les cas, facebook ne me rapporte plus de nouvelles de ces gens, ne me proposent pas de les rajouter de nouveau comme ami. Bref, la séparation a effectivement lieu.

Ça a un côté étrange, puisque c'est le seul endroit où partir est effectivement une action. Alors qu'un lieu, on arrête simplement d'y revenir. Une personne, on ne lui envoie plus de texto. Donc pour certaines personnes, j'ai en tête ce que arrêter une intéraction signifie. Par exemple, j'avais donnés mes cheveux longs à quelqu'un pour qu'elle s'en serve comme accessoire. Je ne verrai peut-être jamais ce que mes cheveux sont devenus, ou même si elle a réussi à les utiliser. Mais ça vaut pas forcément le coup de rester dans un milieu pour lequel j'ai perdu mon intérêt juste pour ça.

Un côté paradoxale, quand je retire des gens, c'est qu'il est parfois plus simple de retirer de sa liste d'«ami» les gens que je connais. Il y a des gens, je ne sais plus qui ils sont, donc ça me prend du temps de relire les conversation, regarder le profil, pour essayer de deviner. C'est le cas, en particulier, d'amis qui ont acquis une notoriété, et qui ont passé leurs profils en privée afin de ne pas être ajouté par tous leurs fans. C'est aussi le cas d'ami-e-s qui out changés de prénom depuis que je les ai connus. Ou qui ont quitté leurs pseudo pour mettre leurs noms.

Twitter

La différence de twitter, par rapport au reste, c'est l'asymétrie. Ainsi, il arrive que des gens que je ne suis plus me suivent. Je ne bloque pas des gens quand j'arrête de les suivre, il serait paradoxale que n'importe qui puisse lire ce que j'écris sauf des gens que je connais. À la limite, je trouve même intéressant de me dire en toute connaissance de cause que ce que j'écris, je dois être prêt à ce que parent et/ou directeur de post-doc le voit s'ils décidaient de venir lire twitter/le blog. Je ne masque même pas les gens dont je m'éloigne. Après tout si cette personne souhaite me contacter, je ne veux pas l'en empêcher[1]. Et si la personne pense m'envoyer un message et ignore qu'elle est masquée, ça me semble assez ennuyeux. Puisque la personne pensera m'avoir contacté, ignorant que ce n'est pas le cas. Donc je trouve que ça serait presque mentir de faire ça. Or je pars indiférrent, mais pas faché.

L'asymétrie donc je parle plus haut à une conséquence qui m'étonne un peu. C'est que je revois régulièrement des milieu dont je me suis éloignés. Parce que ces personnes likent, ou plus rarement répondent et/ou retweetent.

Et puis, il y a des gens que je suis parce que j'apprécie leurs tweets sur la science, mais qui, en plus d'être scientifiques, sont aussi engagés dans des questions qui m'avaient intéressé autrefois. Donc qui partagent les tweets de gens que j'ai arrêté de suivre, que je retrouve donc dans mon flux twitter par des biais détournés.

Note

[1] En effet, je souhaite juste m'éloigner, pas ignorer. Ce n'est pas parce que je n'ai pas envie de moins intéragir avec quelqu'un que je serai contre le fait que la personne me rende les livre que je lui ai prêté. Je suis, aujourd'hui, incapable de compter le nombre de gens qui doivent me rendre un livre. Je peux au moins dire que je possède des livres dans au moins 5 villes différentes. Je pense aussi à une fois où quelqu'un m'a demandé si j'ai des nouvelles d'une tierce personne qui a disparu depuis des jours.

mardi 30 janvier 2018

Hundred's of deck in Anki: why it can be useful


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vendredi 26 janvier 2018

Souvenirs marquant en guise de conclusion des IMS

Mes années à faire des intervenions en milieu scolaire(IMS) contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie et le sexisme sont finies. Voici, dans le désordre le plus complet des événement aléatoires qui m'ont le plus marqués. Les seuls fois où je suis remonté en arrière dans ce billet - c'est pour refaire ce paragraphe d'introduction, et pour compléter des anecdotes. Le reste est juste un cheminement de pensée aléatoire. Sans surprise, il y a surtout des événements de ces dernières années. J'ai très peu de souvenir du début, et je ne prenait pas de notes.

En premier lieu, histoire de l'évacuer: le moment où l'on m'a reproché de trop parler et ne pas assez laissé l'autre intervenant-e parler (on intervient à deux par défaut). Enfin, plutôt, le fait qu'on me l'ait signalé peu de temps après que je me sois fait, seul, une journée de quatre foix deux heures d'IMS. Où le lycée s'était plaind de moi - pour des raisons que je trouve parfaitement injuste, et pour lesquels je ne peux bien sûr apporter aucune preuve pour me défendre puisque j'étais seul. Et que au moment où notre responsable me répète cette longue liste d'accusation par email, il rajoute: «tu ne fais que je ne fasse pas d'effort pour laisser plus la parole. Il y au moins cinq personnes qui se sont plein que tu les empêches de parler». Alors que PERSONNE ne m'avait jamais prévenu directement qu'il y avait un problème de ce côté là, et que notre responsable a donc attendu des mois avant de m'en faire part ! Et m'en a fait par dans un long email, sans jamais avoir trouvé le temps pour qu'on en parle face à face malgré plusieurs promesses de prendre un rendez-vous. Des co-intervenant-e-s m'ont précisé après que ça allait mieux, que je faisais enfin un effort. Ce qui est pas moins énervant, puisque c'est assez moche de me reprocher de pas faire un effort sur un problème dont personne ne m'avait parlé ! Je précise que le responsable à changé, à ma connaissance il n'est plus actif au mag, donc le reproche que je fais ne présage en rien de ce que vous trouverez si vous décidez d'aller faire du bénévolat aujourd'hui.

Un truc dont je suis fier, c'est d'avoir introduit la coutume, après avoir parlé de certains sujet (par exemple, les intersexes), de demander aux élèves pourquoi on leur a parlé de ce sujet. J'espère que ça les pousse à réfléchir activement. Et surtout que ça leur faire voir pourquoi la question peut les concerner. Je suis surtout fier d'avoir vu d'autres intervenant-e-s reprendre cette méthode, copié sur des intervenant-e-s qui l'avaient copié sur moi.

Il y a bien sûr les trois élèves qui m'ont expliqué qu'il serait normal de me tuer. Parce que j'ai été avec un homme. Et le fait qu'à la troisième fois, je n'étais même plus choqué.

Il y a ce lycée professionnel, qui demandait le jeudi aux élèves de porter une tenue professionnel, avec des critères très précis, distinct pour les hommes et les femmes. Je me sentais assez mal d'y parler sexisme alors qu'on a une règle disant de pas s'opposer aux lycée pour ne pas lui donner de raison de ne pas nous faire revenir. Dans ce lycée, le surveillant discutait autant que les élèves, ce qui le rendait plus pénible qu'autre chose. Je me souviens aussi avoir été impressionné par ma/mon co-intervant-e, qui faisait ça sa première intervention. Iel était animateur de colonie de vacance, iel m'avait expliqué que ça aide.

Il y a cette étudiante de science po, qui nous a observé. Qui faisait par de son choc lié au fait que l'on semble parfois prendre le côté des homophobes. Ce que je revendique ! J'ai toujours préféré le «oui, mais...» au «non.». Il me semble que l'exemple qui l'avait choqué ce jour là était «On ne dit pas que refuser le mariage pour tous est homophobe.» Malgré qu'on ait complété par un «On dit que ça a tel et tel conséquence sur les couples, leurs enfants, qui sont déjà là, etc...». On dit ça afin de ne pas braquer en qualifiant les enfants, et potentiellement leurs entourage, d'«homophobe». Je me souviens d'elle surtout parce qu'elle devait faire sa première intervention avec moi, et m'a fait faux bon. J'ai appris par le responsable qu'elle était vexé que, en lui répondant par texto, je n'ai pas commencé mon texto par un «bonjour». Elle m'avait dit «bonjour» avant de me demander où on se retrouve, et moi j'ai du répondre un truc comme «directement au lycée». J'espère que ce n'est pas la seule raison qui a fait que, finalement, elle n'est jamais intervenue.

En terme d'intervenant-e, je ne peux pas ne pas évoquer une des rare intervenant-e-s hétéro, qui est resté avec nous un petit moment. Super douée, c'était toujours un grand bonheur d'intervenir avec elle. Elle doit être une des rares personne que je n'ai pas viré de mes amis facebook après avoir fini les IMS. Même si, depuis des années, elle doit me rendre un livre que je lui ai prêté, ce qui est quand même pas cool. L’événement le plus étrange avec elle s'est déroulé non pas durant une intervention, mais dans un transilien en revenant vers Paris. Je lui demandais des conseils de livres pour s'initier au féminisme. Elle m'a conseillé «l'Ennemie principale». Et une bonne partie de la discussion tourne autour de sujet lié au féminisme. En cours de chemin, notre voisine - à laquelle je n'avais prêté aucune attention - se lève pour partir, et nous remercie pour la discussion, bien plus intéressante que ce qu'elle entend d'habitude dans ce train, souvent autour du foot.

La dernière chose marquante qu'un intervenant à dit qui m'a marqué, c'est «c'est intéressant d'intervenir avec toi.». Ça me marque, parce que je réalise que c'est typiquement ce que je pourrai dire à quelqu'un que je veux pas vexer, à qui je veux pas mentir. Je compléterai alors intérieurement par «comme ça, je vois quel fautes je ne dois pas commettre».

En terme d'établissement, il n'y en a pas beaucoup qui m'ont marqués. Cependant, je dois forcément faire référence au lycée Rosa Parks de Mongeron. Je crois qu'on m'avait expliqué que c'était le second lycée de France, premier d'Île de France. Plus d'une trentaine de classe de seconde. On les voyait toutes tous les ans. Donc on y allait pendant 3 semaines, à raison de 3 classes par jour. Et ce lycée est bien plus élevé que la gare, et le bus pas totalement régulier. Puisque en plus il fallait arriver à 8h30, en banlieue parisienne, loin du RER, ça donnait des journées assez épuisantes ! Heureusement, le personnel était très aimable.

J'ai toujours une appréciation pour les profs qui demandent la permission de venir assister, alors que ce n'est pas leur classes. Qui expliquent qu'ils viennent parce que des collègues leur ont dit du bien de nos IMS. Donc ils voulaient voir ce que c'est.

Parfois, les profs nous disent après nous avoir vu qu'ils étaient étonné. Ils auraient pensé que leurs classes serait pire. Qu'on a eu des élèves plus discipliné que ce qu'ils sont en cours. Quand un prof nous dit ça, c'est presque toujours ce qui, pour nous, constitue les pires classes. Si les profs disent la vérité, j'ignore comment ils peuvent exercer leur profession.

Malheureusement, je me souviens aussi de quelques profs homophobes, qui nous ont fait savoir que si ça ne tenait qu'à eux, on serait pas là. La palme étant à la prof qui nous a interrompu plusieurs fois, et nous a fait croire que c'était la fin une demi heure avant la fin réelle. On n'a compris le souci qu'au moment où un élève nous a demandé qui était cette dame. Car l'établissement avait fait attention à ce que cette prof - qui mettait des tracs de la manif contre tous dans la salle des profs - ne soit jamais chargé de surveillé la classe quand on intervient. Mais elle s'est incrustée. C'est le même endroit où, quand un élève à dit, sur un ton provocateur, comme pour nous montrer qu'on est ridicule «s'il y a le mariage pour tous, pourquoi pas la polygamie.» la CPE a répliqué «c'est illégal» «mais on peut en discuter» «si tu veux ça, retourne dans ton pays.» C'est aussi le lycée où un élève m'a dit que ça se voit que je suis gay, car j'avais des chaussures de villes. On a donc tenté de lui dire que, selon le travail, il aurait peut-être aussi l'obligation d'en porter - après tout il faisait un lycée professionnel lié au commerce. Il a dit qu'il s'en ficherait et qu'il obéirait pas au patron. Je lui souhaite bonne chance. Enfin, c'est aussi le lycée où j'ai du faire un aller retour chez moi en urgence. Parce que j'avais un invité que j'avais laissé dormir dans mon lit, et que j'avais enfermé par erreur, en fermant à clef par habitude.

En terme d'élève, j'ai forcément une pensée pour tous les élèves non cis-hétéro. Enfin, pour ceux qui nous l'ont dit, bien sûr. J'ai déjà écrit sur deux cas m'ayant mis mal à l'aise. Je pense aussi à un élève qui draguait lourdement ses camarades de classes. Quand quelqu'un le lui a reproché, ce premier élève a dit que c'était de l'homophobie. Et quand le second élève nous a demandé pourquoi c'était homophobe de reprocher au premier de draguer lourdement, j'ai bien du répondre que ce n'était pas homophobe. Je suis pas fan d'enfoncer un élève homo, mais si ce qu'on nous a rapporté est vrai, c'était effectivement aussi déplacé que si un hétéro l'avait fait.

Je pense aussi à quelques - rares - profs et infirmières qui nous avaient demandé conseil sur ce qu'il/elle-s pouvaient faire pour aider des jeunes élèves trans. Ce à quoi on a malheureusement peu de réponse. Dans un cas, ce que le lycée a été, c'était de dire aux professeurs que - en dehors du rapport trimestriel officiel - ils pouvaient s'adresser à l'élève comme ils le souhaitaient, et il parait que tous avait respecté la volonté de l'élève. Dans un autre cas, l'établissement à dit que c'était impossible de faire quoi que ce soit à cause d'un risque de contrôle de l'inspection académique. J'étais très triste pour l'élève qui nous avait rapporté ça. Je partageai l'opinion de ce garçon trans, c'est très hypocrite de la part de l'établissement de nous faire venir pour lutter contre les LGBTphobies chez les élèves si eux mêmes ne font rien !

Ce dernier établissement, je me demande très fortement si j'aurai accepté d'y retourner. Ils organisent une unique IMS, avec uniquement les élèves qui veulent être présent. C'est pas le fonctionnement habituel, mais laissé aux élèves la liberté de venir ou non a du sens. Par contre, on a découvert sur place que certains avaient court la première heure ou la seconde heure. Donc en gros, on a eu environ 150 élèves, dont seul une trentaine sont resté sur l'ensemble du temps. Ça avait peu de sens. Mais puisque ça semble avoir fait bien plaisir à quelques élèves LGBT+ de nous entendre, je suppose que ça valait le coup.

Dans les grandes classes, j'ai un énorme souvenir pour cet établissement, où on venait deux semaines, et un-e prof s'était trompé, avait dit à sa classe de venir une semaine trop tôt. Puisqu'il est impossible de dire à des élèves qui arrivent à 8h30 du matin qu'on s'est trompé et qu'il faut revenir la semaine d'après, on a pris les deux groupes à la foi. Ce qui serait déjà dur, mais en plus, on avait une journaliste radio qui nous suivait pour voir comment sont les IMS et enregistrer un peu. Avec un unique micro qu'elle porte sur elle. Ouille

Dans le sens inverse, certains élèves n'avaient pas été prévenu qu'on venait. Ils avaient habituellement cours en demi groupe, donc une semaine sur deux, la moitié de la classe venait à 9h30. Les élèves arrivé à 9h30 ont donc demandé s'ils pouvaient avoir leurs qu'ils ont raté durant la pause déjeuner. Ça fait vraiment plaisir de voir qu'on arrive à intéresser assez pour qu'ils aient cette demande. La prof a accepté, sauf qu'elle a oublié qu'on était deux et a acheté un unique sandwich pour nous.

Dans les gens peu sympathique, j'ai souvenir d'une concierge qui nous a sévèrement engueulé car on n'était pas venu à la loge donné nos cartes en échange d'un badge. Elle nous explique qu'il faut prendre un badge dans tous les établissement à cause de vigipirate. Donc qu'on aurait du savoir ! Sauf qui c'est faux, on bouge dans bien plus d'établissement qu'elle. On doit parfois montrer une carte d'identité, ou s'inscrire sur un registre. Mais c'est le seul lycée où on avait un badge. Elle était tellement désagréable qu'à la sortie, ma co-intervenante a préféré me demander d'aller chercher sa carte d'identité plutôt que d'aller la récupérer moi même. Ce qui n'a pas l'air de rien. Mais signifie quand même qu'elle préférait que j'apprenne son deadname (nom de naissance) plutôt que de faire affaire à cette concierge. Il y a d'ailleurs un truc qui est très marrant. J'ai eu plusieurs retours comme quoi cette intervenante disait du mal de moi - et de tout un tas de gens d'ailleurs. Une connaissance commune m'a dit, plusieurs mois plus tard, ce que cette intervenante me reprochait précisément. Reproches je trouve très injuste. Je trouve ça assez admirable par contre que cette co-intervenante ait assez confiance en moi pour dire du mal de moi en sachant que je révèlerai pas son dead name... même si, d'un autre côté, tous les gens qui nous connaissent tous les deux me pardonneraient probablement pas si je me retrouvai à faire ça. Donc peut-être qu'elle a uniquement confiance en nos connaissance communes. À noter que, quand j'ai envoyé un email à cette intervante pour m'excuser et demander des détails - au moins pour ne plus commetre la gaffe avec d'autres - elle s'est excusée, disant qu'elle était énervée mais que ce qu'elle avait dit était très exagéré. Vu le milieu militant, et la réputation de cette intervenante, c'était très innatendu. Mais finalement, je ne sais toujours pas ce qu'on me reproche précisément.

Pour revenir aux élèves LGBT, j'ai souvenir d'une élève demandant si elle pouvait être non-binaire même si elle avait un vagin. Je me demande si elle confondait pas non binaire et intersexe. Ma co-intervenante pensaint qu'on lui avait fait se poser des questions sur son genre. On ne saura jamais. Parlant d'intersexe de manière anatomique, un élève nous avait demandé si les bébés intersexe pouvaient naitre avec des seins. Ce qui m'a un peu inquiété sur son éducation quant à la reproduction.

Parlant de reproduction, un élève de 5ème avait demandé comment on fait des bébés. Et un autre avait employé le mot zizi. Après quoi on a conclu qu'on n'avait pas d'outil adapté aux 5èmes et on en a pas refait. Il faut dire aussi que c'était juste après Charlie Hebdo, et que quelqu'un avait marqué sur un tableau «une bombe explosera à 14H20». Ce qui a bien sûr annulé les interventions de l'après midi. Je n'avais jamais vu un tel déploiement policier d'ailleurs.

Une question qui vient parfois, c'est «comment draguer quand on est homo. Comment savoir qui est homo pour pouvoir être en couple.» Dans une classe, deux élèves avaient posé cette question là par écrit, de manière anonyme. J'ignore toujours quelle est la bonne réponse que j'aurai du apporter, puisque je peux pas juste leur dire de façon certaine «dites à tout le monde que vous êtes homo» - c'est parfois risqué - et que pourtant je suppose que ça aurait été intéressant que ces deux lycéens soient au courant l'un pour l'autre.

Dans la même salle, il y a eu une élève qui était resté là, mais a 90° de nous, refusant de nous regarder. On a fait avec. Mais là où ça devenait ridicule, c'était qu'elle a voulu participer et lever la main. Mais quand on l’interrogeait elle ne nous répondait pas. En effet elle ignorait quand c'était elle à qui on donnait la parole. Sinon, on a eu quelques élèves parti durant l'IMS, pour des prétextes plus ou moins bidons. Et un bon nombre qui sont pas venus, le prof nous disant qu'ils pensent que c'est à cause de l'IMS qu'ils ont séchés. Cela a d'ailleurs parfois été un mouvement de masse, les «Journées de retrait de l'école», durant la période de débat du mariage pour tous. De même, à ce moment là, les élèves refusaient souvent de croire qu'on ne venait pas là qu'à cause du débat, mais qu'on faisait ça depuis plus d'une décennie. À leur décharge, chaque année, il y a de nouveaux établissement faisant appel à nous. Il est possible que certains y aient effectivement pensé à cause de ce débat là.

Toujours dans la même salle - j'y ai passé des dizaines et des dizaines d'heures - je me souviens de l'unique élève avec qui je pense que j'aurai aimé gardé contact. Je pense avoir peu de risque de me tromper en le supposant neuroatypique. Des réponses très longues, trop parfois, mais toujours bien construites et argumenté. On devait hélas le couper, car ses raisonnement allaient trop vite pour que je sois certains que tout le monde le suive, surtout sans être famillié avec les concepts qu'il manipulait. C'est une des très rare fois où un élève m'a apporté une idée pertinente que j'avais jamais vu en IMS. On parlait de sexisme en jeu vidéo. Que c'est très souvent un héros, et une femme à libéré: Zelda, Peach... et que les héroines sont rare, à part Lara Croft et Métroid, on ne compte pas grand monde de célèbre. Ce à quoi il m'a fait remarqué qu'il fallait aussi avoir des hommes prisonnier à délivré si on veut l'égalité. Je ne dis pas que cette idée est révolutionnaire. Après coup, elle est même plutôt évidente. Mais sur le moment, je n'y avais pas pensé - et je n'avais pas réalisé que Dixie Kong allait sauver Donkey Kong deux fois. Et j'ai donc réalisé que j'avais un gros biais dans ma perception, puisque je n'avais même pas imaginé un homme prisonnier à aller secourir.

Il y a aussi deux élèves avec qui je pourrai théoriquement rester en contact. Car je connais leur compte twitter. Dans un cas, l'élève me connaissait, et m'a dit que j'étais plus beau en vrai que sur ma photo de profil. J'ignore totalement ce que je peux faire de cette information.

Un jour, un élève m'avait demandé quel garçon je trouvai beau dans la salle. j'ai répondu que j'avais presque deux fois leur age. Ils m'ont alors demandé ce que je pensais du prof. Je crois me souvenir qu'il était assez mignon, mais je l'ai pas dit.

Dans un style de réflexion poussé assez différent. Un élève déclarait que la zoophilie ne pouvait pas être interdite, puisque la chèvre ne peut pas se plaindre. Jusque là, la réflexion est assez classique, et la réponse aussi: ce n'est pas parce que tu ne te fais pas chopper quand tu voles à l'étalage que ça devient légale. Ce qui était inattendu, c'était la suite: «de toute façon, tu peux tuer la chèvre et la manger.» Pendant une seconde, j'ai failli demandé s'il voulait vraiment manger un animal dans lequel il venait de jouir. Mais une seconde, ça a suffit pour réalisé que je ne voulais PAS la réponse ! Et probablement personne non plus.

Il y a des choses que j'ai appris en enseignant. En particulier: la raison d'être des lieux de sociabilisation gays. C'était pour moi aussi un mystère. J'ai eu de longues discussion sur le forum de l'école normale supérieur, à tenté de comprendre pourquoi certains tiendrait à avoir des amis gays. Après tout, sauf si je compte coucher avec eux, je me fiche de leur orientation sexuelle. Il a fallu que je me mette à l'expliquer, à tenter de donner le point de vue de quelqu'un fréquentant ces lieux, pour que je me mette enfin à comprendre que j'ai l'immense privilège d'être dans un milieu absolument pas homophobe, ce qui rend ces lieux gay bien moins indispensable pour moi.

Une autre discussions autour des IMS, avec une femme trans, m'a marqué. Elle m'avait traité de transphobe parce que je dis que je parle aux élèves de non-binarité. C'était comme si un vulgarisateur médicale parlait d'homéopathie, selon elle. Je crois que l'autre problème pour elle était que je distinguai les notions de genre et de sexe biologique. J'ai déjà longuement discouru de la question sur le blog, et c'est un sujet qui, pour moi, n'est toujours pas résolu.

Un jour, alors que je parlais d'un-e ami-e gender fluid, j'expliquais que soit j'écoutais comment iel se genre, soit je lui demandais ce qu'iel préférait quand on se revoyait. Un élève m'a demandé comment je faisait pour parler de mon ami-e alors que je ne sais pas quel genre utiliser en ce moment. La question est extrémement pertinente, je l'ai dit à l'élève d'ailleurs. Cela montre que l'élève avait vraiment saisi de quoi on parlait. Je pense qu'on aurait été incapable d'expliquer à l'élève à quel point ça peut faire plaisir que quelqu'un pose cette question, et ait une réelle action pour ne traiter correctement une personne non-binaire !

Dans les autres questions dont les élèves ne réalisent pas forcément la pertinence: les toilettes publiques. C'est pas spécialement captivant comme question. Mais c'est intéressant que des élèves réflechissent sufisament aux conséquences de ce qu'on leur dit pour réaliser par eux même que choisir dans quel toilettes public aller peut être une réelle difficulté pour les personnes trans.

Un matin, un élève a demandé à moi et à l'autre intervenants depuis combien de temps on était ensemble. On s'était rencontré une heure au paravant. Mais j'étais plutôt flatté, mon co-intervenant était très beau. Cependant, je ne l'ai pas dit. Une élève a demandé à une intervenante qui ne voulait pas d'enfant ce qu'elle ferait si elle tombait enceinte. Elle n'a pas voulu répondre. Un autre à demandé à une intervenante bie comment elle faisait pour savoir si quelqu'un était bi avant de la draguer. Un autre élève à une autre intervenante bie a demandé si elle était toujours vierge. Bien entendu, elle n'a pas répondu à cette question par trop personnelle. J'aurai adoré répondre, il y a des trucs très intéressant à dire sur le concept de virginité. Malheureusement, déjà que je parle trop, je pense que ça serait très mal venu ici. Même si j'étais bien plus expérimenté qu'elle en matière d'IMS.

La dernière année, j'ai eu plusieurs fois des gens me parlant de polygamie. J'ai donc fait la différence entre polygamie: plusieurs mariage, qui est illégal, et le polyamour pratique d'avoir plusieurs amoureux. J'ai l'impression que j'aurai pu commencer à parler de polyamour, puisqu'ils amenaient le sujet. Je n'ai jamais osé. Ils faut dire qu'ils avaient peu de question, et je n'avais pas grand chose à dire de plus que la définition. Dire que si on considère que «tromper» signifie juste «ne pas respecter ses engagements» alors si tout le monde est d'accord, ce n'est même pas de la tromperie. Et dans tous les cas, polyamour ou tromperie, ce n'est pas spécifiquement lié à une orientation sexuelle particulière. Je suppose que j'aurai eu plus de questions si je disais que je suis poly, mais j'ai déjà expliqué ici pourquoi ça me semble être un risque trop important pour que je le prenne. Au moins un autre intervenant à songé à parler de polyamour. Puis je lui ai passé ce billet à lire. Et il a été convaincu que c'était une mauvaise idée. Je regrette beaucoup, j'aurai bien aimé qu'il m'explique pourquoi j'ai tort et qu'on finisse avec une approche non risqué pour abordé cette question.

De même, quand je parle à des potes poly des IMS, beaucoup m'ont dit que c'est pas grave si on parle pas des poly, on s'attaque déjà aux LGBTphobie, les poly viendront après. En pratique, c'est ce que je fais. Mais je déteste l'idée de prioritiser, donc je déteste que des gens soient d'accord avec moi.

Encore des anecdotes d'élèves homo. Une fille est venu nous voir après une intervention en nous disant «je suis lesbienne, mais ne le répéter pas.» Je me demande encore à qui on l'aurait répété, on ne revient jamais dans une classe. Mais je comprend sa peur. La majorité de la classe était très homophobe. Au point que j'ai fini l'intervention seule, ma co-intervenante craignait de se mettre à pleurer. En particulier, une élève était limite en pleure, car on tentait de convertir ses camarades de classes à l'homosexualité. On lui a dit qu'on ne savait pas faire ça. Lui demandant si elle pensait réellement qu'en lui parlant deux heures, on la ferait aimer les filles. Elle dit que non, mais d'autres élèves sont plus influençable. Visiblement, c'était ce que ses parents lui avaient dit, puisqu'elle nous a accusé de traiter ses parents de menteurs.

D'autres élèves viennent parfois pour parler de YAOI/Shonen-ai avec nous, je suis pas vraiment expert, ou des documentalistes pour des conseils d'ouvrages adapté à leurs élèves traitant de ces sujets. Dans le premier cas, mes co-intervenants sont en général meilleurs que moi. Dans le second, SOS homophobie a un site cool à ce sujet.

Dans la liste des orientations sexuelles, un élève nous a mis «mécaphilie». Dans une classe de lycée pro mécanique. Je m'interroge encore sur le lien entre les deux précédentes phrases. Dans un autre établissement, plusieurs classes nous ont parlé de l'amour pour les extraterrestre. Ce sur quoi j'avai franchement rien à dire.

Un prof nous a dit qu'il a vu un collègue sur grindr. Il est malheureusement parti à la fin de la première heure. C'est dommage, car parler de la notion d'outing devant lui aurait probablement été très intéressant.

J'ai une immense admiration pour un intervenant que j'ai vu énormément progressé. Il me semble qu'une fois qu'on lui faisait remarquer un souci, il ne refaisait jamais la même erreur. Il a donc fallu explicité énormément de choses qui m'auraient semblé évidentes, mais en quelques interventions il était devenu excellent. L'exemple qui m'a marqué concerne la bisexualité. On explique que bi, ça ne signifie pas 50% homme, 50% femme, que c'est un continuum. Lui disait que ça pouvait être 87,2% hommes, 9,3% femme, 2,5%non binaire, par exemple. Ce à quoi j'ai signalé qu'en réalité, personne n'a de pourcentage aussi précis non plus. J'avais peur sinon que ça ne fasse un peu trop robotique. Je ne l'ai jamais vu redonner des pourcentages précis.

À ce moment de l'écriture, je suis à court d'anecdotes. Je regrette quelque part de ne pas en avoir sur certain-e-s intervenant-e-s qui sont restés longtemps, qui ont beaucoup agis. Il y a un dernier intervenant auxquel je pense. Je suis un peu déçu de n'avoir rien à dire sur lui. Parce que il a totalement recréé les IMS, il est à l'origine des formations obligatoires - des formations tout court en fait - ainsi que du guide de l'intervenant-e - le document où on peut se renseigner durant une IMS pour les questions les plus fréquentes, les chiffres importants, tout ce qu'un-e intervenant-e doit savoir. C'est pendant qu'il était responsable qu'on a arrêté de dire - comme le faisait le responsable d'avant - «on va supposer que vous êtes tous hétéros». En fait, je n'ai rien à dire sur lui parce qu'on lui doit tellement les IMS tels quelle se font ses dernières années que je ne peux pas tirer une anecdote du lot. Ce type était assez psychorigide, et pas toujours très doué pour se faire apprécier. J'ai moi même eu du mal à discuter avec lui parce qu'il tournait mes idées en ridicule si elles ne lui plaisaient pas. Je donnerai un unique exemple: je suis intimement persuadé que l'interdiction des sex-toys aux moins de 18 ans est un véritable danger public. La sexualité et la découverte de son corps commence avant 18 ans. Si tu veux utiliser un sex toy, mais que tu n'en as pas, tu utiliseras autre chose. Par exemple, un objet de remplacement, par prévu pour ça. Avec tous les risques sanitaire que ça implique. Bref, je trouve qu'interdire l'accès aux sex-toys à moins de 18 ans est aussi con que d'interdire l'accès aux préservatifs aux gens de moins de 18 ans. Ce à quoi ce type a simplement répondu que je ne pouvais pas être sérieux, que je ne pouvais pas proposé d'autoriser les sex-shops aux mineurs. La raison pour laquelle je parle de cette anecdote, c'est que je n'aime pas être tourné en ridicule. Et que j'aimerai bien pouvoir discuter sérieusement d'idées qui sont mal vues, mais qui me semble cohérente. Bref, je lui en voulait. Mais ce type a fini par être haït au sein de l'association, puisque tout le monde avait ce genre de différend avec lui. Sur des points très variés, mais toujours autour de la psychorigidité. Et je me suis donc retrouvé à défendre ce type. Parce que malgré tout, il a fait énormément pour l'association, et pour les IMS en particulier. C'est probablement parce qu'il avait des idées si accroché qu'il a été si loin dans ses réformes, qui allaient globalement dans le bon sens, même si on n'était pas tous d'accord sur des détails ou des façons de faire. Je suis content de ne plus revoir ce type. Mais je suis triste d'avoir du prendre sa défense, souvent, quand les accusations devenaient franchement trop injustes et factuellement mensongères.

Pour finir, je rajouterai un lycée que j'aimais beaucoup. Avec en même temps pleins d'association autours de pleins de discriminations différentes. On a passé une troisième heure à la fin de la journée avec les élèves qui avaient envie de rester discuté plus longtemps. Et vu à quel point un-e élève était calé sur ces questions, elle menait bien plus que nous le débat. Ce lycée avait, entre autre, laissé les élèves organisé un groupe activiste. Je sais plus le terme exacte. Mais avait laissé liberté aux élèves de mener des actions de sensibilisation, des affichages, un local pour se regrouper. C'était franchement cool. J'étais très impressionné par une élève qui avait même assez de conscience pour réaliser que ses camarades de classes ne se rendait pas compte d'à quel points ils avaient de la chance d'être dans un lycée comme ça. De façon non étonnante, c'est le lycée où j'ai vu le plus d'élèves nous dire être non-cis, et avoir des notions sur ces sujets. Hélas, cette élève savait aussi que, non-binaire, iel était rejeté par certaine personne trans qui la voyait comme une ennemie. En plus, iel est fan de Mrs Yéyé.

samedi 6 janvier 2018

Ancien gay et draguer une femme

Quand je me retrouve à vouloir donner mon orientation sexuelle, je me décris plus comme bi que comme gay. Cependant, j'ai dragué en immense majorité des hommes, ainsi que quelques personnes non-binaires, mais jamais de femmes. Je m'interroge sur le pourquoi dans ce billet. Je n'ai pas la réponse. Mais elle m'intéresserait beaucoup, parce que, comme me le répète parfois une relation de longue date: «si je ne l'avais pas pris pour un homme quand on s'est rencontré, on n'aurait pas été ensemble ces dernières années». Trouvant cette hypothèse triste, je préfère éviter; au moins pour les potentielles relations futures.

Quelques précisions de vocabulaires d'abord. Draguer est un terme très vague. Dans ce terme, j'indique toute action qui permet de montrer à l'autre un intérêt pour une proximité physique. Que ça soit un compliment sur son physique, ou la proposition d'une interaction physique qui n'est pas habituellement du domaine de l’amitié (par exemple, se serrer dans les bras/se tenir la main). Donc draguer, de mon point de vue, est un jeu, et dont je ne m'attend pas à ce que ça change ma relation à l'autre. Sauf en cas de bonne surprise, ce qui a une faible probabilité.

Quand je parle du genre d'une personne, je parle du genre que je suppose que cette personne a au moment où je la drague. En effet, dans mon processus de décision pour draguer quelqu'un, je ne peux pas tenir compte du futur. Il y a probablement une variable caché[1] qui explique qu'une part importante des gens que j'ai dragué ces dernières années font leur coming-out trans/non-binaire. Mais la recherche de ces variables n'est pas le propos de ce billet.

Qui je fréquente.

La première explication qui me vient en tête, c'est que, lorsque je sors de chez moi, je suis dans des milieux principalement masculin. Quand j'étais étudiant, je fréquentais majoritairement mes camarades de classe, et allait peu vers les autres départements, je participai peu aux activités extra scolaire. J'étais étudiant en informatique, domaine où il y a bien plus d'hommes que de femmes. Donc bien plus d'hommes que de femmes qui puisse m'intéresser.

Pire, avant bac, j'étais dans un lycée privé catholique qui était en grande majorité féminin. Je ne regrette pas entièrement d'être allé dans ce lycée, puisque contrairement au collège où j'ai fait ma 6ème, je n'ai jamais eu à courir pour échapper à d'autres élèves après les cours. Cependant, je n'ai grosso modo pas de bon souvenir du lycée. Je pense donc que j'ai inconsciemment associé les filles à l'élève moyen de ce lycée privée, et les hommes aux milieux geeks[2] que j'apprécie.

Mais peut-être que je m'invente des raisons fausses. Après tout, c'est en première que j'ai commencé à ressentir de l'attraction physique pour des gens; uniquement des hommes; et je ne peux pas dire qu'ils étaient plus sympathiques que ces femmes. D'un autre côté, il est aussi possible que ce qui fait que je suis attiré par quelqu'un à 17 ans n'est pas la même chose que ce qui fait que je suis attiré par quelqu'un à 30 ans.

Ou peut-être que la raison mentionné plus haut est vraie. Je crois que j'ai commencé à considéré être bi à peu près au moment où j'ai eu, pour la première fois, des discussions intéressantes avec des femmes. Ce qui finalement est arrivé assez tard, puisque je ne sortais pas de chez moi en dehors des cours, et que mes camarades d'université étaient principalement masculins.

Les lieux

Une autre explication, peut-être plus simple encore. J'utilise beaucoup les sites de rencontres. Ok Cupid est le seul site où je suis(j'étais) qui ne soit pas un site gay. J'ai aussi été dans des lieux destiné principalement à la drague entre homme. Étonnamment, je n'y ai pas dragué de femme.

Vu que je suis assez flemmard, et que découvrir quelque chose de neuf demande un effort assez considérable, je n'ai pas cherché à savoir s'il existait des équivalent hétéro. Ou plutôt, si j'en crois les innombrables histoires de dragues que je peux entendre - que ce soit des articles réalistes ou de la fiction - je réalise que ce type de drague à l'air immensément plus compliqué. De ce que j'entend, le nombre de messages que les femmes reçoivent, en moyenne, sur un site de rencontre, est tellement énorme qu'envoyer un "salut" en plus ne ferait que renforcer le bruit. Alors que mon expérience indique que sur les sites que je connais, c'est un moyen efficace de dire à l'autre «Eh, va voir mon profil. Si ça t'intéresse cool, voyons ce qu'on peut faire. Sinon bye».

Mon passé de gay

Les premières femmes que j'ai pu songer à draguer, je ne les ai pas dragué. Ça aurait été extrêmement bizarre. Tous les gens qui me connaissaient un peu savaient que j'étais gay[3]. Donc dire un simple «tu m'intéresse» m'aurait paru très étrange sans rajouter de précision. Et vu que je ne me dis pas vraiment bi non plus - après tout je suis en relation avec quelqu'un de non-binaire - mais que je me dis pas pan (je ne suis clairement pas indifférent au genre de la personne) l'explication est complexe et m'épuise avant même de la commencer[4].

Soit dit en passant, j'ai deux femmes en particulier qui me viennent en tête en écrivant ce dernier paragraphe. Et la première de ces deux femmes, je sais qu'elle en avait marre que des gens trouvent qu'elle soit «garçon manqué». Cette affirmation est sûrement corrélé au fait que je la trouvai attirante d'ailleurs. C'est aussi ce qui fait que je pense qu'elle n'aurait vraiment pas bien pris d'apprendre que je la trouvais attirante.

Remarquez que, de ce côté là, draguer une femme trans serait encore pire sur le message que ça risquerait d'envoyer.

En fait, les seules femmes à qui je me souviens d'avoir fait un compliment sur son apparence, c'est pour leur dire que je suis assez envieux, et aimerait bien savoir me créer une apparence aussi cool. En général, elles l'ont bien pris. Certaines m'ont proposé de me donner des conseils/de m'aider. Mais cela ne s'est jamais concrétisé. Et les questions de modes, de maquillage, ça a l'air super compliqué de trouver des avis qui ne soient pas influencé par des publicitaires et des marques, ce qui fait que chercher à me renseigner par moi même sur internet à ces sujets m'épuise systématiquement.

Les questions de sexisme

De ce que je comprend, beaucoup d'hommes insistent, lourdement, une fois qu'ils ont commencé à draguer quelqu'un, et ont du mal à prendre un refus. Suffisamment pour que la drague soit quelque chose de stressant pour un certain nombre de femmes. Je ne sais pas pour qui, d'ailleurs. Dans l'hypothèse où je souhaiterai draguer une femme, elle ne m'aurait pas forcément dit avant que la drague est pour elle un sujet épuisant. Et je me vois mal demander spécifiquement à quelqu'un si elle a un problème avec le fait d'être dragué avant de la draguer. Puisque cette question serait probablement déjà un début de drague.

Par contre, je sais qu'il y a pas mal d'hommes qui m'ont dit que j'étais le premier homme à les avoir draguer. Donc ce n'est - à priori - corrélé à rien de particulièrement négatif en général pour eux. Il s'ensuit que le comportement que je me permet d'avoir avec des hommes, je ne me sens pas de l'avoir avec des femmes.

La chaire

J'ai réussi à faire tout ce billet sans parler de ce qui vient après la drague. Mais il y a un moment où l'hypocrisie s'envole et il faut en parler aussi.

J'ai énormément de mal à distinguer l'amour de l'amitié. À part que je peu tenir la main, embrasser et câliner mes amoures sans que personne ne trouve ça bizarre. Mais il y aussi des choses que l'on ne fait pas en public. Et pour le coup, entre homme et femme cis, il y a une différence pas exactement négligeable.

Dans mon livre de recette idéal j'avais déjà expliqué à quelque point je me sens plus à l'aise à refaire quelque chose qui a fonctionné et que j'ai aimé. J'avais déjà dit que tenter de découvrir quelque chose de neuf, sans mode d'emploi - ou avec un mode d'emploi peu clair, c'est mentalement épuisant. Je retrouve exactement la même pensée ici. Tenter de découvrir quelque chose de neuf, de faire les choses correctement demanderait un temps d'apprentissage que je n'ai pas forcément envie de prendre quand je peux me permettre de refaire ce que je sais déjà faire.

Notes

[1] Le milieu poly parisien ?

[2] Je fréquentais aussi beaucoup d'humoriste, mais c'est aussi un milieu très masculin, donc je me limiterai au milieu geek dans ce billet, afin de ne pas me répéter.

[3] Enfin je pensais. Il y a au moins un type qui l'ignorait il faut croire: le prof du cours d'impro théâtrale où j'étais. Une règle disait qu'il était interdit de draguer quelqu'un du cours avant au moins 6 mois. Je n'avais pas compris que ça s'appliquait aussi aux improvisations. Je me suis fait engueuler parce que mon personnage dans une impro à drague une femme. Ce qui est assez comique, puisque je sais que j'avais dragué des hommes aussi, et il m'avait rien dit.

[4] Ou alors faudrait que la personne ait lu ce billet de blog, je suppose. Puisque l'explication y est faites.

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